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Full text of "Les Mégalithes Pierres De Mémoire ( Jean Pierre Mohen)"

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LES MEGALITHES 

PIERRES DE MÉMOIRE 

Jean-Pierre Mohen 



.< 


DÉCOUVERTES GALLIMARD 
ARCHÉOLOGIE 



13 


M enhirs, dolmens, cromlechs 
sont les noms que la légende 
a donnés à ce que la science appelle 
monolithes, pierres dressées, chambres 
funéraires. Ces mégalithes ont été 
érigés depuis sept mille ans sur 
la façade ouest de l'Europe, du Portugal 
à la Scandinavie, en un véritable mur 
de l'Atlantique, avant d'imposer 
leur présence massive et leurs mythes 
tenaces presque partout dans le monde. 


CHAPITRE PREMIER 

LES PIERRES DE LA LÉGENDE 


I nspirateurs de 
légendes et lieux 
de cérémonies, les 
mégalithes sont au 
cœur de l'imaginaire 
européen. Stonehenge 
(à droite) est vu 
comme un centre de 
cérémonies druidiques. 
A Quiberon, en 
Bretagne (à gauche), 
les menhirs du Moulin 
servent de cadre aux 
feux de la Saint-Jean. 





aux «pierres dressées 


pour en interdire 
expressément le culte. 

Cet acharnement réitéré est le signe certain, 
en ces temps de christianisation triomphante, 
de la permanence de religions obscures. La crainte 
des mégalithes provoque leur destruction. Saint Eloi 
se fait le pourfendeur de ces idoles païennes. Mais 
les croyances populaires sont profondes et secrètes; 
elles donnent naissance à d'énigmatiques toponymes, 
qui convoquent les fées, les nains, les géants et les 
diables, et même parfois quelques saints locaux. 

Au XVIII e siècle, les « Antiquaires » vont interroger la 
Bible, première source antique de références : Moïse 
ne voulait-il pas qu'on érigeât au Seigneur des autels 
de pierre «où le fer n'avait point passé»? La découverte 
de haches en pierre polie à proximité immédiate des 
mégalithes semble une preuve : ces pierres dressées 
sont bien les autels réclamés par Moïse. 

La table de Pantagruel, le doigt de Gargantua 

Rabelais raconte au chapitre V de Pantagruel (1532) 
comment son héros, désirant dresser une table pour 
y faire banqueter ses amis étudiants, prend une 
grosse roche de 23 mètres de pourtour, « et la mit 


Nous avons 


vu quelquefois de 
ces pierres appelées 
pierres-caillasses ou 
pierres-sottes [...] dont 
les trous nombreux 
et irréguliers donnent 
facilement l'idée de 
figures monstrueuses. 
Quand les inspecteurs 
des routes les 
rencontrent, ils les font 
briser et elles n'ont que 
ce qu'elles méritent.» 

L e géant Pantagruel 
dresse en 1532 
la Pierre levée de 
Poitiers, une grande 
table à banqueter 
destinée aux étudiants, 
plus attirés par les 
nourritures culinaires 
que par les nourritures 
intellectuelles. 

Une gravure du 
XVI e siècle (à droite) 
montre ce dolmen 
sur lequel sont gravés 
les noms des professeurs 
de l'université. 


14 LES PIERRES DE LA LEGENDE 


G eorge Sand, en 
1858, consacre 
une nouvelle aux 
mégalithes du Berry. 
Son fils Maurice Sand 
les illustre comme 
de grosses têtes 
intrigantes forgées 
dans leur état lithique 
brut et primitif. 


Pierres impies, pierres bibliques 


En 398 à Carthage, puis à nouveau 
en 452 à Arles, en 567 à Tours, en 681 
à Tolède, en 826 à Paris, conciles 

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DES IDOLES PAÏENNES 


sur quatre piliers au milieu d'un champ, bien CEÜJ 
à son aise, afin que lesdits écoliers, quand 
ils ne sauraient autre chose faire, passassent 
le temps à monter sur ladite pierre, et là 
banqueter à force flacons, jambons et pâtés, 
et écrire leurs noms dessus avec un couteau 
- et à présent on l'appelle la Pierre levée». gQ&ug 
Manière plaisante d'évoquer un monument 
de l'époque «postdiluviale», comme on 
disait alors par précaution - la référence 
biblique protégeant contre le risque encouru 
à évoquer ces pierres «païennes», dont le culte 
a été strictement interdit par l'Eglise. En impliquant 
le légendaire Pantagruel, Rabelais inscrit le mégalithe 
dans une tradition française, et le monument bâti 
par le géant est ainsi débarrassé de toute aura 
maléfique - mais non de son origine magique. 

De nombreux mégalithes racontent le temps des 
géants. La Dent de Gargantua à Saint-Suliac, en 
Ille-et-Vilaine, son Doigt au fort La Latte, dans 
les Côtes-d'Armor, sont deux menhirs attribués 
au père de Pantagruel. Géants et ogres pétrifiés 
se partagent la genèse de ces pierres dressées. 


L es mégalithes 
de Suède et 
de Norvège sont 
représentés par Olaus 
Magnus dans son 
Historia de 1567 
comme des stèles 
géométriques. 

Ils forment ainsi 
une forêt de signes 
marquant 
l'emplacement des 
tombes de guerriers 
construites par des 
géants (ci-dessus). 










A. '^-iv '•.^^K^&v'^ï' •.'* : îÜ& 


Fées,, sibylles et Méduse 

A Essé, la Roche aux Fées est constituée de blocs 
de schiste rouge transportés dans le tablier des fées 
depuis un affleurement distant de 4 kilomètres. 

Le menhir de Rumfort est l'une de ces pierres, 
perdue en chemin. Dans la forêt de Brocéliande 
se trouvent le tombeau de Merlin l'Enchanteur, 
et un coffre mégalithique où s'abritait 
la fée Viviane. Encore en 1660, 
la sibylle de la Drenthe tenait 
boutique sous un dolmen, et 
ne tarissait pas de divinations 
surnaturelles. En Corse, la plupart 
des menhirs anthropomorphes 
témoignent de la présence active 
de Méduse, dont le regard pétrifiait. 

Légende encore de pétrification 
à Néant-sur- Yvel, où saint Méen 
figea ainsi des moines débauchés; à Carnac, 
les célèbres alignements seraient les restes 
statufiés par le Seigneur de trois mille légionnaires 
pourchassant saint Cornély. A Langon et à Saint-Just, 
les mégalithes sont des Demoiselles pétrifiées 
pour avoir dansé sur la lande à l'heure des vêpres; et 


D écors pour les 

sabbats de sorcières 
(ci-dessus et à droite), 
les pierres deviennent 
aussi des êtres animés : 
les menhirs de Carnac 
vont boire le soir de 
Noël à Saint-Colomban, 
la grève voisine. 





UN MONDE SURNATUREL 17 


à Bristol, en Angleterre, le curé qui n'avait HR A 
pas dit sa messe a connu le même sort. 

Ces pierres dressées par voie «-* * ’ * ’ 

surnaturelle sont d'ailleurs souvent 
animées de convulsions secrètes. 

Le menhir de Saint-Martin-d'Arcé 

tourne sur lui-même aux douze coups - 

de minuit, celui de Culey-le-Patry KWa 

ne s'immobilise qu'au chant du coq, 

d'autres virevoltent pendant la messe -JnifTt* 

de minuit, à Noël, ou se soulèvent 

pour laisser passer, à Mesnil-Hardray, . 

un cortège de jeunes filles toutes de i 5 

blanc vêtues dansant la ronde au milieu 

de la lande. A Carnac, les pierres se : 

meuvent jusqu'à la mer pour aller 

se baigner; et à Plouhinec, une fois 

par siècle, à minuit le soir de Noël, 

elles descendent boire à la rivière. 

Mais malheur à quiconque ose vérifier 
la véracité des faits ! Car les pierres sont des êtres 
vivants quoique invisibles, aussi chaleureux 

mip «mçrpntiRIpc; 



Des pierres pourvoyeuses de santé 


Pierres vivantes, les mégalithes sont des 
entremetteurs de magie blanche : ces grands 
monuments phalliques favorisent l'amour, la fécondité, 
la santé. Nombre de légendes et pratiques liées 
aux dolmens et aux menhirs 
concernent la vigueur 
masculine et la fertilité 
féminine. Les jeunes 
filles troussent 
leur jupon pour 
étreindre la Pierre - 
de-Chantecoq ou 
un pilier de 
la Roche-Marie, 
ou se glissent 
à califourchon sur 
le menhir penché 
de La Tremblais à 
Saint-Samson-sur- 
Rance. Pour avoir 
de beaux enfants, 
le mari et la 
femme frottent 
leur ventre nu sur 
les deux faces du 
menhir de Kerloas 


DES SYMBOLES DE FERTILITÉ ET DE VIGUEUR 19 





à Plouarzel; à Nohant-Vic, 
la femme stérile doit sucer 
un caillou de grès rouge 
provenant de la dalle 
du dolmen. 

Les dalles à trou 
transmettent également 
la vigueur. Celle de 
Constantine, en 

Cornouailles, est utilisée pour purifier les bébés, 
que les parents passent par cet orifice pour 
une renaissance symbolique garanti 
bonne santé. Le «trou de l'âme» da 
les tombes mégalithiques du Bassir 
parisien permet de revigorer 
l'esprit des défunts quand 
il entre et sort 
du tombeau. 

Le couloir même 
Lie ces tombes, 
souvent condamné 
par un remplissage de 
pierres, a aussi été interprété 

comme un lieu de passage 

symbolique de messages destinés 
à renforcer la vitalité des vivants 
et des morts. 

La christianisation des mégalithes 

Ces croyances sont tenaces. 
Adroitement, l'Eglise, qui malgré 
son intolérance première comprend 
qu'elle ne peut heurter de front 
certaines superstitions, récupère 
le potentiel magique des sites 
mégalithiques. Un tableau du 
XVI e siècle peint pour l'église 
Saint-Merry à Paris montre 
sainte Geneviève, protectrice de 
la ville, entourée de ses moutons 
au milieu d'un cercle de pierres 
dressées, dominant la citée fortifiée 
qui vient d'être sauvée. La religion chrétienne, 


L es traditions 

populaires associent 
souvent aux mégalithes 
une force vitale qui 
favoriserait amour et 
santé. Des croyances 
renforcées par la forme 
phallique de nombre 
de ces pierres (menhir 
de La Tremblais, 
à gauche) qui suscite 
diverses pratiques, 
rondes, embrassements 
ou frottements. 


La ronde des femmes 
(vers 1900) de Plonéour- 
Lanvern, dans le 
Finistère (au centre), 
s'interprète sans 
équivoque comme 
un rite de mariage et 
de fécondité. En Alsace, 
la dalle en équilibre 
de la Pierre aux maris 
de La Baroche, que 
ceux qui cherchent 
un conjoint viennent 
consulter, donne sa 
réponse en fonction 
de la façon dont on l'a 
fait bouger (en haut). 
On assure la santé 
des nouveau-nés en les 
faisant passer dans le 
hublot d'un mégalithe 
à dalle d'entrée perforée 
(ci-dessus, le dolmen 
de Trie-Château). 



20 LES PIERRES DE LA LEGENDE 


selon le Code théodosien de 438, a adapté ses cultes 
aux lieux sacrés païens, dont les rites souvent très 
anciens ont été dès lors déformés, ensommeillés 
ou en grande partie effacés. Les mégalithes n'en 
continuent pas moins à vivre à leur rythme de pierre. 
Des croix sont sculptées ou fixées à leur sommet, 
comme à Saint-Duzec, où le menhir, décoré d'un 
côté de longs plis évoquant une cape, et de l'autre 
des instruments de la Passion, est surmonté d'une 
croix. Enfin certaines idoles de pierre sont devenues 
muettes : dans les premiers textes notariaux de Saint- 
Cado, dans la Bretagne de l'an mil, des mégalithes 
sont réduits à de simples bornes limitant les terroirs, 
repères d'une société laborieuse qui cache ses secrets. 


S ainte Geneviève, 
la patronne de 
Paris qui au V e siècle 
avait sauvé la ville 
des armées d'Attila, 
est symboliquement 
assise au milieu de 
ses moutons protégés 
par un enclos - en fait, 
un cercle de pierres 
dressées. Ainsi apparaît 
la symbolique religieuse 
de ce cercle protecteur, 
et l'alliance du 
christianisme et 
de la religion païenne. 



LE TRIOMPHE DES SIGNES CHRÉTIENS 21 




Des patronymes pour les pierres 

Depuis le XVI e siècle qu'existent 
des écrits relatifs aux mégalithes, 
il apparaît que la fréquentation 
quotidienne des pierres s'est toujours 
accompagnée d'une volonté curieuse 
d'explication. Ce n'est qu'assez 
tardivement, à la fin du XVIII e siècle, 
que les Bretons donnent aux 
mégalithes des noms génériques : 
la pierre dressée est désignée par 
le nom celte de peulvan et surtout 
par celui de menhir. Les pierres 
dressées disposées en cercle, 
appelées par les celtomanes 
du nom gallois cromlech , 
constituent un cercle 
magique,- celui de 
la forêt de Brocéliande, 
par exemple, rend 
invisible aux yeux de 
tous Merlin, l'amant 
de la fée Viviane qui 
l'y a enfermé. 

La Tour d'Auvergne, 
un Breton passionné 
d'antiquités, adopte 
en 1792, pour qualifier 
les tables des festins des géants, un 
nom finistérien : «L'énorme pierre qui 
couvre ce monument de l'Antiquité 
s'appelle, dans notre langue, dolmin» 

(ou dolmen , la table). Le même 
ensemble est dit Hunenbedden 
(lits de poules) ou Riesengrabern 
(tombes des géants) dans les pays 
germaniques. Chacun, incapable 
d'imaginer l'antiquité des mégalithes, 
les affuble d'un nom tiré de ses 
racines - fort postérieures à l'érection 
des pierres. On emprunte cairn 
au breton pour désigner un massif 


D eux personnages 
sont agenouillés, 
en prière, face à un 
menhir. Mais au 
sommet du mégalithe 
a été ajoutée une croix, 
et la pierre elle-même 
s'orne d'une peinture 
illustrant la passion 
du Christ : en haut, les 
outils et les emblèmes 
du sacrifice du fils de 
Dieu; au centre, la 
crucifixion. La ferveur 
religieuse païenne 
inspirée par l'énorme 
pierre dressée est 
devenue chrétienne. 

Le menhir de Saint- 
Duzec, à Plomeur, 
en Côtes-d'Armor (ci- 
dessous), est l'un 
de ces exemples 
de monolithes 
christianisés. 


22 LES PIERRES DE LA LÉGENDE 



de pierres recouvrant une tombe mégalithique. 
Carnac tire ainsi son nom du cairn, ou tumulus 
Saint-Michel, qui domine la commune. 

Ainsi sont désignés les deux grands types 
d'architecture mégalithique : celui des tombes, 
ou architectures fermées, et celui des pierres 
dressées, ou architectures ouvertes. En réalité, 
les premières, par leur orientation et leur façade, 
présentent également une ouverture sur l'espace 
environnant, tandis que les menhirs accueillent 
parfois à leur base des offrandes qui rapprochent 
des architectures fermées. 

Après le temps des légendes, le temps. 

de la pseudo-histoire : la naissance du druidisme 

La Tour d'Auvergne avait écrit dans Les Origines 
gauloises , publié en 1796, à propos des dolmens : 
«C'est sur de tels autels, où l'art ne disputait 
presque rien à la nature, que les Gaulois, au rapport 
de Diodore de Sicile, juraient leurs traités, et que 
les druides, leurs prêtres, sacrifiaient à la divinité, 
choisissant le plus souvent des hommes pour 
victimes. » Voilà que s'expliquaient les ossements 
humains trouvés à la base des piliers des dolmens ! 
Le même auteur cite aussi César à propos des 
druides qu'il fait se rassembler à Carnac, parmi 
ces «monuments» de pierre. C'est ainsi que 
se répand un druidisme «historique», tout 
aussi fictif que le druidisme poético-religieux 


L es auteurs antiques 
avaient créé la 
notion de druide 
pour désigner dans 
la société celtique les 
savants et les devins 
qui présidaient aux 
sacrifices, arbitraient 
les grands conflits 
et diffusaient, grâce 
à leurs dons de poètes, 
les messages inspirés 
par les dieux. A partir 
du xvm e siècle, la 
figure du druide, prêtre 
aux longs cheveux 
blancs et à la barbe 
abondante vêtu 
d'une grande 
chasuble, est associée 
aux monuments 
mégalithiques, 
leur donnant une 
dimension religieuse 
et rituelle. Cette vision 
romantique marque 
pour longtemps 
l'orientation des études 
sur les mégalithes. 
L'iconographie en 
prend le relais, faisant 
du druide et de la 
druidesse les servants 
d'une religion liée 
aux pierres (ci-dessous, 
une scène druidique 
devant un dolmen). 


RITES ET SACRIFICES 


de Stukeley dans la première 
moitié du XVIII e siècle. 

Chyndonax, archidruide : 
tels sont les nom et titre 
<.|ue s'est attribués William 
Stukeley ( 1687-1 765 ), 
membre du clergé 
dans le Lincolnshire. ; : ' 

Cet original pense 
pouvoir lire dans la 

topographie paysagère des sites d'Avebury 
et de Stonehenge les symboles druidiques 
de la société patriarcale. Il publie en 1725 son 



L es découvertes 
d'ossements 
humains dans les 
dolmens ont accrédité 



l'idée qu'il s'agissait 
bien d'autels sur 
lesquels on sacrifiait 
des victimes 
humaines. C'est ce 
thème qu'illustre 
la gravure de Gustave 
Doré (ci-dessus). 

Le xix e siècle a aussi 
imaginé des druidesses, 
tenant à la main la 
faucille pour couper 
le gui - référence 
à ce que rapporte 
César dans La Guerre 
des Gaules. Le terme 
même de druide 
semble issu du mot 
grec drus, qui signifie 
« chêne sur lequel 
pousse le gui». 

Et à la cueillette 
du gui correspondait, 
selon Pline, un rituel 
magico-médical 
proposant entre autres 
comme moment 
idéal de la cueillette 
le sixième jour de 
la lune. 



24 LES PIERRES DE LA LÉGENDE 




•- **<*##***, 
W •• O ,"Vv 


CJp 


///\ 




S tukeley s'est fait 
représenter sous 
l'effigie de Chyndonax, 
archidruide, qui veut 
faire la synthèse entre 
la chrétienté, la 
religion juive et 
la religion des 
druides telle 
qu'il la ,•* 

reconstitue. »*.«* 


Le goût de l'autorité théocratique 
de William Stukeley 


// s 

/. P h. 
Vy et re 

^ ^ rlnnnp 




// 




Dans son histoire du monde, il pense 
que l'idolâtrie des Phéniciens et 
des druides doit maintenant se 
conjuguer avec l'enseignement 
de Moïse, de Platon et de l'Eglise 
réformée anglaise. La monumentalité des cercles 
de pierres symbolise l'autorité du Père de la religion 
initiale ou «cause première», dont provient 


t ^« Sa vision 
philosophique 
religieuse a 
donné naissance 
à l'ophiolâtrie, 
ou culte du serpent, 
puisque c'est la forme 
de cet animal que 
Stukeley reconnaît 
dans les alignements 
de pierres dressées, 
en particulier à 
Avebury, dans le sud de 
l'Angleterre (ci-contre, 
au centre et à droite). 


premier ouvrage, Itinerarium Curiosum. 

Loin de commencer une exégèse historique 
des textes antiques qui mentionnent les druides, 
Stukeley veut rassembler les églises à la gloire 
du Christ, y compris la religion juive, et la 
religion druidique, ou chrétienté patriarcale 


'jA* 'JÏrtiù u&- ** 


LA VISION DE STUKELEY 25 


le Sauveur sous la forme traditionnelle 
d'un serpent, représenté par les alignements 
des monolithes d'Avebury. Le culte 
du serpent ou ophiolâtrie est au cœur 
de la religion mégalithique, selon 
Stukeley. En 1781, Henry Hurle, en 
accord avec Stukeley, crée l'Ordre 
des druides, qui se réunit encore /„ 

aujourd'hui régulièrement 
à Stonehenge le jour * 

du solstice d'été. 

Vers la fin de sa vie, 0 • « * t V* 

Stukeley rencontre * % 

lames Mac Pherson, 

l'« inventeur» du poète 

gaélique Ossian, à l'origine du fantastique 

romantique et de la celtomanie. Toute 

une époque s'enthousiasme pour ce 

curieux syncrétisme qui 
mêle mythes celtes et 
chrétiens. La forte 
influence de Stukeley, 
le prêtre druidique, sur 
son chantre William 


Blake, le barde orphique, 
illustre l'aventure 


9 


rr£-Jr*ùt- Satrift e* ef*4t 




\\ 


intellectuelle de 


la Jérusalem judéo- 
chrétienne et de ses ^ 

prêtres, alliés avec Avebury 
ou Stonehenge et ses druides 
celtiques. Le poète se réclame NTx. 

de l'anarchie qui inspire l'âge d'or 
et le prêtre dévoile l'ordre sacré. 

Le druidisme inventé par Stukeley 
est donc une réflexion poétique et sacrée 
originale, qui ne se rattache en rien à la science 
des druides, ces prêtres gaulois connus par 
César au I er siècle avant J.-C., 
c'est-à-dire un millénaire et /fa 

demi après la fin de l'utilisation 
cérémonielle des monuments 
mégalithiques. 


I mprégné par 
l'iconographie 
religieuse, Stukeley 
représente en 1759 
les sacrifices des 
druides devant 
Stonehenge à la fois 
comme une crucifixion 
chrétienne (la victime 
humaine, tel le Christ 
sur la croix) et comme 
un sacrifice païen 
(l'animal sur le bûcher). 


Y». 


's*. 


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***£:.< 




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t'rvm tJu Jtuu Jàài 5r. 



26 LES PIERRES DE LA LÉGENDE 


Druidisme,, celtomanie et sectarisme 

Le druidisme mystique de Stukeley transcendait 
les chauvinismes. En revanche, au début du siècle, 
les rassemblements sur le site de Stonehenge, 
le temple solaire, motivent des foules rassemblées en 
de véritables sectes. Le 24 août 1905, la «grande loge 
druidique de l'ancien ordre» visite pour la première fois 
le site pour l'initiation de masse de 650 à 700 frères, 
qui doivent connaître le mot de passe, et de 256 novices. 
Les rites commencent par un banquet, et la musique 
joue La Marche des druides, spécialement composée 
nonr l'occasion. 


A la suite de 
la renaissance 
de ces mouvements 
druidiques, des 
rassemblements se 
forment à Stonehenge 
pour fêter le solstice 
d'été. Ce renouveau 
est particulièrement 
spectaculaire lors de la 
cérémonie du 24 août 
1905 (ci-dessous). 


DES RASSEMBLEMENTS D'INITIES 27 


Des druides gallois habillés de blanc se rassemblent 
ainsi autour de la pierre de Pontypridd Rocking. Les 
autorités craignent des dérives politiques. En 1910 
d'ailleurs, le parti travailliste organise une 
manifestation autour de la même pierre. 

Depuis 1928, en Cornouailles, des bardes vêtus 
d'une chasuble bleue officient au centre du cercle 
de pierres dressées de Boscawen-Un. Stonehenge 
reste aussi un centre fréquenté par les adeptes du 
culte druidique. Le 21 juin 1914, le superintendant 
du Wiltshire y interdit une réunion organisée par 
le grand druide, qui doit quitter les lieux. Depuis 
cette date, le site de Stonehenge, devenu propriété 


L e monument 
devient le cadre 
privilégié d'un rituel 
qui met en scène des 
personnages habillés 
de longues chasubles 
blanches, brandissant 
des crosses et de longs 
bâtons. Une vision 
typique du début 
du XX e siècle, qui n'a 
rien à voir avec 
les rituels antiques 
ou préhistoriques 
dont nous ne savons 
pratiquement rien. 



28 LES PIERRES DE LA LEGENDE 



d'Etat, est l'objet de mesures de protection face 
aux débordements des fidèles du druidisme, qui 
se rassemblent le jour du solstice d'été, et face 
à l'enthousiasme provoqué par ces cérémonies. 
Ainsi, en 1969, deux mille motards rejoignent 
les druides pour célébrer le soleil. En 1974, cette 
cérémonie du soleil attire encore les représentants 
de nombreuses religions adeptes de 
Bouddha, d'Allah, de Jésus, de la Terre, 
de l'environnement, d'Oglolala, une 
divinité océanienne, et même d'un 
dieu sioux. La foule est telle que la 
cérémonie doit être interrompue, /àjfi 
En Bretagne, les druides • 

fréquentent certains lieux 
sacrés comme la tombe 
mégalithique de Merlin 
dans la forêt de Brocéliande 
où se mêlent ésotérisme 
et célébration de la geste 
d'Arthur. D'autres groupes ** < r ^ 

druidiques se réunissent '< 



D ans la chambre 
dolménique de 
la Table des Marchand 
(à Locmariaquer, 
Morbihan), la dalle 
de chevet est décorée 
de crosses symboliques. 
Si les motifs en 
sont fidèlement 
rendus par la 
gravure qui illustre 
les Voyages 


pittoresques et 
romantiques dans 
f / l’ancienne France, 
parus en 1845, 
l'auteur ne 
cherche pas 
à en donner 
d'explication. A 
notre époque, le 
mythe du menhir 
. perdure, puisqu'il se 
retrouve jusque dans 
la bande dessinée 
d'Astérix. 






DES CROYANCES BIEN ANCREES 29 


A new dawn for the Stonehenge Druids’ ritual 


dans la forêt celtique des Carnutes, sans référence 
à un quelconque mégalithe. Il en est de même 
des druides de la forêt de Saint-Germain-en-Laye 
qui adorent le soleil et les arbres séculaires. 

Le druidisme inspire encore des sectes de création 
récente, pour lesquelles les mégalithes sont une 
source d'inspiration ésotérique, avec des 
connotations parfois bien équivoques. 

La subjectivité de cette approche des grosses 
pierres est telle que les signes piquetés présents 
sur certaines dalles et constituant l'art mégalithique 
- l'une des clés qui rendent accessibles les 
intentions des constructeurs - sont à peine signalés : 
incompréhensibles, ils n'intéressent pas les celtomanes. 
Au XIX e siècle, Prosper Mérimée exprima ainsi son 
désarroi après une visite des dalles décorées de 
Gavrinis, dans le golfe du Morbihan, «couvertes de 
dessins bizarres, des courbes, des lignes, droites, brisées, 
tracées et combinées de cent manières différentes...» 


A Stonehenge, 

le culte druidique 
se perpétue (ci-dessus, 
un rassemblement, 
le 22 juin 1987, c'est- 
à-dire le lendemain 
du solstice d'été). Les 
observations et études 
réalisées sur ce site 
n'ont fait qu'éveiller la 
curiosité des nouvelles 
sectes et celle des 
archéologues. Le 
mystère du cycle solaire 
auquel il faut sans 
douteiajouter le cycle 
lunaire est, pour les 
druides initiés habillés 
de blanc, l'occasion 
de se recueillir et 
de rassembler 
autour d'eux toute 
une population 
d'adorateurs du soleil. 




31 


Q uand en 1825, l'abbé Mahé, 
chanoine de Vannes, s'adresse 
directement aux mégalithes : 
«Parlez... mais parlez donc», il se fait 
le porte-parole de ses confrères les 
«Antiquaires», membres des sociétés 
savantes qui viennent de se créer 
pour se consacrer à l'étude du passé, 
et en particulier des mégalithes. 


CHAPITRE II 

ANTIQUAIRES ET SAVANTS 

L a passion des 
mégalithes pousse 
les «Antiquaires» à 
interroger directement 
les monuments en 
les observant sur place 
(à droite, à Gordom's 
Edge, en Grande- 
Bretagne) et en 
pratiquant les 
premières fouilles 
(à gauche, à Udleire, 
au Danemark). 



32 ANTIQUAIRES ET SAVANTS 

Sous le feu du rationalisme 


Au début du XIX e siècle, Jacques de Cambry remet en 
cause les délires poético-religieux de Stukeley et leur 
oppose le rationalisme révolutionnaire des Antiquaires. 
Pour faire parler les pierres, ceux-ci partent du 
principe qu'elles méritent d'être étudiées avec plus de 
pertinence : il faut rechercher leur nature géologique, 
en explorer les parties cachées dans le sol, se 
préoccuper de leur environnement archéologique 
et astronomique. L'Académie celtique naît en 1805 
et Cambry en est le premier président. Elle se 
transforme cependant dès 1814 en Société royale 
des Antiquaires de France, changement révélateur 
de l'évolution des mentalités vers 
une recherche plus historique. 

A partir de 1830, le 
gouvernement de Louis- 

{ Philippe sent la nécessité de 
nommer un inspecteur pour la 
surveillance et le classement des monuments. 
Prosper Mérimée est ainsi le premier inspecteur 
général des Monuments historiques et découvre 
lors de ses voyages, en particulier en Bretagne, 
que les pierres mises en œuvre à l'époque 
préhistorique constituent une véritable / 
architecture. En 1867, les préhistoriens, Æj: aM 
rassemblés en Congrès à Paris, adoptent Æ > •'Æ 

le terme de «mégalithe», proposé 
par la Société polymathique du 
Morbihan, nouvellement créée. 

En 1879, le Comité pour la — \ 

conservation spéciale des Monuments SRI 

mégalithiques est annexé par le ministre des Beaux- 
Arts à la Commission des Monuments historiques. 

Le temps des fouilles 

Vers 1600, des ossements humains avaient bien été 
découverts à Stonehenge, mais l'Eglise considérait 
alors que les exhumer serait un sacrilège. Ce n'est 
qu'au début du XIX e siècle que sir Richard Colt 
Hoare et son chef de fouille W. Cunnington peuvent 
se consacrer à l'exploration des grands tumulus de 








P armi les trésors 
recueillis dans les 
tumulus de la région 
de Salisbury, où 
se trouve également 
Stonehenge, figurent 
ces ornements de 
l poignards et ces 
parures en or. 

On les date vers 
2000 avant J.-C., 


période de l'âge 
du bronze qui 
vit l'apogée du grand 
site cérémoniel. 

Les fouilles des 
tumulus entraînent 
la constitution 
de collections, les 
premiers classements 
d'objets et le début 
des chronologies. 




la région de Salisbury, au sud 
de l'Angleterre, où le Devizes 
Muséum va recevoir la collection 
d'objets archéologiques issus 
de ces recherches. Suivent 
Pitt Rivers dans l'East Dorset, 
Thomas Bateman dans le 
Derbyshire, Canon William 
Greenwell dans le Yorkshire 
dont la collection est 
aujourd'hui au British 
Muséum. Toute l'Angleterre est jÆ 
ainsi passée au crible des A 

L'archéologie est devenue 
désormais une science officielle, ‘ 
qui passionne même les L / ««8 SHgal 

souverains. Le roi Frédéric VII 

Zélande sur la 
tombe exhumée dans 
la tranchée creusée 
de part en part d'un 
tumulus de l'âge de bronze. 

En France, Napoléon III crée il 


permettra d'expliquer 
ces monuments et les 
cérémonies qui s'y 
étaient déroulées. 


L'INVENTION DES «MÉGALITHES» 33 


S ir Richard Colt 
Hoare (à gauche) 
et W. Cunnington 
(ci-dessous) assistent 
à l'exploration, à la 
pelle et à la pioche, 
d'un tumulus arasé 
de la région de 
Stonehenge (aquarelle 
de Philippe Crocher, 
1807, ci-contre). La 
méthode est expéditive 
mais elle a eu le mérite 
de fournir des objets 
dont l'interprétation 




archeologiqut 
dans les turm 
dessinées et s 
présentées so 
de planches p 
dans les revui 
sociétés savai 
Les objets pei 
ainsi être con 
et étudiés par 
communauté 



LES PREMIÈRES COLLECTIONS 35 


en 1862 le musée des Antiquités nationales de 
Saint-Germain-en-Laye : il reçoit entre autres 
collections celle du baron de Baye, constituée 
dans les hypogées de la Marne, et celle que 
Du Chatellier a patiemment rassemblée dans 
le Finistère lors de fouilles de monuments 
mégalithiques. Le musée de la Société polymathique 
du Morbihan présente les objets découverts par 
ses membres, tandis que le tout nouveau musée 
de Carnac rassemble les collections de James Miln, 
un Ecossais associé au jeune Breton Zacharie Le Rouzic. 

La passion des fouilles ouvre une ère faste pour 
l'étude des mégalithes, désormais renouvelée sur 
des bases concrètes et objectives. Malheureusement, 
les méthodes des fouilleurs, malgré un sens pertinent 
de l'observation, sont expéditives et destructrices. 

Il y a alors trois façons d'explorer un tumulus : 

r creuser au sommet un puits 
pour atteindre la tombe 
directement, pratiquer une 
grande section ou tranchée 
à travers tout le tumulus 
ou encore... raser 
le tumulus ! 


Z acharie Le Rouzic 
(ci-dessous), 
par son activité 
rigoureuse de fouille 
et de restauration 
des dolmens, est 
l'un des fondateurs 
de l'archéologie des 
mégalithes bretons. 




L a fouille 

d'un tumulus 
(ci-contre, en 1844, 
près d'Aylesford, 
Grande-Bretagne) 
s'apparentait à une 
véritable chirurgie : 
les ouvriers 
' creusent 
à la pelle et 
à la pioche une 
tranchée qui 
éventre le 
tertre jusqu'à la 
tombe centrale, 
tandis que 
les Antiquaires 
en chapeau 
commentent 
les travaux 
' (ci-contre). 


36 







37 



Mégali thomania 


C hristophe Paul 
de Robien ( 1698- 
1756), magistrat au 
Parlement de Bretagne, 
peut être considéré 
comme l'initiateur 
de l'archéologie 
bretonne; le premier, 
il s'interroge sur 
les monuments 
mégalithiques 
qu'il interprète déjà 
comme des tombeaux. 
Le recueil manuscrit 
de ses relevés rend 
compte de l'état de 
ces monuments 
au xvm e siècle : 
à gauche, les différents 
dessins du dolmen 
de la Roche aux Fées ; 
ci-contre, dans le 
registre du milieu, 
les monuments 
de Locmariaquer 
- en particulier le 
Grand Menhir brisé 
et le dolmen de la 
Table des Marchand; 
ci-contre, en bas, 
les alignements 
de Carnac. C'est dans 
ce même site de Carnac 
que Jacques de Cambry 
fit entreprendre des 
recherches (pages 
suivantes). Paru en 
1805, son ouvrage 
Le Monde celtique 
le montre en train 
d'examiner, de 
mesurer, d'interpréter 
des monolithes aux 
formes exagérées. 

Avec Cambry, 
représentant typique 
des Antiquaires, naît 
la «mégalithomania». 










42 ANTIQUAIRES ET SAVANTS 


ALIGNEMENTS 


CAVAl /£ 


CAR N AC 


MENEC 


VI HAN 


ALIGNEMENTS 


CARNAC 


Seuls les vestiges les plus 
importants, appelés «fossiles 
directeurs » car typiques d'une 
époque, sont recueillis, sans 
relevés précis. Objectif de 
la fouille : retrouver la forme 
initiale du monument et le 
dater, en recueillant les pièces 
exceptionnelles qui viendront 
garnir les vitrines du musée. 

Relevés et cartes postales 

Comme toute architecture, 
les monuments mégalithiques 
étudiés commencent bientôt 
à être mesurés et relevés. 

Dès 1762, le comte de Caylus 
demande aux ingénieurs des 
ponts et chaussées d'établir 
les plans et profils des pierres 
«gauloises». L'ingénieur 
Duchesne prend en charge 
le relevé isométrique 
de la célèbre Pierre levée 


H enri de Cleuziou 
est connu au 
xix e siècle pour ses 
livres à vocation 
populaire, où il 
vulgarise les travaux 
récents sur les origines 
de l'homme. Lui-même 
s'intéresse aux 
alignements de Carnac. 
A gauche, son plan de 
l'alignement du Ménec 
indique avec un grand 
réalisme la disposition 
des pierres dressées par 
rapport au parcellaire. 
Cette carte va de pair 
avec une coupe 
transversale du 
même alignement 
(ci-dessus, dans 
la partie supérieure) 
avec ses menhirs 
encore en place 
en 1873. La coupe 
transversale du dessous 
est celle de Kermario 
avec ses menhirs 
tels qu'ils apparaissent 
en 1874. 



CARTES, PLANS ET COUPES 43 





COUPES 

TRANSVERSALES 

me’mec. 



de Poitiers, pour avoir des données plus précises que 
les «douze toises en carré, et d'épaisseur quatorze 
pans» de Rabelais... Des mesures précieuses sont 
notées en 1860 par les Anglais Lukis et Dryden, 
sur un plan des alignements de Carnac, avant que 
les pierres ne soient abusivement relevées. 

Le goût des chiffres se répand. Un tableau des 
dimensions des quinze mégalithes les plus imposants 
est publié par Gabriel de Mortillet, avec en tête 
le Grand Menhir brisé, évalué à 340 tonnes et à 



P our le comte de 
Caylus, l'ingénieur 
Duchesne dessina 
la Pierre levée 
de Poitiers, de face, 
de profil et de dessus, 
selon les angles 
axiométriques 
(ci-contre). L'œuvre 
maîtresse de Caylus 
dans le domaine de 
l'archéologie reste son 
Recueil d’antiquités 
égyptiennes, étrusques, 
grecques, romaines et 
gauloises paru à Paris, 
en sept volumes entre 
1752 et 1768. Il y 
exprime l'idée que «les 
monuments antiques 
sont propres à étendre 
les connaissances», 
autant que les textes des 
historiens. Les dessins 
méthodiques de ces 
monuments peuvent 
être considérés comme 
les sources d'une 
réflexion typologique 
et archéologique. 


44 ANTIQUAIRES ET SAVANTS 



20,50 mètres de haut. Les mesures d'angle 
caractérisant les alignements ou les entrées des 
tombes intéressent le capitaine Devoir, un marin 
qui cherche une relation entre les architectures 
et les astres. En 1894, de Mortillet décompte 
6 192 mégalithes en France, dont 3 450 dans le 
Morbihan. Dans les îles Britanniques, on 
dénombre 900 cercles de pierres dressées. 

L'intérêt des scientifiques pour les mégalithes 
se popularise avec l'édition de cartes postales 
dont l'âge d'or coïncide avec l'Exposition de 
Paris de 1900. Une première étude est réalisée à 


E sprits originaux 
et passionnés, 
les Antiquaires 
se réunissaient dans 
les sociétés savantes 
qui s'étaient créées 
dans toute l'Europe. 

En instituant en 1830 
une Inspection 
des Monuments 
historiques, l'Etat 
français officialisait 
la préoccupation 
de sauvegarder 
le patrimoine dont 
faisaient partie les 
mégalithes. Un souci 
de protection que 
l'on retrouve dans 
les îles Britanniques, 
au Danemark, en 
Allemagne et dans 
la péninsule Ibérique. 
L'étape suivante fut 
l'acquisition par l'Etat 
de certains de ces 
monuments afin de 
les protéger et de 
les mettre en valeur. 

En témoigne ce 
montage de dix 
photographies (1888) 
représentant des 
monuments 
mégalithiques achetés 
par l'Etat français : les 
alignements de Carnac, 
le fameux Menhir brisé 
de Locmariaquer et 
divers dolmens étayés 
en vue de travaux 
de consolidation. 



INVENTAIRES ET PUBLICATIONS 45 


partir de 1 200 cartes représentant des 
monuments bretons et de nombreux 
personnages pittoresques. La photo typie, 
procédé apparu en 1890 et préfigurant 
l'off-set, permet alors de donner un état 
précis de chaque monument important 
et de son paysage environnant. 

Phénomène universel ou religion 
mégalithique? 

A la fin du XIX e siècle, la découverte 
de mégalithes hors d'Europe occidentale, 
combinée à la méthode analogique, 
qui tente d'établir des filiations d'un 
monument à l'autre, soulève l'hypothèse 
d'une religion mégalithique : des prêtres- 
marins missionnaires l'auraient répandue 




sur tous les continents, à partir de l'Egypte ou 
de la Mésopotamie, voire de la Grèce, berceaux 
de ces constructions géantes que sont les pyramides, 
les ziggourats et les tholos. Dès 1872, James 
Fergusson publie Rude Stone Monuments, synthèse 
d'une enquête mondiale : comme en Europe, les 
■«géants» ont construit des tombes mégalithiques en 
Corée ou en Inde, et apparaissent tels les héros d'une 
mythologie universelle, tant il est tentant d'établir 
des filiations entre les différents monuments. 

La relation de ces architectures avec la mort 
se précise cependant peu à peu, tout au long de 
la première moitié du XX e siècle, de même que 
la certitude d'une volonté d'organisation, visible 
notamment dans les orientations 
astronomiques. Puis l'invention des 

techniques de datation physico- 
chimique, à partir des années 

1950, attire l'attention 
sur les importants 
gggr écarts dans le temps 
v entre l es différents 



foyers mégalithiques. 




VU,. , .QUUtS -U.. 


L e succès de 
l'ouvrage de 
James Fergusson était 
dû autant au texte, qui 
prouvait l'universalité 
des mégalithes, qu'à 
l'illustration soignée, 
qui donnait à voir 
des monuments pour 
la plupart inconnus, 
avec souvent un 
personnage pour 
en indiquer l'échelle : 
en haut, un trilithe 
à Tripoli (en fait, 
un pressoir antique 
à huile d'olive!), 
ci-dessus, un grand 
caveau mégalithique 
en Inde. En bas, 
à gauche, dans le 
Caucase, un dolmen 
à dalle d'entrée 
perforée d'un hublot 
rappelle certaines 
allées couvertes 
du Bassin de Paris. 


46 







48 



Stoneheagtf. This is said to hâve been buüt as a Temple for tho worship of the Sun 8,700 ; 
ago. Others say that it was erected in tho roign of Aurelius Ambrosius King of Britain, 4! 
commémorât© the defeat of the Britons by Hengist. The stones are supposed to hâve been brc 
from Ireland by tRe Magio of Merlin. 







CAKN'AC 










175. CARNAC — DolœeABt Menhirs de Kermario, 

•c^r if //*«- I 


P our la seule région 
de la Bretagne, plus 
de 1 200 cartes postales 
ont été publiées entre 
1900 et 1926 sur le 
thème des monuments 
mégalithiques, fierté des 
communes (ci-contre, 
Camac). Le phénomène 
affecte aussi bien 
d'autres régions 
européennes. Le grand 
intérêt des cartes 
postales est qu'elles 
montrent les 
monuments dans leur 
paysage et souvent leur 
contexte humain avec 
les enfants, les femmes 
et les hommes en 
costume traditionnel 
donnant l'échelle de 
ces grosses pierres. Cet 
état des lieux, souvent 
de qualité au niveau 
des prises de vue et 
des tirages, constitue 
une documentation 
essentielle pour 
la connaissance de 
ces vastes ensembles. 
Les photos prises par 
Adrien de Mortillet 
(le fils de Gabriel) 
en 1893 dans la région 
de Sartène, en Corse, 
(pages précédentes) 
prouvent cet intérêt 
pour les mégalithes 
dans toutes les 
provinces françaises. 

Le dolmen est celui 
de Fontanaccia. 

Quant au site de 
Stonehenge, en 
Angleterre, il devient 
un lieu touristique 
dès le début du siècle : 
les cartes postales en 
font foi. 


de mégalithes 





51 


E ntre les V e et II e millénaires avant 
notre ère, le mégalithisme d'Europe 
>ccidentale a connu plusieurs phases 
le développement caractérisées par 
les types architecturaux spécifiques, 
concernant à la fois les dolmens, ou 
chambres mégalithiques, et les menhirs, 
>u pierres dressées. Ces monuments, 
vénérés pendant des siècles, ont 
parfois subi des transformations et 
des reconstructions. 

CHAPITRE III 



TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 


L e dolmen à portique, 
avec les deux piliers 
supportant un énorme 
bloc de couverture, type 
architectural datant 
du IV e millénaire, est 
caractéristique du 
nord-ouest de l'Irlande, 
(à gauche, le dolmen 
de Groleck). A l'origine, 
les blocs étaient 
recouverts par les 
pierrailles d'un tumulus, 
que les fouilles 
modernes permettent 
de retrouver (ci-contre, 
sur le site des 
Fouillages, à 
Guernesey). 



52 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 


Polémiques autour d'une 
datation 


En 1955, sur le promontoire de Plouézoc'h, au nord 
de Morlaix dans le Finistère, le long tumulus de 
Barnenez - 70 mètres et onze chambres à couloir, 
construites selon un plan circulaire en pierres sèches 
complétées par quelques dalles - est menacé de 
destruction. Un tertre voisin similaire vient de 
disparaître. La menace impose de dater 
scientifiquement ces énormes vestiges de pierre. 

La méthode du carbone 14, inventée en 1949 
par l'Américain Libby, est appliquée à Barnenez 
et les résultats obtenus sur des charbons de 
bois étonnent la communauté scientifique 
le monument, aménagé en deux phases, 
date du milieu du V e millénaire avant 
J.-C. Plusieurs archéologues 
refusent l'évidence, 
prétendant que 


[ y es datations 

k -L/au carbone 14 

pk réalisées sur 
llQi des charbons 

de bois trouvés 
sur le sol ancien 
du monument de 
-y l'île Carn dans le 
W Finistère 
(ci-dessous) 
indiquent une 
fréquentation du site 
entre 4400 et 4200 avant 
J.-C., ce que confirme 
la céramique trouvée 
sur place (à gauche). 
Cet amas de pierrailles 
architecturées, 
recouvrant des 
chambres funéraires, 
est appelé « cairn •> 
en breton, d'où le nom 
de l'île. 




uennoc 


Carn, 




OH i KUlb MILLE ANS D'ARCHITECTURE 







Quelques années plus tard, 
en 1973, à Bougon (Deux-Sèvres), 
dans un pays calcaire favorable 
à la conservation des ossements 
humains, des datations au 
carbone 14 sont réalisées à partir 

des ossements de deux tombes (les 4000 arç. J. c. 

tumulus E et FO) : les résultats sont 
compris entre 5040 et 4390 avant 
J.-C. A l'évidence, le mégalithisme 
a commencé en Bretagne et dans le 
centre-ouest de la France vers 4500 
avant J.-C., voire parfois auparavant! 

Les datations - si anciennes 3000 

qu'elles soient - des mégalithes 
seront par la suite confirmées, 
en particulier grâce à la méthode 
de thermoluminescence, qui évalue 
l'âge de la dernière cuisson des 
poteries et qui est testée, entre 
autres, sur des échantillons du 
monument I de Poço de Gateira 
et d'une tombe voisine du Haut- 
Alentejo, au Portugal. Le gigantisme 
mégalithique, en cours de découverte 
dans le dolmen daté 
au carbone 14 
d'Alberite 

(Cadix), est ainsi attesté 
dans la péninsule ibérique 
dès le V e millénaire avant 
J.-C. et pose le problème de 
l'autonomie de certaines 
évolutions locales. 

Ces datations physico- 
chimiques remettent 
définitivement en cause 
toute influence orientale, 
en particulier celle de la 
Grèce mycénienne (tombe 
des Atrides). André Malraux 
résuma parfaitement 
l'importance que 


L e mégalithisme 
est l'une des formes 
les plus anciennes 
de l'architecture 
sacrée. A preuve, 
cette comparaison 
entre les premières 
constructions 
monumentales en 
Orient (tour de Jéricho, 
mastaba et pyramide 
d'Egypte, ziggourat 
mésopotamienne) 
et les grands cairns, 
les tumulus à chambre 
mégalithique carrée, 
les allées couvertes et 
les cercles de pierres 
dressées. 




DES MONUMENTS ANTERIEURS AUX PYRAMIDES 55 


prirent tout à coup les architectures mégalithiques 
e n décernant, lors d'une visite au monument de 
Ihirnenez, le titre de «Parthénon mégalithique»! 

I )ès lors, la question cependant s'imposait : 
d'où viennent ces architectures mégalithiques? 

I )es «protomégalithes »... 

I I semble que le caractère collectif des coffres 
sépulcraux d'époque mésolithique (VIII e -V e 
millénaire) de Téviec et d'Hoédic en Morbihan 
évoqué au Portugal les cimetières de Muge et au 

I )anemark les sépultures collectives de Bôgebakken 
t de Skateholm. Est-ce le point de départ au 
V e millénaire avant J.-C. de la sépulture 
mégalithique? Les sépultures en pleine terre, 
sous dalle mégalithique à un ou deux squelettes 
(région de Malesherbes, Loiret) ou à squelettes 
multiples placés sur le ventre (Pontcharaud, près 
de Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme), datées de 
la seconde moitié du V e millénaire, introduisent 
l'usage des grosses dalles, mais n'offrent pas encore 
la monumentalité des tombes mégalithiques. 

Les coffres du type de Saint-Martin-la-Rivière 
(Vienne) sont également aménagés dans une fosse, 


L a façade atlantique 
de la péninsule 
Ibérique, de la Galice 
au Portugal, 
présente des formes 
mégalithiques dès 
le V e millénaire 
avant J.-C. Les pierres 
dressées, décorées 
de cercles piquetés 
disposées en cromlech 
à Almendres, près 
d'Evora, au Portugal 
(à gauche), se 
rapprochent des 
monuments similaires 
de Bretagne et de 
Grande-Bretagne. 

De même, les grands 
dolmens de Viseu 
(ci-dessous, toujours 
au Portugal) sont 
à la fois originaux par 
le plan de la chambre 
et proches des autres 
grandes architectures 
mégalithiques de 
l'Ouest atlantique. 



56 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 



sous le niveau du sol; dans l'ouest de l'Europe, 
ils peuvent être protégés par des tertres, comme dans 
le tumulus complexe des Fouillages (Guernesey) 
ou encore dans les longs tumulus morbihanais 
de Saint-Michel et du Moustoir, à Carnac, ceux 
du Mané-er-Hroeck et du Mané-Lud, à Locmariaquer, 
ou ceux de Tumiac, à Arzon. Les grandes 
architectures « protomégalithiques » combinent donc 
le coffre funéraire - d'origine mésolithique dans 
la zone atlantique et néolithique ancien en Suisse 
- et le long tumulus 
monumental, forme 
très ancienne de 
la première moitié 
du V e millénaire avant 
J.-C. en Bretagne et 
dans le centre-ouest 
de la France, peut- 
être apparentée aux 
longues structures 
palissadées des 
nécropoles de la 
Haute-Bonny, à Rots 
(Calvados), et de Passy 
(Yonne) dans l'est du 
Bassin parisien. 

... aux mégalithes 

La tradition du long tumulus protomégalithique 
durera pendant tout le quatrième millénaire avant 
J.-C., au Danemark et en Grande-Bretagne. Mais dès 
le milieu du V e millénaire, le tumulus de Barnenez, 
tout en s'inscrivant dans cette continuité, innove. 

A la place des coffres apparaissent des chambres 




L e tumulus 
de Barnenez 
possède toutes 
les caractéristiques 
de l'architecture 
mégalithique : 
la monumentalité, 
la présence de 
sépultures collectives 
(plan en haut, à 
gauche) et l'utilisation 
de grosses pierres 
(ci-contre, intérieur 
d'une chambre). Le 
tumulus, architecturé, 
a été construit en deux 
phases, vers 4700 avant 
J.-C. pour la partie 
ouest et 400 ans plus 
tard pour la partie est. 



LES CRITÈRES DU MÉGALITHISME 57 




sépulcrales faites de grosses pierres 
ouvertes vers l'extérieur par un couloir 
d'accès et propres à des rites collectifs. 

Ces trois critères - tumulus, rites 
funéraires collectifs et grosses pierres - 
caractérisent l'architecture mégalithique. 

La genèse du mégalithisme semble bien 
liée à la sédentarisation, vers 6000 avant 
J.-C., des nouveaux agriculteurs porteurs d'un mode 
de vie né au Proche-Orient et en quête de terres 
fertiles. Arrêtés par la façade atlantique, ils ont dû 
inventer une solution pour survivre et gérer une 
sédentarité permanente. En organisant le culte 
des ancêtres grâce à ces monuments, les hommes 
ont légitimé leur possession d'un territoire tout 
en affirmant leur identité culturelle. 


L e tumulus Saint- 
Michel à Carnac, 
surmonté aujourd'hui 
d'une chapelle, recouvre 
des coffres sépulcraux 
sans couloir d'accès, 
forme archaïque par 
rapport aux tombes 
de Barnenez mais sans 
doute contemporaine. 




58 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 





L a forme sépulcrale 
la plus simple est 
celle du coffre ou 
ciste (dessin du haut), 
limité par des dalles et 
protégé par un tumulus 
bordé de grosses pierres 
(ci-dessous, en photo, 
le tumulus arasé du 
Manio III à Carnac, 
avec sa bordure de 


Typologie de l'architecture mégalithique 


Depuis les cinquante dernières années, des 
inventaires systématiques sont rédigés à la suite 
de vastes campagnes de fouilles, en Allemagne 
du Nord, en Irlande, dans les îles Britanniques, 
en Bretagne, dans la péninsule Ibérique, à Malte... 
Grâce à la confrontation des observations menées 
lors de ces investigations, les archéologues ont pu 
établir une classification 
des architectures 
mégalithiques en Europe 
occidentale - celles des 
dolmens, c'est-à-dire ce 
qui reste des tombeaux 
lorsque le tumulus 
protecteur a disparu, 
et celle des menhirs, 
ou pierres dressées. 

Un aménagement 

simple et fermé, coffre ou ciste, de plan carré 
ou rectangulaire de dimensions modestes, 
formé de dalles protégeant les restes d'un 
ou le plus souvent de plusieurs squelettes, 
est à l'origine de la «chambre dolménique». 

Cette forme simple est très répandue, enterrée 
ou couverte d'un tumulus, à Monchique en 
Algarve (Portugal), à Carnac, aux Chamblandes 
en Suisse, au Danemark, en Angleterre. 

Au stade suivant, la chambre «dolménique» 
proprement dite est caractérisée par des 
dimensions assez importantes (2 à 6 mètres et 
parfois plus). Elle est accessible par un couloir 



pierres et son coffre 
central). On trouve 
ensuite des chambres 
sépulcrales à couloir 
d'accès, soit circulaires, 
soit quadrangulaires 
(dessins ci-dessus et 
monument ci-contre 
de la nécropole de 
Champ-Chalon en 
Charente-Maritime). 


L'ÉVOLUTION DE LA CHAMBRE SÉPULCRALE 59 




ou vestibule, depuis 
l'entrée aménagée sur 
la façade du tumulus. 

La tombe était donc 
fermée ou ouverte 
pour permettre 
de nouvelles 
inhumations, 
répondant ainsi 
à une fonction 
funéraire collective. 

Les archéologues 
ont établi leur 
classification d'après 
le plan de la chambre. 

Le dolmen à 
chambre ronde et 
couloir est construit 
en pierres sèches, et 
son plafond est en 

encorbellement. Des dalles renforcent 
le couloir et le pourtour de la chambre. 

Cette forme architecturale, fréquente 
dans l'Ouest de la France (à Barnenez, 
par exemple) est apparue au début du 
V e millénaire, mais se prolonge encore 
au IV e millénaire. L'usage de plus en plus 
fréquent de larges dalles pour remplacer 
les pierres sèches entraîne le passage 
du plan circulaire au plan hexagonal, 
comme au Portugal. 

Le dolmen à chambre rectangulaire 
et couloir traduit une évolution vers 
un mégalithisme plus marqué, car il est 
formé de grandes dalles, pour la chambre comme 
pour la couverture. L'augmentation de la taille des 
dalles situe en effet le niveau de mégalithisme. 

La démultiplication des chambres autour d'un 
même couloir aboutit au type irlandais des « Court 
dolmens » : deux à quatre chambres rectangulaires 
simples alignées dans un même tumulus à façade 
concave formant une «Cour», et même à des plans 
transeptés comme celui de Newgrange, fréquent 


D u plan simple 
quadrangulaire, 
les chambres à couloir 
passent à des phases 
plus complexes comme 
le plan «transepté». 
L'exemple de 
Newgrange, vers 3000 
avant J.-C. (photo ci- 
dessus, plan d'ensemble 
du tumulus et détail 
du plan de la tombe), 
montre la disproportion 
entre l'architecture 
fonctionnelle interne 
et la monumentalité 
externe, conçue pour 
impressionner la 
communauté. 


60 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 


également dans les 
Orcades, en Angleterre 
et en Pays de Loire. 

L'élargissement et 
l'allongement de la 
chambre dolménique 
sont manifestes avec le 
type angoumoisin (région d'Angoulême) et le type 
angevin (région d'Angers), où l'on trouve les plus 
mégalithiques de tous les dolmens : ceux de la Roche 
aux Fées et de Bagneux ( 1 7,30 mètres sur 4,25 au sol, 
sur 2,5 mètres de haut). Ce gigantisme se retrouve au 
sud de l'Espagne avec la Cueva de Menga à Antequera 
et avec le dolmen d'El Pozuelo à La Huelva. 



L'allongement seul des chambres donne des formes 
architecturales en couloir. Le dolmen allongé du type 
de Midhowe dans les Orcades possède un couloir 
axial. En Allemagne du Nord et dans les Pays-Bas, 
les dolmens sont majoritairement pourvus de 
couloirs latéraux. En Bretagne, une forme particulière 
de dolmen allongé et coudé possède aussi un 
couloir latéral (les Pierres plates, à Locmariaquer). 



L'allée couverte, 
enterrée ou pas, a pour 
originalité l'existence 
d'un vestibule entre 
un couloir court et 
la chambre. 


L a Roche aux Fées 
(ci-dessus), avec sa 
chambre rectangulaire 
(19,50 mètres sur 6 
et 4 mètres de hauteur 
extérieure), représente 
l'apogée de la 
construction 
mégalithique dans 
l'ouest de l'Europe, au 
début du IV e millénaire. 
Son couloir axial, assez 
court, est moins long 
et moins haut que 
la chambre dont il est 
isolé par un portique. 
L'allongement des 
chambres se retrouve à 
la fin du IV e millénaire 
dans une région limitée 
de Bretagne avec 
le dolmen long et 
coudé des Pierres 
plates à Locmariaquer 
(ci-contre). 


I 


DOLMENS ET ALLEES COUVEKits 01 


L / allée couverte est 
1 vers 3000 avant 
J.-C. une chambre- 


couloir allongée, 


bordée, et le plus 



souvent couverte, 
de dalles de même 
hauteur. L'entrée, dans 
l'axe du monument, 
se fait à travers un 
vestibule parfois séparé 
de la chambre par une 
dalle-hublot. Certaines 
allées couvertes sont 
enterrées comme celles 
du Bassin parisien 
(ci-dessous, la Pierre 
Turquaise à Saint- 
Martin-du-Tertre, 
Val-d'Oise, avec 
ses dalles de grès 
qui devaient affleurer). 
D'autres allées 
couvertes, celles de 
Bretagne, de Belgique 
et de Westphalie, 
construites au niveau 







uz, iKUia iviiLLt ANS D'ARCHITECTURE 



H ■ 4000 ans av. J. G. 
• 3000 ans av. J. C. 

o 2000 ans av. I. C 


Callanish 


t nrfess-Brogar 
aes Howe 


Bygholrû Norremj 
Groenhc 


Ncwgrânge 


ênge / 

.odgeA 

@La Chaussée-Tirancourt 


Les Mounouards, Le Mesnil-sur-Oger 
'Ce Razet, Coizard 
Passy 

Aillevans 

® . .5 ' -y ? ■ 

Chamblandes 
îcharaud 2 


.ugasson 


Roaix 

Arïes-Fontvielle 
* Orgon S~s 


Lamalou, Rouet 
Pépieux® ® 


Pilitosal 


PP ço de Gateira 
tKtalaia 

kneira 4, Monchique 

LosMillares 

Anfequera 


*£l Tudons Anghelu Ri 


.erra d'Alto 


San An< 


:araque 


Barranquete 


-pllücio 


Roknia 


/ Hal Saflièm, Malte 
Ggarttija, Gozo ’ >; 

Tàrxien, Hagar Kim, Malte’ 



L'EUROPE DES MÉGALITHES 63 



L / hypogée de 
Coizard, dans 
la Marne (ci-dessus), 
servait aussi de 
tombeau, avec son 
couloir au premier 
plan, son antichambre 
et sa chambre 
à l'arrière-plan. 
Ci-dessous, le plan 
de l'hypogée d'Arles 
creusé dans le sol 
et couvert de grosses 
dalles, est révélateur 
de la relation étroite 
entre le mégalithisme 
et ce type particulier 
de monument 
de conception 
méditerranéenne. 

Page de gauche, 
les principales 
zones mégalithiques 
européennes. 


Ce plan des allées 
couvertes, avec la 
chambre quadrangulaire, 
l'antichambre et un couloir 
d'accès très court, se 
retrouve dans les hypogées, 
ces grottes artificielles 
creusées dans la roche 
du Bassin parisien et des 
cônes méditerranéennes 
(région d'Arles et de 
Sardaigne). Leur apogée 
est daté des environs 
de 3000 avant J.-C. 

D'autres hypogées, 
chambre circulaire, 
ont été creusés au Portugal, 

Malte, en Crète et en 
Palestine. Près de Lisbonne, 
plusieurs nécropoles à 
hypogées, dont ceux de 
Palmela, les plus célèbres, 
p résentent une chambre 
parfaitement circulaire et 
un vestibule aux parois concaves. A Malte, l'hypogée 
d'Hal Saflieni s'étage sur trois niveaux souterrains 
creusés au cours de plusieurs phases d'utilisation. 

En tout, une vingtaine de chambres contenaient sept 
mille squelettes. En Crète, l'hypogée est un prototype 
tle la tombe à tholos, celle de Képhala, par exemple, 
qui annonce le tombeau des Atrides à Mycènes, un 
monument daté vers 1300 avant J.-C., que l'on avait 
jadis cru être à l'origine du mégalithisme occidental! 








04 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 


A Saint-Just (Ille- 
et-Vilaine). 


des menhirs effondrés 
ont servi de paroi 
à des coffres funéraires 
(à droite). 


Les différents types de menhirs 


Quant aux pierres dressées, leur classification est 
plus simple : elles sont soit isolées, soit alignées 
selon un axe rectiligne, soit disposées en cercle. 

Les alignements de Carnac sont constitués de 
plusieurs ensembles : Ménec, Kermario et Kerlescan. 
Ils sont associés à des menhirs disposés en ovale 
et en rectangle, les grands axes de ces alignements 

sont le sud-est et 
le sud-ouest, 
les directions 
du lever et 
du coucher 
du soleil. 



LES PIERRES DRESSEES 65 


C omme les tombes 
mégalithiques, 
les menhirs font partie 
des grands décors 
de cérémonies en 
souvenir des ancêtres. 
Ils peuvent être isolés 
ou alignés en fonction 
d'un axe céleste 
particulier. Avebury, 
non loin de 
Stonehenge, est un 
ensemble de trois 
grands cercles de 
pierres dressées; le plus 
grand, qui entoure 
les deux autres, est 
aménagé le long 
d'un large fossé. 


Certaines des pierres 
peuvent avoir une importance 
particulière, comme la pierre 
de visée, dite hellstone 
à Stonehenge. Les pierres 
dressées peuvent, en outre, 
se rattacher aux pierres 
aménagées en tombes, dans 
la mesure où certaines sont 
sacralisées grâce à un dépôt 
à leur base d'ossements 
humains; ou que d'autres- 
sont le point de départ, lors 
d'une phase ultérieure de 
ur vénération, de la construction d'un petit coffre 
néraire, comme c'est le cas dans l'alignement 
de Cojoux à Saint-Just. 




.yMrâ^‘ 




67 



Statues-menhirs 
et « torre » de Corse 
et des Baléares 

E n Corse, 
les premiers 
monuments 
mégalithiques - des 
coffres comme ceux 
de Porto-Vecchio et 
des dolmens comme 
celui de Fontanaccia 
près de Sartène 
- datent des IV e et 
III e millénaires avant 
notre ère. Des torre, 
tours associées à 
des statues-menhirs 
de l'âge du bronze 
(II e millénaire avant 
notre ère), forment 
un ensemble 
spectaculaire 
à Filitosa (page 
de gauche). Dans 
l'île de Minorque, 
aux Baléares, 
subsistent deux 
types de monuments 
mégalithiques, 
formes d'architecture 
funéraire et 
cérémonielle : 
la taula (ci-contre, 
en haut), reste 
d'un édifice à 
encorbellement, 
et la naveta, 
tour de plan 
quadrangulaire, 
comme celle 
d'Els Tudons 
(ci-contre, en bas). 



• : / 







69 







Les tombes géantes 
de Sardai gne 

R iche en 
monuments 
mégalithiques, la 
Sardaigne connaît 
dès le V e millénaire 
avant notre ère 
des hypogées 
ornés de motifs 
anthropomorphes 
et bovins. Les tombes 
des Géants sont l'une 
des originalités sardes 
une tombe allongée 
faite de dalles (page 
de gauche, en bas) 
est accessible depuis 
une entrée aménagée 
à la base d'une dalle 
sculptée monumentale 
(ci-contre), intégrée 
au milieu d'une façade 
creuse (page de gauche, 
en haut). La Sardaigne 
connaît aussi des 
pierres dressées, et en 
particulier des statues- 
menhirs coniques très 
stylisées présentant 
deux seins féminins. 

Le nuraghe est une 
tour massive qui 
protège une chambre 
intérieure à fonction 
peut-être religieuse. 







: lh : i ■ 


msmmmÉmp m 




Te mples e t h y po g ées 
de Malte 

L f insularité explique 
l'originalité de 
l'architecture 
, mégalithique des 
| deux îles voisines 
’ de Malte et Gozo, 
l au sud de la Sicile : 

' des hypogées 
funéraires comme 
celui d'Hal Saflieni 
(en bas, à gauche], 
creusés dans la roche, 

» imitent les détails 
[ d'architecture des 
temples extérieurs 
au plan trèfle 
aujourd'hui en ruines 
et sans couverture 
(ci-contre et en bas, 

; à droite, le temple de 

Î Mnadjra). Une même 
religion dominée 
par la déesse-mère 
(ci-dessous, la 
Dame endormie 
d'Hal Saflieni) est 
attestée dans tous 
ces monuments 
\ du IV e millénaire 
J avant notre ère, 
et en particulier 
dans la Xaghra Stone 
Circle, une structure 
cérémonielle, 
récemment découverte. 


72 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 


Cairns et tumulus : des monuments composites, _ 
à usage de nécropole et de centre cérémoniel 

Les longs tumulus spectaculaires et monumentaux 
s'associent à des formes architecturales 
plus ou moins mégalithiques. 

Ceux de Charente- 
Maritime, 



le Douhet, le Gros 
Dognon (Charente), sont 
gigantesques, comme ceux du Morbihan, 
d'Angleterre et du Danemark. Ils ne présentent 
pas de grandes structures funéraires vraiment 
mégalithiques mais ils peuvent être composites, 
comme le long tumulus de Bygholm Norremark au 
Danemark, qui révèle cinq phases d'aménagement 
dans le courant du IV e millénaire avant notre ère 
mais dont seule la dernière est vraiment 
mégalithique. 

A l'inverse, dans la nécropole de Bougon 
(Deux-Sèvres), qui occupe 2 hectares au centre 
d'un territoire néolithique d'une dizaine de 
kilomètres de diamètre, on trouve des tombes 
mégalithiques dans un tumulus rond 
augmenté, lors d'une seconde phase, d'un 
massif rectangulaire de pierre qui leur donne 
des allures de tumulus géants. Une manière 
d'amplifier leur effet visuel et monumental 
au sein même de la nécropole qui juxtapose 
spectaculairement cinq tertres composites. 

Sur le bord du golfe du Morbihan, à Arzon, 
le cairn du Petit Mont comprend, lui, quatre 
phases de construction. Le monument initial 
tertre à fosse centrale, sans doute funéraire, long de 
50 mètres, daté de 4580-4440 avant J.-C., sur lequel 
est construit un premier cairn de plan rectangulaire. 


L e phénomène 
mégalithique est 
cumulatif. La fonction 
de ces monuments 
s'est transmise d'une 
génération à l'autre, 
pour conserver le 
message des ancêtres 
initiaux. D'où le 
développement de 
certains sites, tel 
le tumulus du Petit 
Mont (ci-dessous) 
dont les quatre phases 
couvrent les trois mille 
ans du néolithique. 




servi 


DES TUMULUS GÉANTS, UTILISÉS PENDANT TROIS MILLE ANS 73 


L a nécropole de 
Bougon comporte 
cinq monuments 
juxtaposés ayant 
évolué à travers 
v les siècles, de part 
\\ et d'autre 
SOsN des carrières 

mW a y ant 


Celui-ci est flanqué, à son tour, d'un 
ajout monumental, appelé cairn II, 
destiné à protéger une première chambre 
mégalithique à couloir, dont le plan 
est déterminé par une stèle 
anthropomorphe abattue. Le cairn III, 
qui recouvre l'ensemble précédent, forme une masse 
de pierre trapézoïdale et architecturée de 50 mètres 
de longueur, et sur sa façade débouchent les 
couloirs de deux nouvelles tombes mégalithiques. 
Des tessons de vases campaniformes attestent que 
la fréquentation cérémonielle du monument a duré 
jusqu'à la fin du III e millénaire avant notre ère. 

Le complexe de Locmariaquer s'étale sur 
500 mètres - et peut-être 1 700 mètres si la chambre 
allongée et coudée des Pierres plates, la plus récente 
et la plus méridionale, lqi est associée. Cet ensemble 
a été aménagé du nord au sud, avec d'abord le grand 
tumulus à coffre du Mané-Lud (et peut-être le Mané- 
er-Hroeck), puis avec la série des pierres dressées 
géantes dont les fragments se retrouvent à la 
Table des Marchand, à Er Grah et à Mané Rutual. 
D'autres vastes paysages sont ainsi transformés 
en immenses sanctuaires : le célèbre site de Carnac 
occupe avec les alignements et ses cercles de pierres 


sanctuaire. 


à leur construction. 

Les chambres les plus 
anciennes, celles du 
E et F0 (extrémité sud), 
datent de 4700 avant 
J.-C., celles du B et du 
C de 4300 avant J.-C. 
Les grands dolmens 
couverts d'une dalle de 
32 tonnes (F2 au nord 
du tumulus F) et de 
90 tonnes (A) ont été 
construits vers 4000 
avant J.-C. et réutilisés 
comme chambres 
funéraires vers 3000 
avant J.-C., preuve de 
la longue fréquentation 
et de la vénération 
séculaire de ce 




74 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 


dressées, ses tumulus et ses tombes mégalithiques, 
une campagne de plus de 3 kilomètres de longueur. 
Les fouilles de Cojoux à Saint-Just (Ille-et-Vilaine) 
ont, de même, dégagé des architectures 
mégalithiques sur plusieurs kilomètres. 

Rec yclag e et récupération : la réutilisation 
des idoles géantes 

Lorsqu'en 1983 Charles-Tanguy Leroux dégage 
par le haut la dalle de couverture de la chambre 
de Gavrinis, il voit apparaître le dessin d'un grand 
bovidé aux cornes en lyre de 3 mètres de long, 
et deux autres motifs interrompus par deux 
cassures franches de ce bloc intermédiaire : la partie 
supérieure d'un autre bovidé et la partie inférieure 
d'une «hache-charrue». L'examen de la roche de 

l'orthogneiss, originaire d'un affleurement 
distant de 15 à 20 kilomètres, a permis 
d'identifier les deux autres fragments, 
à 4 kilomètres de Gavrinis, à 
Locmariaquer,- ils y étaient utilisés 
pour couvrir les dolmens d'Er Grah et 
de la Table des Marchand, à proximité 
du Grand Menhir brisé, en granit 
à deux micas. Le premier monolithe 
graphiquement reconstitué mesure 
14 mètres et pèse 200 tonnes tandis 
que le second atteint 20 mètres 
pour un poids évalué à 350 tonnes. 

Les fouilles de Locmariaquer ont ainsi 
mis en évidence au moins dix-neuf 
fosses remplies de pierres de calage 
pour maintenir debout des mégalithes 
géants vénérés - avant leur 
destruction systématique et la 
réutilisation de leurs fragments 
dans la construction des dolmens 
morbihanais vers 4000 avant J.-C. 
Ainsi ces grandes pierres récupérées, 
et disproportionnées par rapport 
à l'architecture des chambres 
funéraires et de leur couloir, 
décorées de motifs interrompus 



A Locmariaquer, dix- 
neuf fosses avec 
leurs pierres de calage 
servaient de base à des 
menhirs géants, tel 
le Grand Menhir brisé 
(20 mètres de haut, 

350 tonnes), resté sur 
place et jadis dressé (à 
gauche). Une démesure 
dont le personnage 
(ci-dessous, à côté 
d'un autre menhir de 
la même série) donne 
l'échelle. Deux autres 
monolithes décorés 
faisaient sans doute 
partie de cet alignement 
avant d'avoir été 
réutilisés dans le 
dolmen du Mané 
Rutual à Locmariaquer 
(page de droite, en bas). 






LES MENHIRS DEVENUS DOLMENS 75 


n découvrant sur 
la face 


supérieure 
SB cachée de la dalle 
■H de couverture brisée 
Êm du dolmen de Gavrinis 
le dessin d'un grand 
taureau de 3 mètres 
<jj| de long (ci-contre), 
jffil le chercheur C. T. 

Leroux a aidé à établir 
rcL? la complémentarité 
entre cette dalle et 
le fragment qui 
couvre la chambre du 
- -1 dolmen des Marchand 
à Locmariaquer 


par des cassures, sont-elles des blocs prélevés sur 
des stèles ou des menhirs géants : le dolmen du 
Mané Rutual à Locmariaquer est recouvert d'une 
stèle brisée de près de 4 mètres de long, 

' ornée d'une idole écusson piquetée. 

Dans le monument du Petit Mont, 
à Arzon, une grande stèle au profil 
anthropomorphe, haute de 5,5 mètres, 
a semble-t-il été dressée devant 
le cairn I. Lors de l'extension du 
monument, le cairn II a été appuyé 
sur le précédent et a couvert une 
nouvelle chambre à couloir 
conçue à partir de 
la stèle abattue, la partie 
inférieure formant 
la dalle de chevet 
et la partie supérieure 
le plancher de la nouvelle 
architecture. 



A 
■ il 


(ci-dessus, la section 
cassée). On voit en 
effet sur ce bloc la suite 
du dessin du second 
taureau (les pattes), 
dont la ligne de dos et 
les cornes se trouvent 
sur le bloc de Gavrinis. 
Le monolithe était 
à l'origine haut de 
14 mètres et pesait 
environ 200 tonnes 
(reconstitution en page 
de gauche). Le bloc 
supérieur, le troisième, 
est sans doute celui 
qui couvre le dolmen 
d'Er Grah. L'alignement 
des idoles géantes 
de Locmariaquer 
comprenait sans doute 
aussi la dalle-idole 
de chevet du dolmen 
des Marchand, restée, 
elle, en place. 





76 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 




UN ART CACHÉ POUR LES MORTS 77 


C onsidérées 
à juste titre 
comme l'apogée 
de l'art mégalithique 
breton, les dalles 
décorées de Gavrinis 
(à gauche) constituent 
les parois d'un long 
couloir et d'une 
chambre carrée. 

La surface visible est 
couverte d'un style 
baroque, dans lequel 
les lignes piquetées 
répètent certains 
motifs classiques de 
l'art mégalithique 
breton - idole féminine 
associée au serpent, 
hache, crosse et arc, 
attributs du pouvoir 
masculin. Sensiblement 
à la même époque, 
un art différent, moins 
ordonné, avec pour 
thème majeur le soleil 
rayonnant, est attesté 
près de Gavrinis, 
au Petit Mont à Arzon. 
Il fait penser à l'art 
irlandais de la vallée 
de la Boyne, qui se 
développe à la fin du 
IV 1 -' millénaire. Ainsi, 
à Knowth (ci-contre), 
on reconnaît des 
spirales, des cercles 
rayonnants et 
concentriques, des 
zigzags, des losanges 
et des cupules, 
et curieusement 
des pieds ! 


78 TROIS MILLE ANS D'ARCHITECTURE 



L es thèmes 

célestes de l'art 


mégalithique se 
retrouvent aussi bien 
en Irlande (ci-contre, 
un «cadran solaire» 
sur l'une des dalles 
de Knowth) qu'au 
Portugal : ci-dessous, 
le soleil et la lune 
peints sur le dolmen 
de Antelas à Oliveira 
de Frades (Viseu) et 
le soleil du menhir 
de Bulhoa à Monsaraz 
(Alentejo). 




Signes et décors 


La façade en pierre de Gavrinis a peut-être 
été complétée par des aménagements en 
bois comme les fouilles l'ont attesté. 

Mais rien de 

l'extérieur ne laisse M \ 

supposer la richesse \ 

baroque des décors C 

couvrant l'ensemble y 

des dalles du long 

couloir d'accès à la ( 

chambre, elle-même 

entièrement décorée 

de motifs piquetés y \ 

répétés, haches, \ y 

crosses, idoles- W I 


Quel changement idéologique explique c 
modifications radicales ? Des rivalités inter 
tribales comme à l'île de Pâque? Le phénol 
est différent dans le Morbihan puisque cha 
fragment est réintégré dans un nouveau ty] 
d'architecture mégalithique plus proche 
du rituel funéraire. Le culte des ancêtres l's 
t-il emporté sur le culte des idoles géantes 
Au prix alors de quelle énergie - de quelle 
révolution des croyances au sein d'une 
même civilisation! 


LE LANGAGE DES MÉGALITHES 79 




écussons, arceaux et zigzags 
emboîtés - ou représentés 
une seule fois, comme l'arc 
et le serpent. L'iconographie se 
rapporte aux emblèmes du pouvoir 
masculin (arc, hache, crosse) et 
sans doute à une divinité féminine 
(idole-écusson), peut-être en 
relation avec le serpent. Le site 
de Gavrinis, construit vers 4000 
avant J.-C., représente l'apogée 
de l'art morbihanais et plus 
généralement de l'Ouest français. 

Tout aussi riche et foisonnant, 
le foyer irlandais d'art 
mégalithique est cependant peu 
comparable à Gavrinis. La vallée 
de la Boyne, au nord de Dublin, 
rassemble une série de tumulus de 
plan circulaire dont le plus célèbre 
est Newgrange (Meath) : l'une des 
dalles de la chambre est piquetée 
d'un grand triscèle, éclairé par un 
rayon de soleil passant par le couloir le jour du 
solstice d'hiver. L'entrée du couloir est entravée par 
une dalle ornée de spirales (dont une préfiguration 
du triscèle), de losanges et de zigzags. Quatre-vingt- 
dix-sept blocs ornés des mêmes motifs géométriques 
circonscrivent le tumulus, lui-même entouré de 
trente-huit menhirs. 

Dans un ensemble voisin, à Knowth, le tertre 
central est aussi ceinturé de dalles finement 
piquetées avec des motifs circulaires, spiralés, 
ovés ou anguleux, de chevrons, de zigzags, 
géométriquement originaux. Sur l'un des blocs, 
on pourrait reconnaître un cadran solaire. Le style 
de Newgrange et de Knowth est ordonné et se 
distingue du style libre de Loughcrew au nord-ouest 
du comté de Meath. Une même inspiration s'y 
retrouve, à base de soleils, de mouvements spiralés 


L e tumulus de 
Newgrange est 
entouré de blocs 
décorés de ces motifs 
célestes très présents 
dans l'art irlandais, sur 
lesquels on reconnaît 
(ci-dessus) la spirale, 
qui exprime peut-être 
la course du soleil. 
Outre son décor, le 
bloc du haut, placé 
devant l'entrée du 
couloir du tumulus, 
a aussi une autre 
fonction, toujours liée 
au cycle du soleil : le 
jour du solstice d'hiver, 
il laisse le soleil 
levant pénétrer par 
une lucarne aménagée 
au-dessus de l'entrée 


et d'enchaînements en dents de scie. Les dates de 
ces monuments se situeraient vers 3000 avant J.-C., 
quand Gavrinis était abandonné depuis longtemps. 


du couloir jusqu'au 
fond de la chambre 
sépulcrale. 



81 


L a société rurale et villageoise 

de l'Europe occidentale qui se met 
en place au cours du VI e millénaire 
avant J.-C. invente une religion forte : 
celle des ancêtres. Et s'affirme grâce 
à une innovation : les mégalithes, 
conçus symboliquement pour protéger 
les plus prestigieux de leurs morts, 
ou pour les évoquer. Techniques 
et rites illustrent la vitalité de 
ces constructions, leur pérennité. 

CHAPITRE IV 

LE PALAIS DES MORTS 
ET DES DIEUX 

L es tombes 
mégalithiques 
(à gauche, l'une de 
celles de Barnenez) 
sont des monuments 
sacrés; elles deviennent 
des sanctuaires 
lorsque y sont vénérés 
des personnages 
appartenant à des 
familles dominantes 
qui ont acquis le 
statut d'ancêtres 
(ainsi au Lauzet-Ubaye, 
dans le dolmen du 
Villard, ci-contre). 



82 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX 



L e cortège exalté 
qui s'avance 
devant l'entrée d'un 
tombeau mégalithique, 
brandissant des torches 
pour pénétrer dans le 
monde des ténèbres, est 
une vision romantique 
des cérémonies 
funéraires. La réalité 
est plus complexe, 
intégrant des rites 
secondaires, c'est-à-dire 
des manipulations 
symboliques qui révèlent 
l'intention des vivants 


Depuis cent mille ans, 
les hommes se sont préoccupés 
de leurs défunts, qu'ils ont le plus 
souvent placés délicatement, isolés 01 
en groupe, dans des fosses creusées 
dans les grottes ou à 
proximité d'habitats de 
plaine. Quelques grosses 
pierres ont parfois servi 
à sceller ces fosses. 

Avec les constructions 
mégalithiques, naît 

l'architecture de plein air en matériaux 
durable (certains chercheurs évoquent une volonté 
d'imiter les grottes) destinée à recevoir les corps 
des ancêtres, selon des rites complexes et renouvelés. 
L'esprit des morts, et probablement des dieux 
- dont a besoin, selon Jacques Cauvin, une société 
qui progresse par symboles - habite alors la pierre 
des caveaux ou la pierre dressée commémorative. 

Ancêtres redoutables et protecteurs : le culte 
des reliques 

Les sépultures mégalithiques sont collectives et 
leurs rites funéraires résultent d'un déploiement 
considérable d'énergie et d'un engagement total 
de la société. L'examen de la sépulture de 
Pontcharaud (antérieure à 4000 avant J.-C.), près 
de Clermont-Ferrand, montre l'attention portée 


Dans la sépulture 
collective de 
Pontcharaud (en haut), 
les corps d'hommes, 
de femmes et d'enfants 
(une dizaine) sont 
couchés sur le ventre, 
la tête tournée sur 
le côté. Pour que 
ces morts ne puissent 
ni bouger ni revenir 
à la vie quotidienne, 
mains et pieds ont été 
coupés, et ils ont été 
recouverts de lourdes 
dalles. Ces pratiques 
funéraires démontrent 
la peur des ancêtres. 



aux défunts mais aussi la crainte qu'ils inspirent : 
pieds et mains coupés, ils sont disposés sur le ventre 
afin de ne progresser que vers les ténèbres; de plus, 
des blocs de pierre ont été déposés sur eux pour qu'ils 
ne s'échappent pas vers la lumière. Les ablations 
des mains et des pieds ont sans doute été réalisées 
lors de rites secondaires, postérieurs à la mort. 

Ces rites permettent d'apporter toute la 
symbolique qui transforme le corps en relique, et 
le défunt en ancêtre. Il n'est pas rare de trouver dans 
les chambres mégalithiques les restes d'ossements 
de plusieurs corps, déplacés depuis un autre lieu 
de présentation, ou amputés d'ossements reliques. 
Ainsi, dans la chambre du tumulus B1 de Bougon, 
des calottes crâniennes associées à quelques 
ossements longs et alignés représentent ces reliques 
limitées à l'essentiel, différentes de simples 
réductions d'ossements, comme on le voit à 
La Chaussée-Tirancourt. 


L e dégagement 
de la tombe n° 5 
de Tagarp en Suède 
(ci-dessus) fait 
apparaître la structure 
du tumulus et de 
ses différentes parties 
- couloir et chambre 
funéraire. La sépulture 
mégalithique joue 
un double rôle : 
à l'intérieur, c'est 
un mémorial pour 
le défunt; à l'extérieur, 
un lieu de culte devant 
lequel, génération 
après génération, 
les fidèles continuent, 
une fois le couloir de 
la tombe bouché, 
à vénérer le souvenir 
des ancêtres présents 
par leurs ossements 
devenus des reliques. 



84 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX 




Caveaux collectifs et distinctions sociales 


Au cours du IV e millénaire avant J.-C., les 
tombes mégalithiques se répandent dans 
une grande partie de l'Europe occidentale. 

Celles présentant un plan simple carré 
ou circulaire se multiplient aussi bien 
dans le Midi, l'Espagne, les Pyrénées ou 
les Causses que dans les régions nordiques 
- Irlande, Allemagne du Nord, Danemark. 

D'autres tombes à chambre allongée 
dolmens coudés de Bretagne puis allées 
couvertes de Bretagne, d'Ile-de-France, 
de Belgique, de Hollande et d'Allemagne, 
apparaissent comme des caveaux plus 
collectifs. Des hypogées connus dans 
les régions méditerranéennes mais aussi 
dans la Marne présentent les mêmes 
traces rituelles que celles observées 
dans les allées couvertes. Dans l'hypogée 
de Roaix (Vaucluse, III e millénaire), un 
niveau comprenant trente-cinq squelettes 
déposés ensemble - comme l'indique 
l'étude des connexions anatomiques des ossements - 
correspond à la fonction d'ossuaire, sans doute à la 
suite d'un carnage guerrier. L'existence de charniers 
est attestée dès le V e millénaire, à Talheim, près 
de Stuttgart, et ce climat d'insécurité a sans doute 
encouragé la solidarité 
exprimée dans les 
caveaux collectifs. 

Le problème des 
sacrifices humains est 
posé dans un contexte 
guerrier, comme à 
Auzay (Vendée). 

Dans la plupart des 
autres monuments 
mégalithiques, la fonction de caveau 
et de reliquaire va de pair avec 
des rites secondaires en usage sur 
de longues périodes et laissant 
apparaître des hiérarchies sociales. 


L es deux corps de la 
sépulture d'Auzay- 
les-Chatelliers (Vendée, 
III e millénaire, ci-dessus) 
portent des traces 
de mort violente qui 


laissent supposer 
un sacrifice humain. 
Ci-dessus, le plan du 
dolmen d'Axevalla, en 
Suède, avec les loges 
internes où sont rangés 
les défunts par famille. 




SÉPULTURES ET OSSUAIRES 85 



Au Danemark, des maisons des morts^en bois -pv ans l'allée 

couvertes de chaume, identifiées à Tustrup et à Vrone cou , ve ïî. e de La 

TTl ,, Chaussee-Tirancourt, 

Hede, ont pu recevoir les dépouillés de défunts avant les ossements d'un 

qu'on les dépose, sous une forme préparée, dans la squelette ont été 
tombe mégalithique. Les logettes limitées de petites groupés contre une 
dalles retrouvées dans la longue chambre d'Ingelstorp doute^ouTmarquer 
en Suède méridionale ou dans celle de Gnewitz en i a place de cet ancêt 
Allemagne du Nord, sont faites pour recevoir les par rapport aux autr 

«paquets» d'ossements secs d'aïeux qui appartiennent defunts - 

à des familles aux rangs sociaux 


la place de cet ancêtre 
par rapport aux autres 
défunts. 



86 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX 


Mégalithes et hiérarchie sociale 

Le monument mégalithique est conçu pour être 
vu de loin et jouer un rôle social et religieux 
au milieu du territoire rural où s'organise la 
sédentarisation progressive des paysans. La hiérarchie 
des monuments exprime une réelle volonté 
d'agencement du paysage. Les monuments de Kercado, 
de Dissignac ou de Bougon s'intégrent ainsi depuis 
le V e millénaire avant J.-C. au sein de leur territoire 
limité par des monuments satellites. D'autres 
jouent le même rôle depuis le IV e millénaire : 
ainsi le tumulus central de Hagestad en Suède, 


L j énorme tumulus 
central de Knowth, 
en Irlande (ci-dessus), 
ne recouvre que deux 
petites chambres 
funéraires à long 
couloir. Cette 
monumentalité 
révèle l'importance des 
personnages inhumés; 
elle est mise en valeur 
par seize petits tertres 
circulaires satellites 
recouvrant chacun 
une sépulture 
mégalithique. 



LES PLUS GRANDS D'ENTRE LES MORTS 87 


ceux de Knowth et de Newgrange en Irlande, ou 
encore celui de la Cueva de Romeral en Espagne. 

A Jersey, l'énorme tertre de la Hougue Bie s'impose 
aux autres constructions mégalithiques de l'île. 

Parmi les monuments plus anciens, le cairn de 
llarnenez, à l'intérieur de sa masse de pierraille, abrite 
le dolmen à couloir H, au milieu des autres, le seul 
a être couvert d'une dalle mégalithique, le seul 
à présenter une chambre double et des décors piquetés. 
C'est bien la preuve d'une hiérarchie des tombes. 

Les études anthropologiques des squelettes des 
tombes mégalithiques continentales plus récentes 
(ainsi celle de La Chaussée-Tirancourt, ou les longs 



tumulus anglais comme celui d'Hambledon Hill), 
semblent montrer que le nombre apparemment 
important des inhumés, 250 à 300 pour le premier et 
350 pour le second, ne représente, sur des durées de 
plusieurs siècles, que des populations sélectionnées. 
Double hiérarchie donc, des personnages introduits 
dans les tombes mégalithiques, et des tombes entre 
elles. Le meilleur exemple de cette organisation 
sociale, politique et religieuse est sans doute, pour 
Colin Renfrew, le monument de Stonehenge, centre 
cérémoniel de plusieurs territoires, chacun ayant 
ses sépultures monumentales, ses sites cérémoniels 
et ses habitats fortifiés. 


L /intérieur (ci-contre) 
de la chambre 
mégalithique de la 
Hougue Bie à Jersey 
révèle la force de cette 
architecture de blocs 
bruts. D'après leur 
origine géologique, 
on sait que les blocs 
proviennent de 
plusieurs zones de 
l'île, ce qui pourrait 
bien indiquer la 
participation de 
communautés 
secondaires au profit 
d'une communauté 
centrale dominante. 
Pour mobiliser les 
énergies collectives 
nécessaires à la 
construction de 
mégalithes, il doit 
en effet exister une 
hiérarchie sociale et 
religieuse. Même si, 
par ailleurs régnait une 
certaine égalité entre 
les membres d'une 
population donnée 
habitant des maisons 
similaires, avec des 
modes de vie sans 
doute assez modestes, 
on peut penser que 
la mise en œuvre 
des tombes et des 
sanctuaires était 
le fait d'une élite 
qui maîtrisait le 
pouvoir politique, 
la diplomatie, la 
science et le secret 
des dieux. A ce titre, 
seuls quelques 
hommes organisaient 
les travaux collectifs 
et présidaient au 
culte des ancêtres. 

A Stonehenge, 
monument sacré 
majeur, le prêtre 
disposait d'un 
important pouvoir. 



; xm 

W'm 




.o> $ 


V:*" Les mégalithes 

t a nécropole de Sine- 
ys| Lj Ngayène, au sud 
du Sénégal, est signalée 
H par des cercles de 
3 pierres dressées (ci- 
9 contre). Dans chacun 
fl d'eux, une fosse 
WéL remblayée contient les 
fl restes d'inhumations 
H successives de l'âge 
Sf. du fer, une pratique 
SÙ qui semble avoir 
lit* duré pendant le 
kt I er millénaire de notre 
'M ère. La reconstitution 
ci-dessus des positions 
^ d'inhumation des 
squelettes du cercle 
n° 25 fait apparaître 
Wjj deux groupes, dans une 
mise en scène destinée 
'M à impressionner ceux 
mi qui assistaient à la 
WÊ cérémonie, rassemblés 
tg au-dessus de la fosse, 
Ig le long du cercle 


Les pointes de lances 
en fer disposées parmi 
les corps prouvent 
que c'est en période 
de guerre qu'avaient 
Heu ces inhumations 
collectives. 




A ux Célèbes, en 
Indonésie, des 
« champs de menhirs 
alignés sont toujours 
utilisés comme centres 
cérémoniels par les 
Toradja. Chaque 
famille est propriétaire 
de ses mégalithes, 

■ mémoires du clan, 

3 ordonnés selon 
J la généalogie, et à ce 
■ titre symboles de la 
" grandeur ou du déclin 

à du groupe. Les plus 
1 grandes pierres 

1 (6 mètres de haut et 
8 tonnes) ont mobilisé 
pour leur transport et 
leur mise en place des 
efforts considérables, 
soutenus par des 
^ cérémonies de 
1 sacrifice qui ajoutaient 
. à la magie du lieu : 
des centaines de 
cochons étaient 
immolés. Aujourd'hui, 

' j les pierres sont 
j beaucoup plus modestes 
(20 à 30 centimètres 

I de haut seulement), 
mais la tradition 
perdure. Il s'agit 
désormais d'une fête 
à laquelle participe 
l'effigie du mort plantée 
devant le cercueil. 

^ Des combats de buffles 
, ont lieu dans la rizière 
y voisine, avant que 
• les animaux ne 
soient abattus et 
', < les morceaux distribués 
au participants, 
jg La fête autour des 
■ pierres dressées dure 
■ toute la nuit, et, 

B entre prières et chants, 
■ naît un nouveau 
I mégalithe, dressé 
■ au milieu de ses pairs. 





d' Amériq ue 

E n Colombie, 

dans la vallée du rio 
Magdalena, sur des 
terrasses aménagées dans 
la montagne, à 2 (X)0 
mètres d'altitude, des 
tombes mégalithiques 
forment un ensemble à 
la fois classique et isolé 
en Amérique. Depuis 
le VI e siècle avant J.-C., 
les habitants de San 
Agustin construisent 
des coffres en dalles 
pour des inhumations. 
Ces tombes deviennent 
ensuite monumentales, 
du type des dolmens à 
couloir (ci-dessus). Les 
statues-menhirs postées 
à l'entrée évoquent 
sans ambiguïté les 
dieux d'Amérique 
centrale : dieu jaguar 
(ci-contre), dieu singe 
et dieu saurien. 

La ressemblance 
entre ces monuments 
et ceux de l'Europe 
est un exemple 
du phénomène de 
convergence : à de 
grandes distances et à 
des époques différentes 
les architectures 
peuvent évoluer 
de façon similaire, 
sans relations directes 
entre les régions. 


94 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX 


Les trépanations : chirurgie de la p athologie 
ou traitement rituel des ossements humains 


La trépanation des crânes humains révèle ce même 
souci de connaissance de l'homme et de son 
environnement - et au-delà laisse entendre que 
les néolithiques appréhendaient le rôle du cerveau 
dans le comportement humain. Les néolithiques, 
qui déposent les leurs dans les monuments 
mégalithiques, savent arracher des dents malades 
et à l'occasion même trépaner - avec succès puisque 
le patient survit parfois à l'épreuve. C'est ce qu'ont 
découvert les premiers fouilleurs, comme le baron 
Joseph de Baye, dès 1872, dans les hypogées de 
la Marne. Certains crânes trépanés présentaient 
des bourrelets osseux attestant de 
la survie de l'homme, et les 
rondelles crâniennes perforées 
étaient aménagées en pendeloques. 
Alors qu'Ambroise Paré, à la 

Renaissance, attire l'attention 
sur les difficultés de 
l'opération - limiter 
le saignement, particulièrement 
abondant au niveau de la tête, 
cautériser la plaie, qui risque de 
s'infecter, utiliser des draps imbibés 
de vinaigre pour éponger le sang et 
éviter la putrification -, une série de crânes déposés 
dans les tombes mégalithiques rodéziennes montrent 
la fréquence de la trépanation au néolithique. 

Dans le couloir du tumulus A de Bougon, une 
calotte crânienne datée de 4000 avant J.-C. présente 
trois trépanations successives. Pour la première, 
une rondelle circulaire prélevée de biais pour 
ne pas entamer le cerveau, sur l'occipital gauche, 
devait peut-être guérir des douleurs dues à une 
malformation du canal occipital axial. L'opération 
a, semble-t-il, réussi, et les anthropologues estiment 
que l'homme a survécu une dizaine d'années. Entre- 
temps, il a été opéré une seconde fois pour l'ablation 
d'une rondelle ovalaire qui agrandissait l'ouverture 
originelle. L'homme continuait-il de souffrir? 



L a pointe de flèche 
en silex fichée dans 
une vertèbre humaine 
(à gauche), trouvée 
dans l'une des grottes 
artificielles des Ronces 
à Villevenard (Marne), 
a été lancée avec la 
force d'un arc. Preuve 
d'une agressivité 
guerrière ou d'un 
sacrifice qui a entraîné 
mort d'homme. Dans 
certains ossuaires 
du midi de la France, 
le dépôt simultané de 
nombreux corps, dont 
plusieurs présentent 
des traces de mort 
violente, formait 
un niveau appelé 
« couche de guerre >* . 
Les manifestations 
explicites de tueries 
guerrières deviennent 
plus nombreuses au 
III e millénaire, qui voit 
la fin du mégalithisme 
et l'avènement de l'âge 
des métaux. 



L es crânes humains 
trépanés témoignent 
d'une véritable 
chirurgie préhistorique 
apparue vers 4000 
avant J.-C. Avec des 
outils en silex, 
l'opérateur devait 
détacher la rondelle 
sans toucher le 
cerveau. Ci-dessus, 
des amulettes faites 
de rondelles crâniennes. 


TRACES DE MORT OU DE GUERISON 95 



A sa mort, il semble jf 

qu'il ait subi une autopsie, un 
grand enlèvement au niveau du frontal et du 
pariétal ayant été découpé au silex sans souci 
de ménager le contenu endocrânien. Trois autres 
exemples de cette vérification nécropsique 
un signalé à Cibournios (Lozère) et deux dans 
la vallée du Petit Morin (Marne) - confirment la 
curiosité expérimentale et scientifique de l'homme 
néolithique pour le fonctionnement du corps humain 
vivant. Curiosité qui se poursuit après la mort, 
comme le révèle le traitement rituel des ossements 
humains, et les nombreuses pratiques des rites 
secondaires pendant lesquels ces ossements, et en 
particulier le crâne, acquièrent le statut de reliques. 


S ur la photo 

d'ensemble de ce 
crâne provenant d'un 
hypogée de la Marne, 
et sur la radiographie 
ci-dessus, apparaissent 
très nettement les 
traces des outils 
utilisés pour la 
trépanation. 



96 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX 



Wmmi 


Cérémonies et conventions 
le respect des valeurs 


Les offrandes introduites dans 
les tombeaux semblent pour 
la plupart collectives, disposées 
par exemple au centre des coffres 
ou vers le seuil de la chambre 
funéraire (comme dans l'hypogée 
des Mournouards, dans la 
Marne), pour tous les ancêtres 
! présents dans le sépulcre. 

Ce sont des armatures de 
f flèche, des lames et des nucléus 
en silex, tous objets d'utilité, 


L es thèmes de 
l'art mégalithique 
se retrouvent dans la 
sélection des offrandes 
déposées dans les 
tombes. Il en est ainsi 
des haches de prestige 
à talon pointu et 
tranchant large, dont 
le profil est sculpté 
sur l'une des dalles 
de Gavrinis (ci-contre); 
des haches similaires 
en jadéite ont été 
placées dans les 
tombes bretonnes 
(ci-contre, à gauche). 

Le tranchant sans 
traces d'usage et la 
perforation au niveau 
du talon font de cet 
objet non une hache 
utilitaire mais un 
pendentif, symbole 
du pouvoir masculin, 
de même que la crosse 
en bois et l'arc 
(que l'on a rarement 
retrouvé mais dont 
les pointes de flèches 
en silex indiquent 
la présence dans 
les tombes). 








98 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX 


aboutissent 

néolithique 

Canterbury 

w bêê ê Sês ê 

m « 

fejïi-r •• 


à la conclusion que cette roche, prisée au 
dans tout l'ouest de l'Europe et jusqu'à 
(Kent), est d'origine alpine. La variscite, 
abondante en Bretagne et dans le centre- 
ouest de la France, et peut-être 
originaire de Catalogne, la 
! jadéite, et d'autres roches 

'Ifk. précieuses, sans oubli 
\ le cuivre et l'or, 

Kk sont les étalons 

vf* d'un s y stème de 

valeurs qui donne 
leur sens aux 
| cérémonies qui 
accompagnent 


A côté des haches, 
des pointes de 
silex et autres symboles 
masculins, des éléments 
de parure sont déposés 
dans les tombes. 




qui se repetent dans 
le caveau tant qu'il 
est en fonction. Les 
multiples ossements 
d'aigle de la tombe de 
Isbister, dans les Orcades, sont sans doute un 
exemple rare d'identité tribale.; bes vestiges étalés 
dans le couloir bouché et condamné des tombes 
sacralisent sans doute le passage entre le monde 
extérieur de la vie terrestre et le monde sépulcral des 
ancêtres. Devant l'entrée dissimulée, d'autres offrandes 
sont déposées, en vénération d'aïeux devenus des 
entités abstraites. Des vases en abondance, identifiés 
à partir des 7 000 tessons trouvés lors de la fouille, 
ont été déposés devant la façade du tumulus 
mégalithique de Groenhoef, à Horsens dans le Jutland. 
Les architectures fermées et ouvertes, orientées selon 
les grands axes solaires, réunies par des fonctions 




BIJOUX ET SYMBOLES FÉMININS 99 


L 




L es perles et les 
pendentifs en 
variscite, roche 
essentiellement 
constituée de 
phosphore, d'un très 
beau vert turquoise, 
étaient sans nul 
doute très précieux. 
Ci-contre, un pendentif 
et des perles trouvés 
dans le monument 
mégalithique d'Er Grah 
à Locmariaquer. Ci- 
dessous, des perles en 
variscite provenant des 
tombes mégalithiques 
de Tumiac et Tuchen 
Pol, à Ploemeur, 
également dans le 
Morbihan. On retrouve 
ces mêmes perles en 
variscite au Portugal 
et en Catalogne, où des 
découvertes géologiques 
rendent vraisemblable 
l'exploitation 
préhistorique. 


funéraires plus ou moins 

affirmées (comme le prouve 
Palignement de Cojoux 
à Saint- Just) furent 
le cadre de cérémonies 
aux valeurs savantes, 
en hommage aux ancêtres. 


La science de la parenté_ 
à l'origine des rites funéraires? 


Dans l'allée couverte 
mégalithique de La Chaussée- 
Tirancourt, des cellules 
d'inhumation ont été isolées, 
parfois matérialisées par des 
rangées de pierres - fréquentes dans 
les monuments d'Allemagne du Nord, de Scandinavie 
et des Orcades. Dans chacune 
des cellules, les ossements 
appartenaient-ils 
à des membres 
d'une seule 
famille? 



100 LE PALAIS DES MORTS ET DES DIEUX 


A Talheim, près 
de Stuttgart, 
les fouilles menées en 
1983-1984 ont révélé 
des pratiques funéraires 
collectives : seize enfants, 
et au moins neuf 
hommes et sept femmes 
y ont été ensevelis vers 
5000 avant J.-C. Le fait 
que dix-huit crânes 
présentent des traces 
de coups de hache 
prouve que cette 
population homogène 
a été massacrée, 
les corps ayant 
ensuite été rassemblés 
dans cette fosse sans 
attention particulière. 
Les guerres ont 
entraîné le creusement 
de tels charniers qui 
figent la réalité d'une 
unité d'habitat. 


Dès 1885, à Damerancourt (Oise), des 
ressemblances ostéologiques physiques ont été 
mises en avant pour reconnaître une unité familiale 
En 1965, dans la maison des morts de Niederbosa 
en Thuringe, le fouilleur Herbert Ullrich est frappé 
par les caractères anthropologiques des squelettes 
qui font apparaître deux groupes distincts de 
la population. Claude Masset, à La Chaussée- 



UN ÉCHANTILLONNAGE DE LA SOCIÉTÉ NÉOLITHIQUE 101 


Tirancourt, observe trois sous-groupes 
à partir des caractères osseux «discrets» 
(suture supplémentaire sur le crâne, 
trou nourricier dédoublé sur un os, 
face articulaire supplémentaire dans 
une articulation. . . ), qui coïncident avec 
la répartition des ossements dans les 
cellules physiquement individualisées. 

Ces caractères semblent dans la 
société néolithique typiques de règles 
matrimoniales. Lorsque l'on dispose 
d'un échantillonnage relativement 
abondant, en particulier au néolithique final, 
ils permettent d'envisager une structure 
élémentaire de la parenté. La sépulture 
collective correspondrait à un groupe 



exogame et chacun des sous -groupes à des ensembles 
endogames. Il est encore trop tôt pour déterminer si 
ces sépultures collectives peuvent nous donner une 


A l'intérieur de l'allée 
couverte de La 
Chaussée-Tirancourt, 
des zones transversales 


information sur la démographie de cette époque. 



matérialisées au soi 
par des alignements 
de dallettes (ci-dessus) 
constituent des cellules 
symboliques 
d'inhumations, dans 
lesquelles étaient 
déposés les corps ou les 
ossements des membres 
d'une même famille 
ou d'un même groupe 
(ci-contre, une cellule 
en cours de fouille). Au 
premier plan, à gauche, 
le crâne et quelques- 
uns des os longs d'un 
même individu ont été 
rassemblés contre 
la dalle latérale et dans 
l'angle formé par les 
dallettes. Plus loin, 
un autre crâne a été lui 
aussi rangé le long de 
la dalle. L'accumulation 
des ossements, à 
droite, donne une idée 
de la difficulté à 
interpréter l'ordre dans 
lequel ces ossements 
ont été déposés. 



C /est pour répondre, dans l'Europe 
néolithique, à une hiérarchisation 
de la société, à des aspirations 
religieuses et à des défis scientifiques 
que responsables politiques, architectes 
et prêtres ont conçu et réalisé des 
constructions mégalithiques. Elles 
représentent l'expression des axes 
majeurs d'une grande civilisation 
rurale dont l'implantation marque 
encore nos paysages contemporains. 

CHAPITRE V 

ENTRE CIEL ET TERRE 

y /architecture 
J_f mégalithique est 
un repère terrestre et 
céleste dans le paysage. 

Stonehenge a été conçu 
pour observer à l'horizon 
la position du soleil 
levant le jour du solstice 
d'été (à gauche) et établir .J| 
ainsi le calendrier * 

solaire et celui des * 
travaux ruraux dont 
sont garants ancêtres 1 < 
ou dieux sculptés 
dans la pierre (à droite, | 
la statue-menhir 
des Maurels à Calmels- | 
et-le-Viala, Aveyron). I 





104 ENTRE CIEL ET TERRE 


Des matériaux de choix_ 
pour des hôtes de prestige 


Contrairement à ce que 
l'on croit, les mégalithes sont 
rarement bruts ou sauvages. 

Un œil attentif reconnaît 
des piquetages, usés par le 
ruissellement des pluies et par 
le gel. Et même lorsque le profil 
de la pierre est irrégulier, l'allure 
générale prouve un choix dans 
la carrière. La Roche aux Fées, 
à Essé, le plus beau dolmen de 
Bretagne, est construit à l'aide 
d'énormes blocs de schiste rouge 
extraits d'un banc rocheux distant de 4 kilomètres. 
Les fées, en portant ces pierres dans leur tablier, 
en laissèrent échapper une, un menhir isolé. 

La texture et la couleur 
du grain trahissent 


moraines 
■contre, 
en Suède). 


A Stonehenge (ci- 
dessus), des pierres 
bleues sont dressées au 
premier plan, au pied 
des grands trilithes 
en sarsen, chaque type 
de roche ayant une 
fonction spécifique, 
ix est dicté 
possibilités 
ngiques locales : 
.nsi, dans le 
nord de l'Europe, 
les dolmens 
ont en blocs 


LA SÉLECTION DES QUALITÉS ET DES COULEURS DE ROCHES 105 



connaissance géologique des affleurements rocheux. 
Les prêtres-architectes prenaient ce qu'il y avait de 
mieux dans les environs, dans un rayon de plusieurs 
kilomètres. En pays calcaire, à Bougon, les piliers des 
tombes sont régularisés et ajustés les uns aux autres 
dans la roche locale, du callovien, tandis que les 
dalles de couverture sont de texture plus tenace, en 
bathonien à silex pour un bloc de 32 tonnes venant 
d'un affleurement distant de 4 kilomètres et en 
aigrin, massif corallien fossilifère de 90 tonnes tiré 
sur plusieurs centaines de mètres. 

Les pierres bleues de Stonehenge, pesant entre 
1 et 1,5 tonne, forment un double cercle incomplet 
dès les derniers siècles du III e millénaire avant J.-C. 
Ce sont des dolérites pour la plupart mais quelques- 
unes sont en lave volcanique gris-bleu, deux sont 
en grès bleu et une en calcaire. La couleur, autant 
que la géologie, a été le critère de sélection. Pourtant, 
le gisement principal des dolérites se trouve dans 
les Prescelly Mountains 
au pays de Galles, soit 
à 210 kilomètres de 
Stonehenge, distance 
révélatrice de la valeur 
attribuée à ce type de 
roche ! Les trilithes de 
Stonehenge sont en 
sarsen, un grès originaire 
de Marlborough Downs, 
à 32 kilomètres au nord 
du site. L'exploit de la 
traction des monolithes 
en sarsen vient de leur 
poids, évalué à 30 tonnes 
en moyenne pour chacun d'eux. Aux Pays-Bas, 
les constructeurs de Hunenbedden recherchaient 
les «boulders», ces énormes cailloux de grès roulés 
de moraines glaciaires, manipulés par les géants 
et les nains. Le choix des matériaux dans la mise 
en place d'un mégalithe était précis et dépendait 
de la fonction et de l'aspect de la pierre. Il dénote 
une familiarité totale avec le sous-sol géologique et 
des échelles de valeur mêlant texture et couleur. 


D ès le choix 
des pierres, 

minutieux, esthétique 
et fonctionnel, la 
dimension funéraire et 
sacrée des mégalithes 
apparaît. C'est bien 
le cas du dolmen de 
la Roche aux Fées 
(ci-dessous). Le tombeau 
était scellé et recouvert 
par les remblais d'un 
tertre, cette enveloppe 
extérieure devenant 
elle-même un lieu de 
vénération. On a ainsi 
l'impression que le 
travail de construction 
de la chambre était en 
lui-même un acte sacré 
qui possédait ses règles 
et ses exigences. Le bel 
ouvrage était destiné 
aux ancêtres davantage 


ne voyaient plus les 
subtilités de la mise en 
œuvre des blocs, mais 
seulement le tumulus 
de pierres et de terre. 
C'est l'état de ruine 
des monuments qui 
nous fait comprendre 
le dessein religieux 
des constructeurs. 




106 ENTRE CIEL ET TERRE 




Les mégalithes, leur p aysa ge terrestre et cosmique 

C'est vers 1723 que William Stukeley a, le premier, 
l'intuition que les monuments 
préhistoriques d'Avebury et R 

de Stonehenge - mégalithes, 
tumulus, fossés et levées de 
terre - sont les architectures 
d'un vaste ensemble 
paysager, qu'il va dessiner 
en déroulé. La topographie 
y est bien observée, 
d'autant que la campagne, 
particulièrement dégagée 
de tout arbre, en facilite 
l'appréhension. Ses dessins 
permettent de comprendre 
que les monuments étaient 
destinés à être vus de loin; 
sans doute leur implantation 
répondait-elle à une vision 
cartographique, aux lieux 
hiérarchisés, qui ne se 
perçoit que sur des 
projections aériennes. 

Ce sens de l'espace est 
la grande originalité des 


L e site d'Avebury, et 
son environnement, 
(Wiltshire) apparaît 
bien dans son ampleur 
et sa complexité sur 
le relevé dessiné 
par Stukeley (page 
de droite). Le plan 
au sol ci-contre 
montre la grande levée 
de terre circulaire de 
400 mètres de diamètre 
doublée d'un fossé 
intérieur puis d'un 
cercle de pierres 
dressées qui entoure 
deux cercles plus petits 
et tangents de menhirs, 
aujourd'hui disparus. 
Quatre passages situés 
aux points cardinaux 
servaient à aller 
et venir dans ce vaste 
ensemble circulaire. 



DES MARQUES DANS LE PAYSAGE 107 



D epuis la porte 
Sud, un double 
alignement de pierres 
dressées rejoint, à 
2 kilomètres, le petit 
cercle du Sanctuary-, 
une autre allée de ce 
type partait de la porte 
Nord. Toutes deux sont 
visibles sur le relevé 
ci-dessous. 


architectures mégalithiques «ouvertes» que 
révèlent les «avenues» de Stonehenge et de 
Callanish, ou encore les alignements de pierres 
dressées de Carnac et de Saint-Just, qui soulignent 
sur des kilomètres, en ligne droite, les courbes 
topographiques. 



'y&rUn Jït éjp 


108 




110 






113 


Rêveries d ans 
les ruines 

L es romantiques, 
peintres ou poètes, 
ont fait de la poésie des 
ruines antiques l'un de 
leurs thèmes favoris. 
Mais ils ont également 
traduit leur émotion 
devant ces monuments 
inexpliqués en leur 
temps que sont les 
mégalithes. Devant une 
tombe mégalithique 
sombre, massive, dans 
un paysage aux arbres 
tourmentés, un 
homme - le peintre 
peut-être, Caspar 
David Friedrich - 
se penche sur le passé 
(ci-contre). Johan 
Christian Dahl, 
peintre Scandinave, 
a lui aussi représenté 
des mégalithes 
- au Danemark - dans 
un environnement 
solitaire (pages 
114-115). Leurs 
contemporains anglais, 
Constable et Turner, 
ont été, eux, fascinés 
par Stonehenge. 
Constable visite le site 
pour la première fois 
le 15 juillet 1820, et 
retravaille longuement 
à l'atelier, à l'aquarelle. 
La vue de Stonehenge 
au double arc-en-ciel, 
qui donne du 
monument une 
vision cosmique, 
date de 1835 (pages 
108-109). Turner, 
lui, est revenu à 
plusieurs reprises 
à Stonehenge. Il le 
montre figé dans 
l'éternité d'un paysage 
pastoral (pages 110-111). 




116 ENTRE CIEL ET TERRE 



Les architectures «fermées» comme les tombes 
mégalithiques, installées sur la crête ou le versant 
des collines, sont quant à elles des points de 
convergence d'où part le grand axe de l'orientation 
du couloir d'accès rejoignant à l'horizon le point où 
apparaît le soleil, un jour remarquable de sa course. 
Car le paysage mégalithique n'est pas seulement 
terrestre; la topographie modulée fonctionne avec 
la lumière solaire, source de chaleur et de fertilité. 

Le mouvement régulier du soleil va de pair avec 
celui de la lune, dont l'observation semble fournir 
dans certaines régions, comme l'Ecosse ou 
l'Angleterre, d'autres points de repère sur l'horizon. 

Tout le travail de l'archéologue est de retrouver 
les traces d'occupation du sol, les différents types 
d'habitat principaux et secondaires, et d'en établir 
les chronologies pour tenter de reconstituer l'histoire 
de ces territoires en leur paysage. Les géologues 
testent les roches affleurantes tandis que les 
amateurs d'ésotérisme viennent capter les courants 
telluriques ou les nœuds magnétiques qui 
caractérisent le lieu d'implantation de la pierre. 


L e site de Callanish 
(ci-contre et 
ci-dessous), dans l'île 
de Lewis (archipel des 
Hébrides, en Ecosse), 
est à l'origine une 
tombe mégalithique 
modeste protégée par 
un tertre circulaire. 
Celui-ci a été entouré 
par la suite d'un cercle 
de pierres dressées 
duquel partent quatre 
doubles alignements 
orientés selon les axes 
cardinaux. 



DES AXES CARDINAUX 117 


L'imaginaire mégalithique et la grande déesse-mère 

L'enthousiasme pour l'étude des mégalithes, 
la «mégalithomania», a connu son apogée au 
XIX e siècle et a inspiré la plupart des études 
actuelles. Les grosses pierres ont provoqué 
puissamment l'imaginaire moderne. Les hommes 
d'un lointain passé ont mis en relation architecture, 
science et religion, prenant à témoin le grand 
mouvement céleste, saisissant l'instant de la mort 
pour exprimer, dans l'élaboration savante des 
mégalithes, leur révolte affective et sociale. 

Ces intentions inscrites dans les pierres nous sont 


L / évolution de 
1 Callanish semble 
typique des îles 
Britanniques, avec le 
passage d'une tombe 
mégalithique restant 
une référence à 
un monument 
à architecture ouverte 
hé à l'observation 
du soleil et sans doute 
de la lune comme à 
Stonehenge. D'autres 
cercles de pierres en 
Ecosse étaient conçus 
pour observer la lune. 



j*'U> V 




118 ENTRE CIEL ET TERRE 



Le défi du néolithique 


progressivement accessibles par de nouvelles 
méthodes d'études pluridisciplinaires. L'imaginaire 
moderne, qui se penche sur ces balbutiements 
mythiques de l'art et de la science, rejoint ainsi 
l'intention archaïque. 

Tous participent de cette quête. La culture citadine 
espère retrouver le sens des messages paysagers, 
la culture rurale désire peaufiner ses connaissances 
historiques et archéologiques. Les mégalithes sont les 
témoins monumentaux, intégrés dans leur paysage, 
de cette réflexion d'écologie fondamentale et sacrée. 
Ils semblent dominés par un personnage féminin 
que Jacques Cauvin n'hésite pas à reconnaître 
comme la divinité néolithique - une déesse- 
mère omniprésente, sous forme d'idoles 
gravées, de sculptures et de statues- 
menhirs. Un dieu guerrier serait son 
pendant, représenté par le seul dessin de 
ses armes, hache, crosse et arc au 
néolithique, poignard à partir du 
chalcolithique (III e millénaire). 


L a statue 

anthropomorphe 
de Catel, à Guernesey, 
à épaulement et tête 
très stylisés, peut être 
identifiée aux déesses- 
mères néolithiques 
à cause des seins 
surmontés d'un collier, 
et de la position des 
bras et des mains qui 
les rejoignent, comme 
chez les déesses 
du Proche-Orient. 

Le visage n'est pas 

sculpté, mais 
était peut- 
être peint. 


Les impressionnantes mises en 
œuvres mégalithiques d'Occident 
- pierres dressés ou pierres de 
tombeaux sous tumulus - posent 
d'emblée le problème de la 
hardiesse de la construction. 

Il y faut un chef, volontaire et 
diplomate, pour rassembler les 
troupes capables de manipuler de 
telles dalles,- puis des ingénieurs 
géologues, qui sachent trouver 
les bonnes pierres et maîtriser la 
résistance des matériaux (pierre, 
bois, cordes) nécessaires à la mise 
en place - véritable prouesse - 
des blocs géants. Il y faut sans 
doute aussi un pouvoir religieux 
pour déterminer l'emplacement 
et l'orientation du monument 
et donner à la construction 


LES DEESSES-MERES 119 



sa finalité - tombeau destiné aux reliques d'ancêtres 
ou centre de cérémonies. 

La traction et l'élévation des mégalithes ont longtemps 
été une énigme, d'où les hypothèses les plus 
extravagantes, jusque dans les années 1980 : écluse 
hydraulique, tapis roulant de céréales, glissades sur 
sol gelé, intervention d'extraterrestres, de forces 


C reusée dans 

la paroi en craie 
de l'hypogée du Razet 
à Coizard (Marne), 
cette déesse-mère 
se reconnaît aux seins 
et au collier supportant 
une grosse perle. 


120 ENTRE CIEL ET TERRE 


telluriques ou magnétiques - versions contemporaines 
des titans d'autrefois. Pour en finir avec ces hypothèses, 
plusieurs expériences ont été menées sur le terrain. 

A Stonehenge, Richard Atkinson a fait tracter 
des dalles par ses étudiants - trente-deux pour un 
bloc de 1,5 tonne. En juillet 1979, sur le plateau des 
Chaumes à Exoudun, où affleure le banc rocheux 
d'où vient la dalle de 32 tonnes d'une tombe de 
Bougon (Deux-Sèvres), pour la première fois, un bloc 
du même poids a été tiré par deux cents personnes et 
levé par soixante d'entre elles, manipulant en même 


L / expérience réalisée 
1 en 1979 à Bougon 
a montré que deux 
cents personnes 
pouvaient tracter 
un bloc de 32 tonnes 
(ci-dessous). Le bloc 
a été posé sur des 
rouleaux, eux-mêmes 
tournant sur des rails 
en bois. Pendant que 
les hommes tirent, 
d'autres assurent 
avec de petits leviers 



temps 

trois grands leviers, 
utilisant les mêmes 
matériaux d'origine - rouleaux de 
bois, cordes végétales tressées, haches polies 
pour tailler les troncs, pics en bois de cerf et coins 
en bois pour entailler la roche, percuteurs siliceux 
pour boucharder et régulariser le pierre. La technique 
en a été améliorée en 1997 avec un système de 
moyeu à rayons. 

La mécanique mégalithique est astucieuse, et 
sans savoir exactement celle qui était précisément 
utilisée, on sait désormais qu'elle est non seulement 


la progression 
rectiligne du bloc; 
quelques-uns, à 
l'arrière, le poussent en 
avant ou le retiennent. 
En 1997, l'équipe de 
Bertrand Poissonnier 
a réussi à faire avancer 
le même bloc de 
32 tonnes avec 
seulement quelques 
dizaines de personnes 
(en haut, à droite), en 
fixant des leviers sur 
chacun des rouleaux, 
ce qui en a démultiplié 
l'efficacité. 


UN TRAVAIL DE TITANS 121 


humainement accessible, 
mais que pour défier le poids 
des pierres, elle a atteint 
un degré d'élaboration digne 
des meilleurs architectes. 

La mesure mégalithique 
et la géométrie 
un rationalisme empirique 

Au début du siècle, 
l'ingénieur A. Kerviler est 





intrigue par 
les distances assez 
régulières qui séparent 
les menhirs de Carnac et 
d'ailleurs. Il propose une «unité de 
mesure préhistorique» : le pied mégalithique 
de 0,30 mètre, le «pas» mégalithique, qui équivaut 
à 3 pieds c'est-à-dire à 0,90 mètre, et la corde de 
30 pas, soit 27,10 mètres. Un professeur d'ingénierie 
d'Oxford reprit la question et mesura les distances 


C /est en se référant 
aux Egyptiens qui 
utilisaient le Nil pour 
amener sur radeau les 
pierres des pyramides 
et les colosses des 
temples que certains 
archéologues comme 
Richard Atkinson 
pensèrent que des 
pierres d'origine 
lointaine, par exemple 
les pierres de 
Stonehenge, sont 
arrivées par la mer 
puis par les rivières. 
Pour transporter un 
bloc de 1,5 tonne, 
l'équivalent d'une 
pierre bleue de 
Stonehenge, il relia 
entres elles trois 
barques à fond plat 
et y fit reposer le bloc, 
fixé sur des rouleaux 
permettant ensuite de 
le déplacer facilement 
sur terre. Quatre de ses 
étudiants dirigeaient 
l'embarcation. 




122 ENTRE CIEL ET TERRE 




de centaines de pierres 
dressées dans les îles 
Britanniques et en 
Bretagne. En bon Anglais, 
il définit le « yard 
mégalithique» qui 
mesure 0,899 mètre 
correspondant au «pas» 
de Kerviler, puis la toise 
mégalithique de 2,5 yards, 
c'est-à-dire 2,08 mètres. 

A partir de ces relevés 
précis, le chercheur 
Alexander Thom observe, 
dans les années 1960, des constructions de figures 
simples, hémicycles bâtis à partir de triangles- 
rectangles à base pythagoricienne 3, 4 et 5. En 1977, 
il décrit la géométrie des alignements de Carnac, 
prenant pour unité le yard mégalithique. Il montre 
l'importance du grand menhir du 
tumulus du Manio et celle du 
menhir brisé de Locmariaquer. 

L'un et l'autre sont pour Thom 


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Perimeter = 304 4 my 


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des frontons de mire pour les 
observations solaires et lunaires. 
Si les fouilles récentes de 
Locmariaquer ne rendent plus 
ces conclusions aussi évidentes, 


II) O 20 40 60 

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80 m 


200 ft 



LA GÉOMÉTRIE DES ALIGNEMENTS 123 





mate 


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car le grand menhir n'était en fait pas isolé, les 
archéologues restent intéressés par la démarche de 
Thom et ses autres travaux. En Ecosse, celui-ci a pu 
étudier les deux cents pierres dressées de Mid Clyth, 
disposées en éventail selon une direction nord-sud, 
et des files simples ou doubles de menhirs orientés 
est-ouest sur des kilomètres comme à Eleven Sheares 
et à Rhos y Beddan. De tels alignements de pierres 
se retrouvent au sud de la Grande-Bretagne, en 
Cornouailles, et dans le Dartmoor. 

Des cercles de pierres, très nombreux dans les îles 
Britanniques, ont été étudiés par A. Burl en 1976. 

L'un de ces ensembles intégrés dans le paysage, situé 
dans l'île de Mainland, dans l'archipel des Orcades, 
combine une double fonction : funéraire d'abord, puis 
d'observation astrale. Il comprend deux cercles voisins 
de la grande tombe mégalithique de Maes Howe : 
le premier est formé des douze « Stones of Stenness », 
disposées à l'intérieur d'un fossé interrompu par 
une entrée qui mène à un coffre funéraire central; 
le second cercle, dit «Ring of Brogar», de 104 mètres 
de diamètre, est fait de soixante pierres bordant un 
fossé creusé dans le grès rouge. 


L es relevés de 
A. Thom (page de 
gauche) font apparaître 
la construction 
géométrique des 
alignements du Ménec 
à Carnac. 


L / image virtuelle 
réalisée par 
Jean-Claude Golvin 
reconstitue les grands 
ensembles de Carnac. 
Ci-dessus, sur la page 
de gauche et sur celle 
de droite, deux vues 
d'ensemble des 
alignements de 
Kermario et de 
Kerlescan, restituées 
par l'ordinateur à partir 
des informations 
réunies par le Service 
d'image scientifique 
de l'université de 
Bordeaux. 



124 ENTRE CIEL ET TERRE 




Les mégalithes, le soleil et la lune : la logique 
des cycles 

Deux monuments illustrent au mieux la fonction 
d'observatoire de la course du soleil. Callanish Lewis, 
dans les Hébrides extérieures, et surtout Stonehenge, 
le plus révélateur. Dès 1666, John Aubrey avait 
identifié ce site à un temple et découvert le cercle 
de cinquante-six trous de 0,8 à 1,8 mètre de diamètre 
(aujourd'hui comblés) qui bordent le talus doublé 
d'un fossé circulaire, interrompu au nord-est par le 
départ de l'« avenue» orientée vers le point du lever 
du soleil, le jour du solstice d'été. Cette direction est 
confirmée par la «Heel Stone», pierre en sarsen ou grès 
de 6 mètres de haut, disposée dans l'axe de vision 
d'un observateur placé exactement au milieu du 
cercle. Ce premier aménagement correspond 


L e site de 

Stonehenge, dans 
la plaine de Salisbury, 
n'a rien d'exceptionnel 
dans sa première 
phase à la fin du 
IV e millénaire : il s'agit 
alors d'un simple fossé 
circulaire bordé d'une 
levée de terre. A la fin 
de cette première 
phase, l'entrée du site 
et la «Heel Stone» 
sont mis en place 
(photo ci-dessous). Dans 
une seconde phase, 
trois à cinq siècles plus 
tard, les cinquante-six 
fosses dites «Aubrey 
Holes» sont creusées 
(schéma 1). Lors d'une 
troisième phase, vers 
la fin du III e millénaire, 
les pierres bleues sont 
dressées au centre du 
site (schéma 2), tandis 
que l'avenue confirme 
l'orientation privilégiée 
du site, celle vers le 
point à l'horizon où 
apparaît le soleil 
levant, le jour du 
solstice d'été. Les 
trilithes en sarsen 
auraient été construits 
lors d'une quatrième 
phase (schéma 3), 
au début de l'âge du 
bronze. 



LES VISÉES CÉLESTES DE STONEHENGE 125 


à la phase de Stonehenge I qui doit être de peu 
antérieure à 3000 avant J.-C. Selon G. Hawkins 
(astrophysicien américain auteur en 1954 du célèbre ; 
Stonehenge Decoded ), un rectangle inscrit dans le < 
cercle initial, à partir de quatre trous de poteau dont 1 
deux sont entourés d'un petit fossé, est essentiel pour j 
caler la position centrale de l'observateur et bien 
l'orienter pour observer le soleil - et sans doute aussi ; 
la lune, car les cinquante-six trous équivaudraient à 
trois cycles lunaires nécessaires pour obtenir un 
nombre entier de jours correspondant à un 
nombre comparable de jours du cycle solaire. 

Ainsi, les deux cycles se recouperaient, et en 
particulier les éclipses seraient prévisibles. 

Les autres aménagements de Stonehenge 
(phases II, III, IV), plus spectaculaires 
car ils concernent la couronne centrale 
de trilithes et le « fer à cheval » en 
sarsen, ainsi que le cercle des pierres 
bleues, ne font que développer jusque 
vers 1500 avant J.-C. la fonction 
astronomique initiale. 


j-i monument 
circulaire de 
Stonehenge peut être 
considéré comme 
le point d'observation 
idéal du soleil et de 
la lune, base pour une 
véritable géométrie 
astronomique. 



L'orientation solaire, surtout par 
rapport au levant, est fréquente dans 
les constructions mégalithiques et 
en particulier dans l'axe des couloirs 
des tombes (Gavrinis, Newgrange...). 
L'observation de la lune semble attestée 
dans les cercles de pierres dressées en 
Ecosse, dont la pierre d'autel ou recumbent 
stone, au sud-ouest du monument, sert 
à observer la course haute de la lune. 

Survie et renaissance des mégalithes 

Au-delà des efforts effectués pour 
retrouver les techniques de construction, 
les fonctions cérémonielles et l'insertion 


■^^Tomorrow maybe too late. 

Kescue 



écologique ancienne des monuments mégalithiques, 
les responsables de collectivités travaillent avec les 
archéologues, les architectes, les paysagistes pour 
rendre à ces architectures toute leur place physique 
et spirituelle dans le monde contemporain. Tentative 
audacieuse : O'Kelly est allé jusqu'au bout de ses 
convictions avec la reconstitution de Newgrange, et 
sa façade bicolore faite de quartz blanc et de boules 
de granité noir. Le monument, avec ses pierres de 
pourtour ornées et originales et son tombeau, est 
devenu l'un des joyaux emblématiques de l'Irlande. 

Il est plus difficile d'intégrer Stonehenge dans notre 
monde contemporain, avide de sensations : le site, le 
jour du solstice d'été, attire tous ceux qui cherchent 
l'harmonie de la nature et du génie humain. 


L es menaces 
de destruction 
des monuments 
mégalithiques se sont 
multipliées depuis que 
les grands chantiers 
d'autoroute, de chemin 
de fer, d'aéroport ou 
de remembrement 
utilisent de redoutables 
engins. Le symbole 
de la destruction de la 
mémoire archéologique 
est cette affiche 
anglaise du bulldozer 
enlevant d'un coup 
l'ensemble des trilithes 
de Stonehenge. 


QUEL DESTIN POUR LES MÉGALITHES? 127 



Mais comment protéger Stonehenge de la foule ? 
D'autres consolidations et présentations ont été 
mises au point à Knowth en Irlande, à Barnenez et 
à Bougon en France, à Hal Saflieni à Malte. Les sites 
de Carnac et de Locmariaquer font certes l'objet 
d'études, mais leur mise en valeur n'est pas simple : 
que de tensions entre la fragilité des vestiges, leur 
environnement naturel, et la demande d'un public 
de plus en plus nombreux, attiré par le caractère 
exceptionnel de ces pierres ! La renaissance de ces 
architectures ne peut passer par la résurrection 
d'une époque néolithique à jamais perdue. Elle 
exige la sauvegarde et la vénération attentives 
d'un héritage culturel impliqué dans nos mentalités, 
notre culture, et notre sensibilité. 


A près avoir été 
exploré et fouillé 
par O'Kelly, le tumulus 
qui recouvre la tombe 
mégalithique de 
Newgrange a été 
consolidé, et sa façade 
reconstituée comme 
elle l'était sans doute à 
l'époque néolithique 
(ci-dessus). Ce travail 
de restauration protège 
les parties originales 
du monument, permet 
l'accès des visiteurs 
jusqu'à la tombe 
centrale et fait mieux 
comprendre la fonction 
de cette architecture. 



P ierres de mémoire, 
les mégalithes 
sont les plus lointains 
témoins du passé de 
l'Europe. Le site de 
Stonehenge résume 
à lui seul le caractère 
exceptionnel de 
ces monuments et 
symbolise l'héritage 
des hommes du 
néolithique. Jamais 
aucune image ne 
l'épuisera (ci-contre, 
le dernier plan 
du film Tess, de 
Roman Polanski). 




TEMOIGNAGES 
ET DOCUMENTS 


66 Les siècles ont passé. Les descendants lointains des constructeurs 
démunis disposent d’un pouvoir quasi illimité. 

Ils peuvent lire dans ces pierres, rien que pierres mises à l’aplomb du sol 
et que leur science déconcertée désigne d’un terme grec, 
le premier témoignage d'une ambition obscure, la leur, 
aussi démesurée, aussi mal dégrossie et aussi solitaire qu’elles. 

Et ils admirent que des stèles difformes 
inaugurent l'histoire entière de leur espèce.” 

Roger Caillois, 
Pierres suivi d'autres textes , 
Gallimard, 1966 




130 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


L'analyse de Stukeley 

L’auteur de Stonehenge, 
a Temple Restored to the 
British Druids, paru en 
1 740, insiste sur l’aspect 
architectural et religieux 
de ce type de monument 
si ancien et si original. 

Son intuition va orienter 
plusieurs générations 
d’antiquaires. 


Qui étaient les hommes 
de Stonehenge ? 

Stonehenge est certainement le 
monument le plus imposant et le plus 
singulier au monde dans son genre, 
autant que l'on sache ; néanmoins il 
en existe nombre d’autres, dont la forme 
s’en inspire plus ou moins librement, 
dont le volume est comparable et le 
dessein le même, et ce dans toutes les îles 
Britanniques. A tel point qu’on ne peut 
douter qu’ils aient été édifiés par le 
même peuple et cela sous la direction 
des Druides britanniques. 

Ces monuments sont innombrables : 
de l’extrémité des terres de Cornouailles 
jusqu’au promontoire le plus au nord de 
l’Ecosse, que n’atteignit jamais le 
pouvoir romain. On les retrouve dans 
toutes les îles situées entre l’Ecosse 
et l’Irlande, l’île de Man, les îles Orkney, 
etc., ainsi que sur le sol irlandais même. 

Et personne ne peut prétendre, autant 
que je puisse savoir, que qui que ce soit 






TEMOIGNAGES ET DOCUMENTS 131 


Aucun indice ne permet de savoir par 
qui ils ont été édifiés. 

Tout ce qu’on peut affirmer c’est que 
la tradition les considère depuis toujours 
comme sacrés. De nombreux faits 
convergent dans le même sens : 
qu’ils possèdent une vertu curative, 
qu’ils aient été édifiés par des Irlandais, 
qu’ils aient été rapportés d’Afrique, 
qu’ils aient été de hauts lieux de culte, 
des sanctuaires, des lieux de prière et 
d’adoration, et que leurs noms soient ce 


qu’ils sont. En outre, sur de nombreux 
sites le souvenir et le nom des Druides 
demeurent vivaces, et jusqu’à nos jours, 
les populations enterrent leurs morts 
à l’intérieur ou à côté de ces cercles, 
pensant qu’il s’agit d’une terre sacrée. 

Ce qui a été trouvé dans ces édifices, 
ou à côté, appartient manifestement au 
temps des Druides : urnes, ossements, 
bijoux en ambre, perles de verre, 
serpents de pierre, amulettes, objets 
celtiques, hachettes en silex, pointes 
de flèches et toutes sortes d’objets venus 
des époques les plus reculées, de la plus 
haute Antiquité, pratiquement des 
premières implantations d’hommes dans 
notre île, juste après le déluge de Noé. 

J’ai toutes les raisons du monde 
de croire qu’il s’agissait d’une colonie 
orientale de Phéniciens; du moins 
une colonie venue après la première 
implantation celtique ici. 

Stonehenge, a Temple Restored 
to the British Druids , 
Stukeley, 1740, 
traduction de Nathalie Daladier 


d’autre ni aucune autre nation n’en 
soient les fondateurs. Ces ouvrages sont 
des cercles de pierres, généralement 
brutes, de différents diamètres, dressées 
sur un sol surélevé, dans un paysage de 
landes et de petites collines herbeuses; 
ils sont essentiellement composés 
de pierres prises à la surface de la terre. 



132 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


De la signification 
des dolmens 

Le Président de Robien est 
le premier à avoir défendu 
la fonction sépulcrale des 
dolmens, mais d’autres 
hypothèses, plus 
romantiques, étaient 
toujours préférées comme 
celle de la table de sacrifices 
humains. La signification 
tombale des dolmens finit 
enfin par s’imposer au 
début de ce siècle avec 
les comparaisons 
ethnographiques. 



Des tombeaux gaulois 

Les tombeaux sont formés de pierres 
d’énorme grandeur portées sur d’autres 
élevées debout pour les supporter... On 
sait que les Gaulois enterraient toujours 
leurs morts hors des enceintes des villes 
et leur élevaient de pareils tombeaux. 

Ces pierres, qui frappent par leur 
grandeur et qu’on a peine à regarder 
comme des ouvrages de mains 
d’hommes, n’ont rien d’étonnant quand 
on considère les masses prodigieuses 
des pyramides que les Egyptiens 
destinaient à inhumer leurs morts. 

Les Gaulois et les autres peuples 
septentrionaux, plus grossiers mais non 
moins religieux, suppléaient en 
différentes manières à l’art et à la 
magnificence des autres nations. Toute 
la côte méridionale de la Bretagne enest 
remplie ; la septentrionale ne l’est pas 
moins et, si l’on n’en avait pas détruit un 
très grand nombre, la multitude en serait 
infinie. 

De Robien, 

Description historique et topographique 
de l'ancienne Armorique , 
manuscrit conservé à la 
bibliothèque de Rennes, 
1698-1756 

Un autel druidique 

On remarque à quelque distance de 
Carnac, entre Locmariaquer et les bois 
de Kérantré, un autel druidique, dont la 
table est soutenue par trois énormes 
quartiers de rochers. 

C’est sur de tels autels où l’art ne 
disputait presque rien à la nature, 
que les Gaulois, au rapport de Diodore 
de Sicile, juraient leurs traités, et 
que les Druides, leurs prêtres, 
sacrifiaient à la divinité, choisissant le 
plus souvent des hommes pour victimes. 



TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 133 


L’énorme pierre qui couvre ce 
monument s’appelle en notre langue : 
dolmen. 

La Tour d’Auvergne, 
Les Origines gauloises, 1796 

Un monument sacrificiel 

Les autels permanents, en pierres brutes, 
étaient ces monuments celtiques 
désignés en archéologie sous le nom 
de dolmens, autels qui devaient être 
construits en pierres pures, c’est-à-dire 
que le fer n’eût point touchées, parce 
que son contact les aurait souillées. La 
table des dolmens était l’aire sur laquelle 
étaient offerts en sacrifices les animaux 
qu’on immolait, et trop souvent elle fut 
arrosée du sang des victimes humaines. 
Après l’immolation et la combustion 
de la victime, c’était encore sur cette ara 
qu’on mangeait la portion de ces 
victimes réservée pour servir d’aliments 
à ceux qui les offraient et aux prêtres 
qui y avaient droit. 

Henry, 

«Sur l’origine des monuments 
en pierres brutes», 
Revue archéologique , 1850 

De simples monuments funéraires 

La destination des dolmens n’est plus 
aujourd’hui douteuse. Il était encore 
permis, il y a vingt ans à peine, d’y voir 
des autels érigés pour des sacrifices 
humains; la pioche n’avait pas alors 
fouillé ces monuments et l’imagination 
complaisante des archéologues pouvait 
à son gré y voir la confirmation des 
théories du temps; mais de nombreuses 
explorations entreprises depuis cette 
époque sont venues révéler dans 
plusieurs de ces monuments la présence 
de squelettes, ou du moins des traces 
évidentes de sépultures. Il n’y a donc 


plus à en douter : dolmens et tumulus 
sont des monuments funéraires. Quant 
aux prétendues cavités occupées par le 
corps des victimes, aux rigoles destinées 
à recueillir leur sang, il semble 
aujourd’hui prouvé qu’elles n’avaient 
de réalité que dans l’imagination des 
savants antiquaires d’autrefois... S’il 
fallait recourir à de nouvelles preuves 
pour convaincre nos lecteurs de leur 
origine funéraire, nous invoquerions 
certaines appellations des plus 
significatives qui se rattachent 
à ces monuments. L’un d’eux, à 
Locmariaker, s’appelle le Tombeau 
du vieillard, Bé-er-gouss ou Bergouss. 
Un champ, à Saint-Gildas-de-Rhuys, 
qui contient une allée couverte, porte 
le nom de Champ du Tombeau. 

A Cléguérec, un chemin conduisant 
à un dolmen s’appelle le Chemin du 
Tombeau. Concluons donc que les 
dolmens sont des tombeaux. 

Abbé Hamard, préface pour 
Ferguson, Monuments mégalithiques 
de tous pays, 1878 

Des dolmens aux Indes 

Ayant appris par un de mes amis qui 
a passé plus de vingt ans aux Indes qu’il 
existait dans le pays des monuments 
mégalithiques, j’ai voulu avoir de 
plus amples renseignements, je lui ai 
écrit, et il m’a répondu ceci : «Les 
dolmens sont encore employés partout 
pour réunir les restes des familles, ou 
quelquefois toute une tribu en un seul 
lieu. L’état absolument primitif de ces 
peuples prête un intérêt particulier à 
leurs coutumes ainsi qu’à leurs 
monuments. » 

Jenkyn-Jones, 
«Des dolmens et les menhirs 
sur les montagnes de Khasia», 
Bulletin de la Société archéologique 




134 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


«Les pierres de 
Carnac sont de grosses 
pierres!» 

L’ironie de Flaubert est 
d’autant plus fondée que 
lorsqu’il visite Carnac, 
il est curieux et critique du 
phénomène mégalithique 
comme de tout ce qu’il 
découvre en Bretagne. 

Son enthousiasme pour 
cette région fait peu de cas 
des affabulations des 
archéologues celtiques 
de son temps. 


Le champ de Carnac est un large espace 
dans la campagne, où l’on voit onze files 
de pierres noires, alignées à intervalles 
symétriques et qui vont diminuant de 
grandeur à mesure qu’elles s’éloignent 
de la mer. Cambry soutient qu’il y en 
avait quatre mille et M. Fréminville 
en a compté douze cents. Ce qu’il y a de 
sûr, c’est qu’elles sont nombreuses. 

A quoi cela était-il bon? Sont-ce des 
tombeaux? Etait-ce un temple? Un jour, 
saint Cornille, poursuivi sur le rivage par 
des soldats, allait tomber dans le gouffre 
des flots, quand il imagina de les changer 
tous en autant de pierres, et les soldats 
furent pétrifiés. Mais cette explication 
n’était bonne que pour les niais, pour 
les petits enfants et pour les poètes, 
on en chercha d’autres. 

Au xvi e siècle, Olaüs Magnus, 
archevêque d’Upsal (et qui, exilé 
à Rome, composa sur les antiquités de 
sa patrie un livre fort estimé partout, si 




TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 135 


ce n’est dans ce pays même, la Suède, 
où il n’eut pas un traducteur), avait 
découvert que « quand les pierres 
forment une seule et longue file droite, 
c’est qu’il y a dessous des guerriers morts 
en se battant en duel; que celles qui sont 
disposées en carré sont consacrées à des 
héros ayant péri dans une bataille; que 
celles qui sont rangées circulairement 
sont des sépultures de famille, et que 
celles qui sont disposées en coin ou sur 
un ordre angulaire sont les tombeaux 
des cavaliers, ou même des fantassins, 
ceux surtout dont le parti avait triomphé». 
Voilà qui est clair; mais Olaüs Magnus a 
oublié de nous dire comment s’y prendre 
pour enterrer deux cousins, ayant fait 
coup double, dans un duel, à cheval. Le 
duel voulait que les pierres fussent 
droites; la sépulture de famille exigeait 
qu’elles fussent circulaires; mais comme 
il s’agissait de cavaliers, on devait les 
disposer en coin, prescription, il est vrai, 
qui n’était pas formelle, puisqu’on 
n’employait ce système que «pour ceux 
surtout dont le parti avait triomphé». 

O brave Olaüs Magnus ! vous aimiez donc 
bien fort le Monte-Pulciano ? Et combien 
vous en a-t-il fallu de rasades pour nous 
apprendre toutes ces belles choses ! 

Selon un certain docteur Borlase, 
Anglais, qui avait observé en 
Cornouailles des pierres pareilles, «on a 
enterré là des soldats à l’endroit même 
où ils avaient péri » ; comme si 
d’habitude on les charriait au cimetière ! 
Et il appuie son hypothèse sur cette 
comparaison : « Leurs tombeaux sont 
rangés en ligne droite tels que le front 
d’une armée, dans les plaines qui furent 
le théâtre de quelque grand exploit.» 

Puis on alla chercher les Grecs, les 
Egyptiens et les Cochinchinois ! Il y a un 
Carnac en Egypte, s’est-on dit, il y en 
a un en basse Bretagne. Or il est probable 
que le Karnac d’ici descend du Carnac 


de là-bas; cela est sûr! car là-bas ce sont 
des sphinx, ici, des blocs; des deux côte 
c’est de la pierre, d’où il résulte que les 
Egyptiens (peuple qui ne voyageait pas) 
sont venus sur ces côtes (dont ils 
ignoraient l’existence), y auront fondé 
une colonie (car ils n’en fondaient nulle 
part) et qu’ils auront laissé ces statues 
brutes (eux qui en faisaient de si belles), 
témoignage positif de leur passage 
(dont personne ne parle). 

Ceux qui aiment la mythologie ont 
vu là les colonnes d’Hercule; ceux qui 
aiment l’histoire naturelle y ont vu une 
représentation du serpent Python, 
parce que, d’après Pausanias, un amas 
de pierres semblables sur la route de 
Thèbes à Elissonte s’appelait la Tête du 
serpent , «et d’autant plus que les 
alignements de Carnac offrent des 
sinuosités comme un serpent». Ceux 
qui aiment la cosmographie ont vu un 
zodiaque comme M. de Cambry, qui a 
reconnu dans ces onze rangées de pierres 
les douze signes du zodiaque, «car il faut 
dire, ajoute-t-il, que les anciens Gaulois 
n’avaient que onze signes au zodiaque». 
Ensuite, un membre de l’Institut 
a conjecturé «que ce pouvait être bien 
le cimetière des Venètes», qui habitaient 
Vannes à six lieues de là, et lesquels 
fondèrent Venise, comme chacun sait. 

Un autre a écrit que ces bons Venètes, 
vaincus par César, élevèrent tous ces 
blocs, uniquement par esprit d’humilité 
et pour honorer César. Mais on était las 
du cimetière, du serpent et du zodiaque; 
on se mit en quête, et l’on trouva 
un temple druidique. 

Le peu de documents que nous ayons, 
épars dans Pline et dans Dion Cassius, 
s’accordent à dire que : les druides 
choisissaient pour leurs cérémonies des 
lieux sombres, le fond des bois «et leur 
vaste silence». Aussi, comme Carnac est 
au bord de la mer, dans une campagne 



136 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 



stérile, où jamais il n’a poussé autre 
chose que les conjectures de ces 
messieurs, le premier grenadier de 
France, qui ne me paraît pas en avoir 
été le premier homme d’esprit, suivi de 
Pelloutier, et de M. Mahé (chanoine de 
la cathédrale de Vannes), a conclu «que 
c’était un temple des druides, dans lequel 
on devait aussi convoquer les assemblées 
politiques». 

Tout, cependant, n’était pas fini, et il 
fallait démontrer un peu à quoi 
servaient dans l’alignement les espaces 
vides. «Cherchons-en la raison, ce que 
personne ne s’est avisé de faire», s’est 
écrié M. Mahé ; et, s’appuyant sur une 
phrase de Pomponius Mêla : « Les 
druides enseignent beaucoup de choses 
à la noblesse, qu’ils instruisent 
secrètement en des cavernes et en des 
forêts écartées» et sur cette autre de 
Lucain : «Vous habitez de hautes forêts 
», il établit en conséquence que 
les druides, non-seulement desservaient 


les sanctuaires, mais y faisaient leur 
demeure, et y tenaient des collèges : 

« Puis, donc, que le monument de Carnac 
est un sanctuaire comme l’étaient les 
forêts gauloises (ô puissance de 
l’induction, où pousses-tu le Père Mahé, 
chanoine de Vannes et correspondant 
de l’Académie d’agriculture de 
Poitiers !), il y a lieu de croire que les 
intervalles vides qui coupent les lignes 
des pierres renfermaient des files de 
maisons, où les druides habitaient avec 
leurs familles et leurs nombreux élèves, 
et où les principaux de la nation, qui se 
rendaient au sanctuaire aux jours de 
grande solennité, trouvaient des 
logements préparés. » Bons druides ! 
excellents ecclésiastiques ! comme on 
les a calomniés ! Eux qui habitaient là, 
si honnêtement, avec leur famille et 
leurs nombreux élèves, et qui même 
poussaient l’amabilité jusqu’à préparer 
des logements pour les principaux de 
la nation ! 





L’amas de toutes «es gentillesses 
constitue ce qu’on appelle 
I’archéologie celtique [...]. 

Pour en revenir aux pierres de Carnac 
(ou plutôt pour les quitter), que si l’on 
me demande, après tant d’opinions, 
quelle est la mienne, j’en émettrai une, 
irréfutable, irréfragable, irrésistible, une 
opinion qui ferait reculer les tentes 
de M. de La Sauvagère et pâlir 
l’Egyptien Penhoët, qui casserait 
le zodiaque de Cambry et hacherait 


TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 137 


Mais un homme, enfin, un homme 
est venu, pénétré du génie des choses 
antiques, et dédaigneux des routes 
battues. 

Il a su reconnaître, lui, les restes 
d’un camp romain, et précisément d’un 
camp de César, qui n’avait fait élever 
ces pierres que pour servir d’appui 
aux tentes des soldats et les empêcher 
d’être emportées par le vent. Quelles 
bourrasques il devait y avoir autrefois 
sur les côtes de l’Armorique ! 


Le littérateur honnête qui 
retrouva, pour la gloire du grand 
Julius, cette précaution sublime 
(ainsi restituant à César ce qui jamais 
n’appartint à César), était un ancien 
élève de l’Ecole polytechnique, un 
capitaine de génie, le sieur de 
La Sauvagère ! 


le serpent Python en mille morceaux. 
Cette opinion, la voici : les pierres de 
Carnac sont de grosses pierres ! 

Gustave Flaubert, 
« Des pierres de Carnac 
et de l’archéologie celtique», 
L'Artiste. 18 avril 1858 




138 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


Le grand voyage des 
mégalithes 

En cette fin de siècle, 
la Bretagne est en émoi, 
on vient de lui enlever un 
dolmen, on veut lui prendre 
son plus beau menhir! 

La presse relate les deux 
affaires. 


Episode pittoresque et inattendu : en 
1896, Charles Piketty achète et enlève un 
dolmen de Kerran pour orner le tombeau 
familial au cimetière de Meudon ! 

Une opération lég ale 

Quelques sincères amis des monuments 
mégalithiques de notre vieille Bretagne 
m’envoient une lettre d’alarme que je ne 
puis que résumer ici, sans incriminer 
personne, le propriétaire d’un dolmen 
non acquis par l’Etat restant libre de le 
vendre à qui bon lui semble, même pour 
qu’il recouvre les cendres d’un modeste 
rentier de Meudon. 

Donc, un dolmen de Locmariaquer 
fait route en ce moment pour le cimetière 
de Meudon, où il sera reconstitué sur un 
caveau de famille, comme monument 
funéraire ! On ne dit pas s’il recevra 
une inscription latine ou celtique. 

Ce dolmen est celui de Kerran, 
commune de Saint-Philibert. Il est à 
grand dallage et se compose de treize 
blocs en granit, dont l’un porte une 
hache sculptée, emblème inconnu 
jusqu’à ce jour aux archéologues de 

cette région. La table 
seule pèse 6800 
kilogrammes. On l’a 
placée sur des supports 
de 1,90 mètre de 
hauteur. 

Sans chèvres ni grues, 
cette table a été 
amenée sur une plate- 
forme à rouleaux au 
moyen de leviers 
et de crics. Puis sept 
hommes, avec un 
palan triple l’ont 
conduite sur la grande 
route distante de 210 
mètres. Le transport 
à la gare a été fait sur 




TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 139 


un chariot venu spécialement de Paris, 
traîné par seize chevaux. 

L’expédition a été faite le 20 janvier de 
la gare d’Auray pour celle des 
Moulineaux (Seine-et-Oise). Avis aux 
amateurs de 
dolmens en 
voyage. On va en 
déballer un ces 
jours-ci à 
Meudon ! 

Tous les goûts 
sont dans la nature 
et chacun est libre 
de se tailler par 
avance le tombeau 
qu’il lui plaît. On 
ne m’empêchera 
pas de déplorer que l’archéologue 
meudonnais - il paraît à son aise si j’en 
juge par les frais de ce transport - n’ait 
pas laissé le dolmen de Ker-Han... à 
Ker-Han et n’ait pas chargé son 
architecte de lui en reconstituer une 
simple copie à Meudon. 

Le Petit Journal, 23 janvier 1896 

Le tombeau celtique de Ker-Han 

Sous ce titre : «Un tombeau celtique 
en voyage», Le Petit Journal a raconté 
récemment qu’un dolmen de 
Locmariaquer venait être acquis par 
un habitant de Meudon pour orner une 
sépulture du cimetière de cette ville. [...] 

Il nous a paru intéressant de savoir 
quel était l’acquéreur de ce dolmen et à 
quelle sépulture il était destiné. [...]. Ce 
dolmen est destiné à orner la sépulture 
de M. Piketty, riche industriel décédé il y 
a environ un an. 

De son vivant, M. Piketty était un 
archéologue aussi passionné que 
distingué. Correspondant de plusieurs 
sociétés savantes, on lui doit de 
nombreuses et très intéressantes 


découvertes archéologiques faites dans le 
lit de la Seine. Possesseur d’une grosse 
fortune, il avait pu, à force de recherches 
et de patience et non sans gros sacrifices, 
réunir dans sa villa de l’avenue des 
Fauvettes à 
Meudon une 
collection presque 
unique de 
spécimens 
archéologiques 
devenue 
aujourd’hui la 
propriété de son 
fils M. Charles 
Piketty, ingénieur 
des arts et 
manufactures. 

Or, à plusieurs reprises, M. Piketty père 
avait, au cours de ses conversations avec 
des amis et des savants, manifesté le 
désir de reposer après sa mort sous l’un 
de ces mystérieux dolmens qui avaient 
toujours fait son admiration. C’est donc 
pour se conformer à la volonté 
paternelle si souvent exprimée que 
M. Charles Piketty, dans une pieuse 
pensée filiale, s’est rendu acquéreur du 
dolmen de Ker-Han. 

Ce dolmen, véritable curiosité 
scientifique est aujourd’hui placé 
à l’entrée du cimetière de Meudon, 
où il occupe une superficie de quinze 
mètres carrés environ. D’importants 
travaux de consolidation avaient dû 
être exécutés pour recevoir cet 
antique monument druidique, dont le 
poids total représente environ vingt 
tonnes. Voilà dans toutesa simplicité 
l’histoire du tombeau celtique, lequel 
aura, du moins sur la majorité des 
sépultures, l’avantage incontestable 
de n’être pas banal. 

Le Petit Journal, 
29 février 1896 




140 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


Le menhir de Locmariaquer face à la 
tour Eiffel pour l’Exposition de 1900! 

Ce projet très sérieux n ’a été abandonné, 
au dernier moment, qu’en raison des vives 
protestations des Bretons, qui n ’ avaient 
pas été consultés ! 

«Le Clocher breton» s'élève contre 
le transfert 

Vers le milieu du mois, paraissait, dans 
les journaux, une lettre adressée par 
M. le Contre-Amiral Réveillère au 
directeur de l’Exposition de 1900, 
et demandant qu’on fit figurer à cette 
exposition le grand menhir brisé de 
Locmariaquer. Peu après, l’amiral obtint 
la réponse que son projet serait soumis 
au comité de l’Exposition, et des 
appréciations, plutôt favorables, 
parurent à ce sujet dans la presse. 

Je l’avoue, ma surprise fut extrême, 
et les explications que donna, en divers 
journaux, M. l’amiral Réveillère, ne 
parvinrent pas à la dissiper. Un menhir à 
l’Exposition !!! Je dus relire, il fallut bien 
pourtant me rendre à l’évidence et il 
m’apparut dès lors que le Clocher breton 
se devait à lui-même de tenter une 
protestation. 

Le Clocher breton , nov. 1897 

Réponse de l'amiral Réveillère 

Le Celtisme est l’invincible sympathie 
qui unit les représentants les plus 
caractérisés, les plus intacts et les plus 
purs des débris de cette domination celte 
qui s’étendit, sur une bande trop étroite 
pour sa durée, de l’Irlande à l’Asie 
Mineure. Ces représentants, par 
excellence, sont l’Ecosse, l’Irlande, 
le Pays de Galles, l’Armorique. 

C’est une utopie, dira-t-on. Pourquoi ? 
Dans tous les cas, c’est une entreprise 
à tenter. Tout rapprochement entre 


les hommes, où qu’ils se trouvent et 
quels qu’ils soient, est œuvre sainte. [...] 
Telle fut la pensée qui nous décida à 
demander le transfert du menhir de 
Locmariaquer à Paris et sa reconstitution 
pour l’exposition de 1900. La presse 
française, déconcertée par cette proposition 
inattendue, sentit vaguement que, sous ce 
simple transfert de pierre, se cachait 
quelque forte pensée. Elle ne savait 
comment se prononcer sur une proposition 
patronnée par les celtisants de l’envergure 
de MM. Le Braz et Le Goffic.[...] 

Le projet de transport du menhir de 
Locmariaquer à Paris divisa la Bretagne 
en deux camps : où la politique ne se 
niche-t-elle pas? Au fond, s’agitait 
la querelle entre la République une 
et indivisible et le particularisme breton. 
Ce dernier s’efforce de copier le 
particularisme provençal, sans l’ombre 
de succès d’ailleurs. Car, en dépit de 
tous les attardés, la Bretagne est bien 
française jusqu’aux moelles. Une dame 
de la haute aristocratie bretonne me 
disait à ce sujet : «Je combats votre 
projet parce que je suis Bretonne, avant 
d’être Française. » C’était bien là le débat. 




TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 141 


«Ce n’est qu’à Paris qu’il (le menhir) 
aura la force de symbole», disait 
énergiquement M. Le Goffic. 

Le symbole de l’unité morale de tous 
les Mégalithes, union morale qui pèserait 
étrangement sur les destinées du monde. 

Gisant à terre, sur une pointe herbue 
du Morbihan, il était le symbole d’un 
passé vénérable, mais irrévocablement 
mort. Aussi les fanatiques du passé 
se révoltèrent-ils à la pensée d’un 
déplacement qui le transformerait 
en symbole de progrès et d’avenir. 

Aux partisans superstitieux des vieilles 
mœurs s’unirent les poètes qui, pour 
conserver les bruyères, préféraient, au 
sol fécond nourrissant les hommes une 
terre habitée par les lapins. « Le pauvre 
menhir aura la nostalgie des bruyères», 
disaient ces moyenâgeux. C’est le même 
esprit qui entrave les voies 
de communication, s’oppose 
à la construction des ponts et sollicite 
l’éloignement des chemins de fer 
départementaux des gros bourgs 
pour éviter la contagion. 

Contre-Amiral Réveillère, 
Mégalithisme , Paris, 1900 


Frédéric Le Guyader^poète breton 

Comme une énigme, au sein de l’Ere 
quaternaire 

Bien avant qu’on connût le Sphinx à l’œil 
béant, 

Les Primitifs avaient dressé ce roc géant 

Qui gît en quatre blocs, frappé par le 
tonnerre. 

Ce gigantesque Aïeul que le Breton 
révère, 

On va l’arracher des bords de l’Océan, 

Pour que Paris badaud, sceptique 
et mécréant, 

Vienne bailler devant ce «Clou du 
Centenaire». 

Allons, réveille-toi! Paris t’attend : 
sois fier ! 

O témoin du Déluge, Ancêtre 
de l’Histoire, 

Va, sous la Tour Eiffel, chercher un peu 
de gloire. 

Colosse de granit près de la Tour de fer, 

Le plus surpris de tous, au milieu 
de la Foire, 

Ce sera le Géant de Locmariaker. 



142 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


«Tess d'Urberville» 

Ecrit en 1891, Tess 
D’Urberville raconte la 
lutte d’une jeune femme 
contre son destin; à la fin 
du roman, elle s’effondre 
sur un monolithe couché de 
Stonehenge, le temple païen 
du sacrifice qui correspond 
si bien à sa révolte contre 
la société contemporaine. 


Bien que le ciel fût épais de nuages, une 
lueur diffuse jetée par quelque fragment 
de lune était venue à leur aide jusqu’ici. 
Mais la lune disparut; les nuages 
semblaient descendre sur leur tête et il 
faisait noir comme dans un four. Malgré 
tout, ils pouvaient encore trouver leur 
chemin en restant autant que possible 
sur le gazon pour éviter le bruit des pas, 
chose facile, car il n’y avait ni haie ni 
clôture d’aucun genre. Tout autour 
s’étendait la plaine solitaire sombre 
et désolée, sur laquelle soufflait un vent 
âpre. 

Ils avaient ainsi fait à tâtons trois 
à quatre kilomètres quand Angel eut 
soudain conscience de quelque vaste 
monument tout proche qui se dressait 
devant lui sur l’herbe. Ils s’y étaient 
presque heurtés. 

- Quel monstrueux endroit est -ce là ? 
fit-il. 

- Cela bourdonne, dit-elle. Ecoutez ! 

Il prêta l’oreille. Le vent, jouant sur 



TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 143 



A daptation du roman de Thomas Hardy par 
le cinéaste Roman Polanski. 


l’édifice, produisait un grondement 
pareil à la note de quelque harpe 
gigantesque à une seule corde. Nul autre 
son n’en sortait. Clare, levant la main 
et avançant d’un ou deux pas, toucha 
la surface verticale de la muraille ; elle 
semblait de pierre massive sans joints 
ni moulures; en la tâtant encore, il 
découvrit que c’était un pilier 
rectangulaire colossal; étendant la main 
gauche, il en toucha un autre tout 
semblable. A une hauteur indéfinie au- 
dessus de sa tête, quelque chose rendait 
le ciel noir encore plus noir, quelque 
chose qui avait l’apparence d’une vaste 
architrave, unissant horizontalement les 
piliers. Ils pénétrèrent avec précaution 
au-dessous ; les surfaces répercutaient 


le doux frôlement deleurs pas; mais 
ils semblaient toujours être dehors; il 
n’y avait point de toit. Tess respirait 
craintivement et Angel tout perplexe 
dit : 

- Qu’est-ce que cela peut être ? 

Sur le côté, en tâtonnant, ils 

rencontrèrent un autre pilier pareil 
à une tour, carré et rigide comme 
le premier; plus loin un autre, puis 
encore un autre. L’endroit n’était que 
portes et piliers, quelques-uns réunis 
au-dessus par des architraves 
continues. 

- En vérité c’est un Temple des 
Vents ! dit-il. 

Le pilier suivant était isolé; d’autres 
formaient un trilithon, d’autres étaient 
couchés; leurs flancs faisaient une 
chaussée assez vaste pour le passage 
d’une voiture, et bientôt il devint 
évident que c’était une forêt de 
monolithes groupés sur l’étendue 
herbeuse de la plaine. Le couple 
s’enfonça plus avant dans ce pavillon 
de la nuit et se trouva enfin au centre. 

- C’est Stonehenge ! dit Clare. 

- Le temple païen, voulez-vous dire ? 

- Oui, plus vieux que les siècles; plus 
vieux que les D’Urberville. Eh bien, 
qu’allons-nous faire, chérie? Peut-être 
trouverons-nous plus loin un abri. 

Mais Tess, trop fatiguée, se jeta sur 
une table de pierre qui était là tout près, 
abritée du vent par un pilier. Grâce 
à l’action du soleil pendant le jour, 
la pierre était chaude et sèche et faisait 
du bien après l’humidité de l’herbe rude 
et glaciale qui avait mouillé ses jupes 
et ses chaussures. 

- Je ne tiens pas à aller plus loin, 
Angel, dit-elle en étendant la main pour 
chercher la sienne... Ne pouvons-nous 
rester ici? 

Thomas Hardy, Tess d’Urberville, 
traduction Madeleine Rolland, 1939 



144 TEMOIGNAGES ET DOCUMENTS 



Henry Moore 

Pour le peintre et sculpteur 
anglais Henry Moore qui 
est revenu toute sa vie à 
Stonehenge à intervalles 
réguliers, le site représente 
le lieu d’une expérience 
artistique et spirituelle 
complète. 


C i-dessous, une sculpture de Henry Moore 
inspirée de Stonehenge, pages suivantes, 
ses lithographies. 


Première visite à Stonehenge 

Dans une lettre adressée au poète Stephen 
Spender, Henry Moore relate sa première 
visite du site, en septembre 1921, après 
son arrivée à Londres comme étudiant 
au Royal College of Art. 

Peu après mon installation dans une 
chambre minuscule de Sydney Street, 
Chelsea (ce devait être fin septembre ou 
début octobre 1921), je décidai un week- 
end de voir Stonehenge. Je pris le train 


TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 145 



qui arrivait à Salisbury en fin de journée, 
puis trouvai un petit hôtel. La nuit 
tombait. Après avoir mangé, je décidai 
de ne pas remettre au lendemain ma 
visite de Stonehenge. 

Comme c’était une soirée claire, j’ai 
gagné Stonehenge et l’ai découvert au 
clair de lune. J'étais seul et terriblement 
impressionné. Comme vous le savez, 
le clair de lune grossit tout, et des 
profondeurs et distances mystérieuses 
faisaient paraître le site colossal. 

J’y suis retourné le lendemain matin, 


c’était toujours très impressionnant, 
mais cette première visite au clair 
de lune est restée pendant des années 
mon idée de Stonehenge. 

Sur deux ou trois lithographies, j’ai 
essayé de me remémorer cet effet de clair 
de lune. A cette époque, comme tant 
d’autres choses aujourd’hui gâchées par les 
foules, je ne me souviens pas d’y avoir vu 
qui que ce soit, le soir ou dans la journée. 

Après cette première visite 
à Stonehenge, j’ai dû y retourner vingt 
ou trente fois. Mary a été pensionnaire 


146 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 



à la Cranbourne Chase School 
cinq ans ou plus, et deux fois 
par trimestre, nous nous 
rendions à Crichel. Nous 
passions alors la nuit à 
Salisbury et souvent, nous 
allions voir Stonehenge. Je 
prenais assez souvent des 
photos et, de temps à autre, 
faisais de petits croquis. 

Je n’ai peut-être pas 
mentionné un détail : j’ai 
commencé l’album par des 
eaux-fortes et n’ai décidé que 
par la suite que des 
lithographies conviendraient 
mieux. Pour les eaux-fortes, on utilise 
une pointe pour tracer des lignes fines, 
technique qui n’est pas naturelle pour 
rendre la texture de la pierre brute, 
alors que les lithographies, pour 
lesquelles on utilise de la craie sur de la 
pierre, sont plus naturelles pour 
représenter la texture de la pierre. Le 
noir est également plus naturel sur les 
lithographies, ainsi que la nuit; l’idée 
du clair de lune était plus réalisable. 

Le poète 

Stephen Spender analyse 
les œuvres de Henry Moore 

Les premières lithographies sont, pour 
la plupart, descriptives du Stonehenge 
connu des touristes. Comme pour les 
eaux fortes du crâne d’éléphant, le sujet 
est facilement reconnaissable parce que 
la distance est suffisante pour 
permettre d’inclure tout l’arche d’un 
trilithe, avec ses deux monolithes piliers 
et son linteau au-dessus, ou bien 
l’intérieur courbe d’un ovale de 
colonnes, étrange colonnade. Toutefois, 
les scènes «extérieures» vont du 
descriptif au métaphorique. Un long 
linteau reposant sur deux colonnes 


amène une tension presque élastique : 
en haut, la grande dalle couchée a un 
poids immense. 

Elle paraît pourtant presque éveillée, 
maintenue là comme un sarcophage qui 
contiendrait quelque chose de sinistre, 
une momie ou un corps - fantomatique. 
L’extrémité gravée plus étroite de cette 
forme horizontale suggère les épaules, 
la tête et le cou enfermés d’un cadavre. 

Ainsi, un trilithe vu de côté comme 
une tête et des membres me fait penser 
à un corps voûté, bras et jambes 
formant presque une ligne continue, et 
à la tête au nez de chien d’une 
sculpture égyptienne du British 
Muséum. Au pied de cette forme, 
repose une dalle plate dans ce qui 
semble être une étendue d'eau, comme 
une victime prostrée. [...] 

Ces monolithes, vus à la lumière du 
jour, ont la puissance cruelle de ceux 
qui les ont traînés sur d’immenses 
distances, qui ont durement taillé et 
travaillé la pierre, développant ainsi ses 
propriétés magiques de puissance, 
intrinsèques au matériau. [...] 

Stephen Spender in Henry Moore 
Stonehenge , Ganymed Original Ed. Ltd, 
1974, trad. Ghislaine Taxy 




148 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


Un temple solaire 

Hawkins aborde le 
problème de la fonction 
de Stonehenge non comme 
archéologue mais comme 
astrophysicien utilisant les 
méthodes informatiques de 
cette spécialité. Les résultats 
obtenus étonnent son 
auteur en raison de la 
concordance précise 
constatée entre les calculs 
et les observations. 



MOON 
«INTER +1» 


SUN 

«INTER “24 


La disposition des pierres dressées 
de Stonehenge correspond-elle à des 
positions célestes particulières ? 

Pour Hawkins, trop de paramètres 
concordent pour douter que Stonehenge 
est un calculateur des doubles positions 
du soleil et de la lune il y a 3 500 ans. 

Nous décidâmes donc de passer tout de 
suite aux corps célestes les plus évidents, 
et qui jouaient un rôle de divinités aux 
temps préhistoriques, le soleil et la lune. 
Les résultats furent extraordinaires. Les 
déclinaisons données par l’ordinateur 
correspondaient de très près et avec 
une grande fréquence à des positions 
extrêmes du soleil - mais cela je m’y 
attendais - et de la lune - ce que je 
n’avais pas soupçonné. Ces alignements 
que nous avions repérés 
correspondaient, ou semblaient 
correspondre, aux déclinaisons des deux 
objets les plus remarquables du ciel. 

J'ajoute «semblaient», car à ce stade 
nous utilisions un programme de 
recherche préliminaire d’une relative 
précision céleste. Les alignements 
de pierres et les déclinaisons qu’ils 
avaient permis de calculer étaient aussi 

iiooh nuuucn P r ^ c * s 0 ue P e r metta it la carte 
-i» utilisée au départ, et nous 
n’avions pas de positions parfaitement 
précises du soleil et de la lune à 
l’époque de Stonehenge. Nous 
devions nous contenter 
JJwwiN'rc" d’approximations imparfaites, 
et pour vérifier des 
moon corrélations apparentes, 
-i>suMMER-2» il nous fallait les positions 
extrêmes précises 
j du soleil et de la lune, 

1 500 ans avant 
notre ère. 

Nous avons alors introduit dans 
l’ordinateur les déclinaisons extrêmes 




TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 149 


actuelles du soleil et de la lune, pour 
savoir ce qu’elles étaient 1500 ans avant 
notre ère. Nous ajoutâmes au 
programme le calcul des directions 
de levers et de couchers du soleil 
et de la lune. Ignorant ce que les 
hommes de Stonehenge avaient pu 
choisir, il fallut choisir trois définitions : 

1. apparition du soleil ; 

2. le disque solaire apparaît à moitié, 
selon son diamètre, au-dessus de 
l’horizon; 

3. la circonférence complète tangente 
à l’horizon. 

Il existe encore 1° de différence entre 
1 et 3. Ce n’est pas énorme, bien sûr, 
mais je voulais déterminer avec autant 
de précision que possible ce que les 
hommes de Stonehenge avaient 
exactement choisi comme définition. 

Mais parlons maintenant de la lune. 

Nous avons vu que le soleil se déplace 
d’une position maximum au Nord en été, 
avec une déclinaison de +23 °5, 
correspondant à -23°5 au Sud en hiver. 
Pour la pleine lune, c’est exactement le 
mouvement inverse. Et son mouvement 
relatif est plus compliqué que celui du 
soleil. Ce mouvement comporte deux 
maxima au nord et au sud. Dans un cycle 
de 18 années 220 jours, elle varie de 
sorte que ses déclinaisons nord et sud 
varient de 29° à 19° pour revenir à 29°. Il 
y a ainsi deux extrêmes, 29° et 19°, nord 
et sud. Ce mouvement pendulaire relatif 
est composé par les effets combinés de 
l’inclinaison et de la précession de 
l’orbite, et ce n’est pas un phénomène 
facile à préciser en quelques mots. Même 
un astronome éprouve une certaine 
difficulté à voir clairement ce que cela 
représente. Contentons-nous de savoir 
que la lune a deux positions extrêmes 
contre une pour le soleil. 

Il ne fallut à notre machine 
- l’ordinateur - que quelques secondes 


pour déterminer la position du soleil et 
de la lune en 1500 avant notre ère. Les 
déclinaisons étaient +29°0 pour le soleil, 
et +29°0 et +18°7 pour la lune. 

Un rapide examen montra que ces 
déclinaisons correspondaient de très près 
à celles déterminées par les alignements 
de Stonehenge. 

Nous avons très soigneusement 
comparé ces chiffres. Aucun doute. 

Ces alignements bien connus et souvent 
reproduits avaient bien un rapport avec 
le soleil et la lune. 

Bien sûr, je m’attendais à une certaine 
relation entre Stonehenge et le soleil. 

Je ne m’attendais cependant pas à une 
liaison aussi précise et complète. Et je 
ne m’attendais pas non plus à ce que la 
liaison avec la lune fût également aussi 
complète. 

A moins d’un degré près, 12 des 
alignements de Stonehenge indiquaient, 
selon les résultats de l’ordinateur, une 
position extrême du soleil. Et avec une 
précision d’un degré et demi, 12 de ces 
alignements montraient des positions 
extrêmes de la lune. 

On voit qu’aucune position 
importante de Stonehenge n’échappe 
à cette règle : toutes font référence 
au soleil et à la lune. Ces positions 
indiquent souvent des alignements 
supplémentaires. Parmi les 12 points 
indiquant uniquement le lever et le 
coucher du soleil et de la lune, deux 
seulement - le coucher de la lune 
au solstice d’été à -29° et -19° - 
y échappent. (Les pierres qui 
compléteraient ces alignements 
devraient, par symétrie, se trouver près 
du trou d’Aubrey 28, mais cette zone 
au-delà du fossé n’a pas encore été 
complètement explorée.) 

Gérald S. Hawkins, 
Soleil sur Stonehenge, 
Editions Copernic, 1977 




150 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


Les dessins 
de Gavrinis 

La découverte de l’art 
mégalithique a dérouté 
les antiquaires du XIX e siècle. 
Prosper Mérimée, premier 
inspecteur des monuments 
historiques, y voit autre 
chose qu’un simple 
ornement, mais désespère 
d’en comprendre la 
signification. 


(j avrinis au siècle dernier (page de droite). 


Des dessins bizarres 

Outre sa situation souterraine, ce qui 
distingue le monument de Gâvr’Innis 
de tous les dolmens que j’ai vus, c’est que 
presque toutes les pierres composant 
les parois sont sculptées et couvertes 
de dessins bizarres. Ce sont des courbes, 
des lignes droites, brisées, combinées 
de cent manières différentes. 

Je ne saurais mieux les comparer 
qu’au tatouage des insulaires de la 
Nouvelle-Zélande, dont on voit des têtes 
ainsi ornées, dans les cabinets d’Histoire 
naturelle. Souvent sur la même pierre 
il y a des divisions, des espèces de 
compartiments qui séparent du fond 
et encadrent une portion des dessins. 
Pour graver tous ces traits extraordinaires, 
on n’a pas pris le soin de polir 
préalablement la surface de la pierre, car 
sur presque toutes on voit ces grandes 
ondulations irrégulières que présente 
la cassure d’un bloc de granit; pourtant 
aucune n’offre d’aspérités trop 
marquées. Le trait des dessins gravé 
en creux, à un demi-pouce de profondeur 
à peu près, forme comme un canal, plus 
étroit au fond qu’à la surface. Çà et là 
quelques dessins se détachent en relief 
sur le fond, comme ceux de la Table des 
Marchands à Locmariaker. 

Parmi une multitude de traits bizarres 
qu’on ne peut regarder que comme 
des ornements, on en distingue un petit 
nombre que leur régularité et leur 
disposition singulière pourrait faire 
ressembler à des caractères d’écriture; 
ce sont des triangles très allongés fort 
semblables à des coins, ou bien à ces 
instruments étranges de silex ou de jade, 
qu’on appelle vulgairement Celts ou 
haches celtiques. Dans un espace réservé 
vers le haut de la cinquième pierre 
de la paroi méridionale (je commence 
à numéroter du côté de l’O.) on voit dix- 




TEMOIGNAGES ET DOCUMENTS 





huit de ces coins disposés sur trois lignes 
horizontales, les uns la pointe en haut, 
les autres en sens inverse. La cinquième 
pierre de la paroi opposée en présente 
quatre sur une seule ligne. On en trouve 
d’autres encore sur la quatrième et la 
huitième pierre de la paroi N., mais au 
nombre d’un ou de deux seulement. Les 
coins de la quatrième pierre (paroi S.) 
sont remarquables entre tous les autres, 
parce que ce sont les seuls placés 
horizontalement; leurs pointes sont 
opposées. Souvent la base de ces coins 
est arrondie, quelquefois fermée par 
deux lignes qui se rencontrent sous 
un angle très-obtus. 

Une écriture cunéiforme? 

Une imagination un peu vive n’hésitera 
pas à voir là des inscriptions en 
caractères cunéiformes; cependant en 
les examinant avec attention, on n’y 
découvre qu’un si petit nombre de 
combinaisons distinctes, d’ailleurs si 
souvent répétées, qu’on devra bientôt 
renoncer à les considérer comme des 
lettres d’une écriture inconnue. Ces 
combinaisons sont au nombre de quatre, 
suivant la position horizontale ou 
verticale du coin et celle de sa pointe. 
Mais il est évident que, sur plusieurs 


pierres, deux coins ont été rapprochés à 
dessein, de manière à former un groupe 
distinct. Admettant cette réunion des 
signes deux par deux, le nombre des 
combinaisons sera porté à six; car on 
peut distinguer deux groupes, les uns la 
pointe en haut, les autres en sens inverse. 
Peut-être faut-il considérer comme une 
septième combinaison la réunion de 
deux coins placés verticalement, l’un 
élevé, l’autre renversé. Enfin on arrivera 
à reconnaître un huitième caractère, si 
l’on veut prendre pour un signe 
particulier un coin la pointe en bas, au- 
dessus duquel est tracé une espèce 
d’ovale, comme un point sur un i 
(septième pierre de la paroi S.). On 
observera qu'une même combinaison se 
représente jusqu’à cinq fois sur la même 
pierre (deux coins la pointe en bas). Ce 
petit nombre de signes et leur répétition 
me semble prouver qu’ils ne sont pas des 
caractères d’une écriture quelconque. 
Que les hommes qui les ont sculptés 
y aient attaché une idée, un sens, que ce 
soit autre chose qu’un simple ornement, 
cela ne me paraît pas douteux; mais 
la signification, qui peut espérer 
aujourd’hui la découvrir? 

Prosper Mérimée, 
Notes sur un monument 
de llle de Gâvr'lnnis, 1858 




152 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


L'art mégalithique 

L’art mégalithique est l’un 
des caractères originaux du 
mégalithisme. Il comprend 
des dessins plus ou moins 
abstraits, piquetés, sculptés 
ou peints sur les dalles 
et blocs des monuments 
mégalithiques. D’abord 
passé inaperçu, puis jugé 
incompréhensible, par 
Mérimée par exemple 
à propos de Gavrinis, l’art 
mégalithique apparaît 
de plus en plus, à mesure du 
développement des 
recherches, comme une 
composante essentielle 
du mégalithisme. 



Trois grands foyers initiaux se distinguent : 
le foyer breton, le foyer ibérique 
occidental et le foyer irlandais. 

Le foy_er breton (tableau 1) 

1. Le foyer breton est aussi homogène 
que foisonnant. Il est précoce et couvre 
trois millénaires. Les grands thèmes 
semblent se perpétuer à travers des 
styles successifs. On le trouve sur les 
piliers des dolmens aussi bien que 
certains menhirs. Il est avant tout obtenu 
par piquetage de la roche mais il y a 
des exemples de sculpture. Les styles 
suivants peuvent être distingués : 

- Le style sobre ancien caractérise des 
dessins au trait simple, souvent isolés : 
les motifs sont classiques de l’art breton : 
idole-écusson ou idole échevelée, hache 
emmanchée ou pas, crosse, signes en V 
parfois interprétés comme des cornes 
bovines. Ces dessins se trouvent sur 

les dalles des plus anciens monuments 
mégalithiques du IV e millénaire. 

On les retrouve jusqu’en Charente. 

- Le style monumental semble réservé 
aux grands menhirs de la région de 
Carnac et chaque motif mesure plusieurs 
mètres : idole, hache, hache-charrue, 
crosse, taureau. Des fragments de ces 
monolithes géants sont réutilisés dans 

la construction des dolmens vers 
4000 avant J.-C. 

- Le style baroque reprend les thèmes 
classiques de l’idole, de la hache, 

de la crosse, des signes en U ou en V 
et démultiplie les traits jusqu’à couvrir 
la surface des dalles. Le plus bel exemple 
est celui de Gavrinis où s’ajoutent les 
motifs de l’arc et du serpent. On le date 
du début du IV e millénaire. 

- Le style plastique et les styles 
apprentis concernent d’abord la 
représentation de l’idole féminine dont 
les seins sont dégagés en ronde bosse 



TEMOIGNAGES ET DOCUMENTS 153 



Foyer breton : 

I : cupule, 2 : signe en U, 3 : signe corniforme, 4 : crosse, 5 à 8 : haches, 
9 : hache charrue, 10 : idole-écusson, 

II : signe serpentiforme. 


dans les allées couvertes bretonnes. 
L’idole est ornée de cercles concentriques 
dans le dolman coudé des Pierres Plates. 
S’ajoutent des dessins de hache et d’une 
«palette». Ce style et ces motifs se 
retrouvent dans le Bassin parisien. 

Le foyer ibérique occidental 
(tableau 2 ) 

Le foyer ibérique occidental est celui 
qui peut nous réserver les plus grandes 
surprises comme l’attestent les fouilles 
récentes des monuments de Soto 


(Huelva), de Navalcan (Toledo) et de 
Alberite (Cadix) datés du V e millénaire : 
peintures et piquetages sont souvent 
complémentaires comme par exemple 
sur cette «statue-menhir» peinte en 
rouge et aux serpents piquetés, trouvée 
à l’entrée du dolmen de Navalcan... 

Une scène peinte représentant un archer 
visant des cerfs est une exception dans 
le dolmen de Juncaïs à Viseu au Portugal. 

La tendance «réaliste» comprend 
aussi un gobelet à anse typique des 
dolmens portugais. Le soleil et la lune 
sont représentés sur les pierres dressées 












154 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


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Foyer ibérique occidental : 

1 : anthropomorphe et gobelet à anse, 2 : plan animal, 3 et 4 : motif floral, 
5 et 6 : signes serpentiformes, 7 et 8 : soleil, 9 : signes en U. 


piquetées aussi bien que sur des dalles 
peintes de dolmens. 

Les motifs géométriques, grands 
zigzags, motifs floraux, où les simples 
cupules semblent décorer des surfaces 
entières à Soto ou à Alberite, qui font 
dire aux archéologues que ces chambres 
ont été de véritables temples-sanctuaires 
avant que leur entrée n'ait été 
condamnée. 

Le foyer irlandais {tableau 3) 

Le foyer irlandais est assez tardif (fin 
IV e millénaire) et très homogène. Il est 
caractérisé par des motifs circulaires ou 
spiralés et losangiques ou en zigzag. On a 


distingué deux styles selon que les motifs 
étaient ordonnés ou pas. Le style 
ordonné est représenté par les blocs 
de Newgrange tandis que le style libre 
est celui de Loughcrew. 

Quelques dalles présentent une 
composition équivalente à un corps 
surmonté de deux yeux : on les suppose 
anthropomorphes et représentant la 
divinité gardienne des tombes 
sanctuaires. 

« Déesse-mère » et statue-menhir 

Les trois monolithes anthropomorphes à 
l’entrée des trois chambres du cairn III 
de Gennog (Finistère), les stèles au profil 









TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 155 


«en écusson» comme celle de la Table 
des Marchands, l’idole-écusson piquetée 
sur plusieurs dalles, présentant des 
caractères communs avec les stèles, 
semblent les expressions d’un même 
thème. En effet, lorsque ce personnage 
est traité d’une manière plus réaliste, 
avec les stèles de Kermené, Le Trévoux 
et le Catel, ou sur les dalles des allées 
couvertes de Bretagne ou du Bassin 
parisien, les seins biens marqués 
symbolisent, avec le collier, la féminité. 
Pendant tout le néolithique, ce 


personnage appelé pa? J. Cauvin «la 
déesse mère» en référence à la divinité 
du néolithique pro-orientale serait en 
effet omniprésent dans les monuments 
mégalithiques. 

Ce n’est qu’à la période suivante, 
à partir du Chalcolithique, que les 
statues-menhirs du midi de la France, 
de Suisse et d’Italie, se partagent entre 
statues ou stèles féminines et masculines 
et, dans ce cas, avec représentation 
d’armes. 

Jean-Pierre Mohen 


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Foyer irlandais : 

motifs circulaires 1 et 2, spiralées 4, en soleil et en étoile 5 
signes en IJ 3 

motifs rectilignes 6 et 7, anguleux 9 et losangiques 10. 


156 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


La traction d'un 
mégalithe ou la fête 
commandée 

Pour aborder l’expérience 
de traction d’un mégalithe, 
comme il y a 6 000 ans, 
il convient de réunir 
aujourd’hui non seulement 
les matériaux et les 
techniques mais il faut 
aussi se poser la question 
des intentions des 
protagonistes. Rien de cette 
enquête n’est simple mais 
quelques indices nous 
mettent sur la voie. 



L'apport de l'iconographie antique 



L’iconographie antique nous livre 
quelques images devenues classiques 
comme la célèbre représentation 
égyptienne de la tombe de Djuti-hetep 
à El Berschi. On y voit la traction d’une 
statue colossale évaluée à 60 tonnes 
et fixée sur un traîneau halé par quatre 
rangées de tireurs attachés aux cordes. 
Sur les genoux du colosse, on reconnaît 
le chef de travaux qui dirige la 
manœuvre et face à lui, un prêtre 
probable. 

Un autre relief, assyrien, conservé au 
British Muséum, nous montre également 
la traction d’une sculpture monumentale, 
à l’aide de glissières et d’une foule 
constituant la main-d’œuvre nécessaire 
à une telle opération. 


Dans ces illustrations, de même que 
d’après les témoignages rapportés par 
des voyageurs du siècle dernier, ou même 
au début du siècle, à Madagascar, en 
Inde, en Indonésie, le scénario présente 
des points communs. La mise en œuvre 
des grosses pierres exige un fort 
rassemblement de population et le projet 
collectif engendre une grande fête. Il 
existe une symétrie entre le poids du bloc 
et l’énergie humaine mobilisée. Cette 
balance entre la masse matérielle inerte 
et le mouvement impliqué par la réunion 
de toutes ces vies humaines, apparaît 
comme essentielle dans le processus 
de construction du temple en l’honneur 
du dieu ou de la tombe en hommage 
à Pharaon ou à l’ancêtre insigne. 

D’après ces informations, la mise 
en place d’un mégalithe, parce que 


le caractère de ce dernier est d’être 
particulièrement lourd, implique 
la participation du plus grand nombre 
qui trouve dans l’effort et le défi, une 
certaine ivresse entretenue plus ou 
moins par la boisson, en raison de motifs 
religieux, ethniques, claniques. . . Le 
débordement d’énergie vitale dans la 
réussite du rite funéraire des dolmens 
malgaches, devient le moteur 
événementiel de la société. 

Les fouilles de Bougon 

Les fouilles de la nécropole de Bougon 
ont révélé les outils des carriers 
néolithiques, trouvés au fond des 
carrières bordant chaque tumulus. 

Il s’agissait de pics en bois de cerf et 
de percuteur, en chaille pour débiter des 




158 TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 


blocs de moins de 50 kg qui constituaient 
le tumulus et ses parements. Les mêmes 
outils avaient dû être utilisés sur le bord 
des plateaux où affleurent les grandes 
dalles à quelques kilomètres de la 
nécropole. Ils ne suffisaient pas. Pour 
envisager la reconstitution nous avons dû 
faire intervenir les leviers en bois, puis 
des rouleaux et des glissières ou rails 
démontables. Il fallut aussi imaginer les 
cordages que les fouilles lacustres des 
pays alpins et jurassiens ne manquent 
pas de nous transmettre. Il a fallu préparer 
200 kilos de corde de lin pour envelopper 
le bloc de 32 tonnes comme dans un filet 
et le relier aux six rangées de tireurs. 

Bougon, 28 juillet 1979 

Le matin du 28 juillet 1979, près de 500 
personnes s’étaient déplacées pour aider 
à tirer le bloc ou pour voir; ceux qui 
venaient aider étaient regroupés par 
petites équipes et chaque responsable 
expliquait le rôle de chacune d’elles. 

Cinq équipes autonomes de 6 à 8 
personnes s’exercèrent à manipuler les 
rouleaux et les rails de chêne qui 
pesaient chacun 300 kg et les mirent en 
place devant le bloc tandis qu’une équipe 
était chargée de lever les cordages avec 
des grandes perches. Lors d’un premier 
essai de traction, les cordes sont tendues 
mais un rouleau sembla s’être coincé 
et le bloc n’a pas avancé. Il a fallu, grâce 
à un levier, dégager le rouleau repéré et 
le remplacer. Lors du deuxième essai, 

230 hommes tiraient et 20 poussaient, les 
cordes se sont à nouveau tendues et le 
bloc s’est déplacé, entraîné par son poids 
dans un grand bruit de rouleaux. Cinq 
ou six mètres avaient été parcourus. 

Une grande clameur a suivi comme s’il 
s’était produit un événement important. 
Plusieurs tractions ont été ainsi réalisées 
dans la matinée après avoir replacé 


devant le bloc le chemin démontable 
avec ses rails et ses rouleaux récupérés 
à l’arrière. Une quarantaine de mètres 
à été parcourue. L’une des tractions a pu 
être faite avec 170 hommes qui tiraient et 
20 qui décollaient le bloc à l’arrière avec 
de petits leviers individuels. La traction 
a d’abord été faite avec la corde tenue 
au niveau de l’épaule et avec des 
hommes qui avançaient : elle a été aussi 
expérimentée avec les hommes marchant 
à reculons et tenant la corde au niveau 
de la ceinture, ce qui semble plus 
efficace encore. 



Une seule difficulté est apparue 
lors de cette expérience : malgré les 
précautions prises pour maintenir le bloc 
lors de son déplacement dans l’axe 
rectiligne du chemin démontable, 
probablement en raison de l’irrégularité 
de l’un des rouleaux, le bloc s’est mis 
à dévier lors des deuxième et troisième 
tractions. Un grand levier d’une dizaine 
de mètres manipulé par une vingtaine 
d’hommes et placé à l’endroit précis 
indiqué par J. Bezombes fils a permis 
de ramener le bloc dans l’axe du chemin 
démontable et l’expérience a pu être 
poursuivie. 

Le même principe de ce grand levier a 
été appliqué l’après-midi du 28 juillet 
1979 pour élever le bloc de 32 tonnes 
sans l’aide d’une rampe. Il a suffi de 
placer trois grands leviers sur l’un des 




TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 159 


petits côtés du bloc, de les 
abaisser en même temps pour 
lever d'un côté le bloc d'une 
cinquantaine de centimètres, 
le vide obtenu étant comblé 
par une traverse de bois qui 
maintenait le bloc à sa nouvelle 
hauteur. Les leviers dégagés sont 
ensuite placés de l’autre côté. 
Ainsi par un jeu de leviers et un 
système d’entrecroisement de 
poutres, le bloc est élevé à la 
hauteur voulue. Lors de 
l'expérience, il a été monté d’un 
mètre environ. 

Jean-Pierre Mohen, Les dossiers 
de l'archéologie, sept.-oct. 1980 



Bougon,, 22 juin 1997 

L’expérience de traction a été 
renouvelée à Bougon le 25 juin 1995, 
avec le même bloc et le même système 
de cordages et rondins. L’amélioration 
de la technique a permis de ramener 
le nombre des tireurs à 120, ce qui était 
un beau résultat ! 

L’année suivante, une publicité 
annonce dans les journaux qu’au cours 
du dimanche 22 juin 1997, «nous allons 
tenter de la déplacer [la dalle de 32 
tonnes] avec moins de cinquante 
personnes, sans tirer, ni pousser, 
et sans cordages». Bernard Poissonnier, 
archéologue du Centre d'Etudes 
des techniques et de recherches 
expérimentales en préhistoire 
(Belgique), est venu avec ses amis pour 
tester une idée qui lui est chère : 

«Nous avons perforé des rondins de bois 
en plusieurs points, ce qui permet de 
les faire tourner sur eux-mêmes grâce 
à différents leviers. La pierre bouge 
ensuite.» Ces rondins sont en effet 
les rouleaux qui font avancer la pierre : 
ils deviennent alors des moyeux et des 


leviers des rayons d’une «proto-roue». 
Avec ce système que l’on peut qualifier 
de rotatif, les efforts sont concentrés 
et le nombre des intervenants devient 
minime : une dizaine de personnes 
peuvent faire bouger le bloc. 

La nouvelle expérience fait appel 
à une technique astucieuse qui montre 
bien que la technique seule n’a sans 
doute pas été un handicap majeur 
pour les constructeurs de mégalithes. 

Ce système n’a jamais été signalé et, 
pour l'instant, il semble une invention 
moderne. Nous avons vu que le 
problème n’était pas de réduire à 
outrance le nombre des participants 
à cette grande fête qu'était la mise 
en place d’un gros bloc. Une technique 
plus traditionnelle était peut-être plus 
conforme à l’esprit de cette gigantesque 
opération. On reste d'ailleurs songeur 
quand on compare les 32 tonnes de 
l’expérience de Bougon aux 350 tonnes 
du Menhir brisé de Locmariaquer pour 
lesquelles il faut peut-être penser à des 
techniques aussi élaborées que celle 
de Bernard Poissonnier. 

Jean-Pierre Mohen 



160 ANNEXES 


GLOSSAIRE 


Alignement 

Série de pierres dressées disposées en ligne 
droite. Il peut y avoir plusieurs lignes parallèles, 
comme à Carnac. L’alignement est parfois 
complété d’une enceinte ovale ou rectangulaire 
également délimitée par des pierres dressées. 
Allée couverte 



La pertinence de cette notion, qui recouvre 
des réalités diverses selon les auteurs, doit être 
nuancée. Le seul critère général est la longueur 
démesurée d’une chambre -couloir bordée de 
dalles : 

- Allée couverte de type armoricain, 
construite au-dessus du sol et couverte d’une 
série de dalles enfouies sous un tumulus allongé : 
elle présente une antichambre et une cella 
terminale, parfois décorée; l’allée couverte 
arc-boutée présente des dalles latérales inclinées 
vers l’intérieur et se soutenant l’une l'autre. 

- Allée couverte de type aquitain, construite 
au-dessus du sol; sa particularité est la hauteur 
croissante des piliers latéraux à mesure que 
l’on s’approche du chevet. 

- Allée couverte de type Aude, à antichambre 
et chambre à hauteur décroissante. 

- Allée couverte de type Bassin parisien, 
aménagée dans une tranchée avec une 
antichambre parfois décorée : certaines allées 
couvertes de ce type présentent des parois 

en pierres sèches et d'autres en bois. Dans 
de nombreux cas, la couverture ne semble pas 
être mégalithique. Des liens iconographiques 
et rituels existent entre ces monuments et les 
hypogées de la Marne. 

- Allée couverte de Westphalie et de Hesse, 
ou Steinkiste . à entrée axiale. Un certain nombre 
de ces monuments peuvent présenter une entrée 
latérale : c’est le cas d’une série de tombes du 
Danemark, d'Allemagne du Nord, de Hollande 


et de Bretagne pour lesquelles on n'utilise pas 
le terme d’allée couverte. 

Anthropomorphe 

En forme de silhouette humaine, comme 
certaines dalles sculptées à épaulement qui, 
en Bretagne, évoquent l’idole en écusson. 
Antichambre en vestibule 
Partie antérieure d’une tombe mégalithique 
ou d’un hypogée, distincte de la chambre mais 
de même largeur et de même hauteur qu’elle. 
Elle se distingue en cela du portique et du couloir. 
Avenue 

Grande allée bordée de fossés et de levées de 
terre, menant à un centre cérémoniel, comme 
Stonehenge par exemple. 

«Cairn» 

Terme breton désignant le tumulus en pierres 
architecturé d'une tombe mégalithique. 

Caveau 

Lieu funéraire où l’on dépose le corps d’un défunt. 
«Cella» 

Espace fermé et sacré d’un temple ou bien 
d'une chambre funéraire. 

Cercle 

Terme général pour désigner toute structure 
circulaire, le plus souvent un cercle de pierres 
dressées, bordé ou non d’un fossé, d’une levée 
de terre ou d’une palissade. 

Chambre à couloir 

Chambre funéraire à couloir d’accès qui 
permettait d’atteindre le centre funéraire 
du monument depuis le bord du tumulus. 

La chambre à couloir est souvent tout ce qu’il 
reste de la tombe quand le tumulus a été érodé. 
Chambre funéraire 

La chambre funéraire est une construction en 
pierre ou en bois dont les dimensions dépassent 
2 mètres sur 1 mètre en surface et 1 mètre de 
hauteur intérieure, ce qui la distingue du coffre 
et de la ciste. La chambre abrite le plus souvent 
des sépultures collectives 
Chambre simple 

Il s’agit d’un espace funéraire fermé, aménagé 
sous terre ou dans un tumulus, et ayant des 
dimensions intérieures supérieures à celles 
d’une ciste ou d’un coffre, c’est-à-dire 2 mètres 
de long sur 1 mètre de large et 1 mètre de 
hauteur. La chambre simple est une sépulture 
le plus souvent collective. On y accède de 
différentes manières qui ne sont pas toujours 
facilement reconnaissables : déplacement 
de dalle, déblai de pierrailles, etc. 





GLOSSAIRE 161 


Chevet 

La dalle de chevet d’une chambre mégalithique est 
la dalle de paroi qui est opposée à l’entrée. La plus 
belle dalle de chevet est celle de la tombe de la 
Table des Marchand, à Locmariaquer, avec son 
profil anthropomorphe et son décor de crosses. 
Ciste 

Par analogie avec la cista latine qui signifie 
«petit panier à couvercle», ce terme est utilisé 
pour désigner une petite construction faite avec 
des pierres sèches ou avec des dalles verticales 
et horizontales, pour abriter une sépulture 
individuelle, ce qui la distingue du coffre. 

Coffre 

Il désigne une construction funéraire en pierre 
ou en bois de dimensions modestes, dont 
l’accès se fait, le plus souvent, par le dessus. 

Il ne dépasse pas, en général, 2 mètres sur 

I mètre en plan et 1 mètre de hauteur intérieure, 
ce qui le distingue de la chambre funéraire. 

II est destiné à recevoir des sépultures 
collectives, ce qui le différencie de la ciste. 
Condamnation 

Lorsqu’une tombe mégalithique a reçu ses 
dépôts funéraires et ses offrandes, elle est 
souvent condamnée : tout d’abord, le couloir 
d’accès est bouché par des pierrailles et caché 
par un parement ou une dalle; ensuite, le 
monument et, plus particulièrement, la zone 
de la façade sont recouverts par un amas 
de pierrailles. Parfois, il semble qu’on ait 
volontairement détruit certaines structures 
en bois ou en pierre, par le feu par exemple. 

Bien que condamné à la première utilisation, 
le monument pouvait être encore vénéré comme 
le prouvent ses réutilisations postérieures. 
Couloir 

«Passage moins large et moins haut que la 
chambre sépulcrale, permettant de s’y introduire 
à partir du bord du tumulus» (Jean Arnal, 1956). 

«Court-cairn» 

Terme anglais désignant un tumulus à cour. 

En Irlande, la cour peut être interne quand le 
tumulus l’entoure complètement. Elle peut être 
externe quand elle est simplement limitée par 
une façade concave. 

«Cromlech» 

Terme gallois désignant une dalle supportée par 
des blocs - l’équivalent du dolmen - puis, plus 
largement, le cercle formé par les blocs 
entourant un tumulus qui recouvre une chambre 
mégalithique : ces blocs forment un péristalithe. 
Par extension, certains auteurs ont utilisé ce 
terme pour dénommer tout cercle ou toute 
enceinte mégalithique. 


Crosse 

Motif de l’art mégalithique, visible dans les 
tombes bretonnes et sur les statues ou menhirs 
du sud de la France. Son profil évoque les 
crosses votives en schiste gravé, déposées dans 
les tombes mégalithiques portugaises, ainsi 
qu’une massue en bois trouvée à Auvernier- 
Saunerie, sur les bords du lac de Neuchâtel. 
Cupule 

Petite dépression circulaire faite sur une dalle 
ou sur un rocher. Souvent groupées, elles 
résultent d’un geste rituel répété, dont la 
signification nous échappe. 

Culture 

Les archéologues désignent sous ce nom 
un ensemble homogène de manifestations 
matérielles (outils, armes, parures, habitats, rites 
funéraires, etc.), dont ils observent les vestiges. 
La culture possède une limite géographique 
et chronologique. A l’intérieur d’une même 
culture, se distinguent des faciès (céramiques, 
architectures, etc.). Plusieurs cultures peuvent 
former une civilisation, comme la civilisation 
néolithique d’Europe occidentale, la civilisation 
grecque ou la civilisation romaine. 

Dalle 

Grande pierre plate généralement peu épaisse. 

Dallette 

Petite dalle utilisée, par exemple, pour 
constituer un dallage ou un compartimentage. 

Dalle anthropomorphe 

Monolithe de taille importante (1 mètre et plus) 
sculpté en faible relief sur une seule face pour 
indiquer le visage et quelques attributs, ou plus 
simplement sculpté en forme de silhouette 
anthropomorphe avec épaulements et pointe 
évoquant la tête. 

Dalle-hublot 

Dalle perforée située à l’entrée de certaines 
chambres funéraires. 

Dolmen 





162 ANNEXES 


Ce terme gallois dénomme une «table de 
pierre», vestige le plus fréquent de la chambre 
funéraire d’un monument mégalithique. 
«Quoique le nom de lieu Tolmaen figure dans 
une charte du cartulaire de Landevennec pour 
désigner on ne sait quel lieu-dit, c'est Th. M. 
Corret de Kerbeauffret de La Tour d’Auvergne 
qui a popularisé le barbarisme dolm'm employé 
chez Legrand d’Aussi et dolmen chez J. Cambry 
(au lieu de taolven pour désigner correctement 
une table de pierre). Ce mot, par suite de l'usage 
élastique qui en a été fait, ne vaut plus guère que 
comme nom très général pour toute sépulture 
mégalithique» (Pierre-Roland Giot. 1979). 

Tel que Jean Arnal le définit en 1956, 

«le dolmen est une chambre sépulcrale ouverte, 
généralement mégalithique, recouverte d'un 
tumulus et destinée à recevoir plusieurs 
inhumations». 

Ecusson 

Motif gravé ou piqueté sur les dalles des tombes 
bretonnes; il représente de manière très 
abstraite une figure anthropomorphe, 
interprétée comme une idole. 

Encorbellement 

«Voûte “en four” obtenue en faisant avancer 
en porte-à-faux les pierres posées les unes sur 
les autres jusqu'à ce qu'elles se rejoignent 
ou qu'une dalle joue le rôle de clé de voûte» 
(Jean Arnal, 1956). 

Fosse 

Il s’agit normalement d'un trou creusé dans 
le sol, le plus souvent remblayé. Il existe 
des fosses de fondation, les fameux «trous 
de poteau», ou des fosses qui reçoivent la base 
de piliers, de dalles de paroi ou de pierres levées. 
On trouve souvent dans ces fosses des pierres 
de calage. La fosse de fondation reçoit parfois 
une offrande qui sacralise le monument, par 
exemple dans le cas de certaines pierres levées. 

Il existe enfin des fosses funéraires ayant reçu 
les restes d'incinération ou d'inhumation : 
ces vestiges sont individuels ou collectifs. 

Grotte artificielle 

Monument souterrain creusé dans le roc 
et destiné le plus souvent à recevoir une 
sépulture collective. Les grottes artificielles 
sont fréquentes dans le Bassin méditerranéen. 

Ce terme général recouvre une forme 
particulière à antichambre, appelée hypogée. 

Il est justifié de rapprocher étroitement 
les grottes artificielles et les monuments 
mégalithiques car il existe entre eux de 
nombreux points communs, chronologiques, 
fonctionnels et iconographiques. 


Henge 

Nom anglais qui désigne traditionnellement une 
structure circulaire. Celle-ci peut être constituée 
d’un fossé le plus souvent accompagné d'une 
levée de terre et/ou d'une série de pierres 
dressées. La variété des éléments de cette 
architecture ouverte apparaît à Stonehenge 
[Voir Cercle ]. 

«Hougue» ou «hogue» 

Tumulus, en patois normand. 

Hypogée 

Cette forme particulière de grotte artificielle 
est constituée d'une chambre funéraire précédée 
d'une antichambre de dimensions plus réduites, 
à laquelle on accède de l'extérieur par un couloir 
en pente. 

Idole 

On désigne ainsi des représentations 
anthropomorphes, qu'il s'agisse de statuettes 
souvent stylisées en terre cuite, en os ou en 
pierre, ou bien de dessins, piquetés aussi sur 
les dalles des tombes mégalithiques. L'un de ces 
dessins, appelé écusson ou «idole échevelée» 
est d’une grande abstraction. 

Incinération 

Cette pratique funéraire souvent difficile 
à reconnaître est plus répandue qu’on ne 
l’a d’abord pensé : fréquente en Irlande, 
elle semble apparaître sporadiquement dans 
les tombes mégalithiques des autres régions. 
Inhumation 

Ce terme désigne, dans le sens le plus large, 
toute pratique de dépôt de cadavre ou d’os 
humains, même s’il n’est pas recouvert de 
terre. Il s'oppose alors à l'incinération. 

En réalité, le mot «inhumation» recouvre 
des pratiques très différentes les unes des 
autres : au sens le plus strict, il désigne 
un enterrement. 

Maison des morts 

Au Danemark, petit édifice en bois, torchis 
et chaume, dans lequel on déposait un défunt 
et des offrandes. Plusieurs individus s'y 
trouvent parfois; ce sanctuaire peut servir 
de point de départ à la construction d'un 
grand tumulus. On a retrouvé ce type de 
construction ailleurs, dans les îles Britanniques 
par exemple. 

Mégalithe - Mégalithique 
Bloc de pierre de grandes dimensions (du grec 
mega - «grand», et lithos ~ «pierre»), mis 
en œuvre et intégré dans une architecture dite 
mégalithique. L'architecture mégalithique est 
simple quand il s'agit d'une pierre dressée dans 
un rapport voulu avec les éléments naturels 




GLOSSAIRE 163 


d’un paysage. Elle est ouverte mais plus 
complexe lorsque plusieurs pierres dressées 
sont alignées ou disposées en cercle : le 
monument de Stonehenge fournit le plus 
remarquable exemple de ce type. Elle est 
fermée quand les blocs sont utilisés pour 
construire une cella de temple (temples de 
l’archipel maltais) ou une chambre funéraire 
(tombes de la zone atlantique). Dans ce cas, 
les mégalithes sont souvent associés à des 
parements en pierres sèches, à des remblais 
de terre ou de pierraille et parfois même 
à des structures en bois; un tumulus recouvre 
les tombes. 

IVfégalithisme 

Phénomène mondial qui consiste à utiliser 
de gros blocs de pierres [ mégalithes ], le plus 
souvent brutes de taille. Le mégalithisme est, 
en particulier, l’une des caractéristiques 
importantes du néolithique d’Europe 
occidentale. Il y apparaît dès le V e millénaire 
avant notre ère sous ses aspects monumentaux 
et représente l’une des plus anciennes 
architectures de pierre connue dans le monde. 

Il est l’expression sociale et religieuse majeure 
de groupes humains qui ont acquis le mode 
de vie agricole et qui se sont sédentarisés. 
D’autres pays répartis sur tous les continents ont 
aussi connu le mégalithisme dans des contextes 
chronologiques et anthropologiques spécifiques. 
Ils ont pu être par exemple précisés à travers 
les traditions orales de la société malgache 
des XVIII e -XIX e siècles ou même observés 
à Bornéo, vers 1900. L’étude du mégalithisme 
est comparative : elle doit faire la part des 
originalités et des convergences. 

Menhir 

La dénomination de menhir (sous la forme 
minhir , «pierre longue») s’est imposée sous 
la plume des celtomanes de la fin du XVIII e 
siècle. Il n’est pas certain que son origine soit 
populaire, bien qu’un nombre important de 
lieux-dits le contiennent (du type Kermenhir). 
Dans son dictionnaire publié en 1732, Dom 
Grégoire de Rostrenen donne au mot menhir 
l’équivalent peulvan. Il s’agit d’une pierre 
dressée. 

Mobilier 

Le mobilier funéraire est constitué des offrandes 
déposées dans la tombe ou à proximité. 
Monolithe - monolithique 
Du grec monos - «seul» et lithos - «pierre». 

Une pierre dressée est un monolithe. 

La couverture monolithique d’une chambre 
est constituée d’une seule dalle de pierre. 



«Naveta» 

Dans l'île de Minorque, aux Baléares, chambre 
funéraire allongée couverte de blocs. 

Nécropole 

Du grec necros = «mort» et polis - «cité», 
ce mot signifie «cité des morts» et implique deux 
notions, celle d’architecture et celle de fonction 
funéraire. La nécropole se distingue du 
cimetière par son architecture ; elle peut devenir 
sanctuaire à partir du moment où sa fonction 
funéraire est sublimée. 

Nuraghe 

En Sardaigne, tour construite en appareil 
cyclopéen, simple ou complexe. 

Offrande 

Tout objet déposé en don à un ancêtre ou 
à une divinité. On trouve des offrandes dans 
une tombe ou à la base d’une pierre dressée. 
L’offrande peut être individuelle mais elle 
semble être, le plus souvent, collective. 

Orthostat 

Dalle de pierre dressée pour constituer une 
paroi de tombe mégalithique ou un élément 
de cette paroi. 

Ossuaire 

Lieu funéraire où sont entassés indistinctement 
des corps amenés ensemble, à la suite d’un 
carnage, d’une épidémie, ou d’une mort 
naturelle. 




164 ANNEXES 


Parement 

Empilement de pierres, formant un mur, 
limitant et retenant les différentes masses 
du tumulus. 

«Peulvan» 

Ancien nom breton qui désignait une pierre 
dressée, dans les environs d’Audierne. 

Pierre dressée ou levée 
Toute pierre mise en œuvre par les hommes 
pour marquer un lieu, un souvenir, un hommage, 
une vénération. On dit aussi menhir ou peulvan. 
Pierre sèche 

Style de construction utilisant des pierres plates 
empilées les unes sur les autres sans lien, argile 
ou mortier, pour former des murs et des 
parements. 

Pilier 

Bloc ou dalle qui soutient la dalle de couverture 
d’une chambre mégalithique ou de son couloir. 

Portai dolmen 

En Irlande et au pays de Galles, type de chambre 
mégalithique ayant, dans sa phase ruinée, 
l’allure d’un grand portique avec une énorme 
dalle de couverture supportée par deux piliers. 

Portique 

Trilithe mégalithique placé à l’entrée de 
certaines tombes, comme les tombes de type 
angevin. 

Reliquaire 

Endroit où l’on dépose une relique, tout ou 
partie d’un squelette ou d’un corps embaumé 
ayant une valeur sacrée. 

Réutilisation 

Les tombes mégalithiques présentent souvent 
plusieurs phases successives d’utilisation, 
déterminées par des dispositions particulières 
d’ossements, par des structures annexes de 
dallettes et par des mobiliers de cultures 
différentes. Les réutilisations ont lieu parfois 
dans la continuité du rite initial, par la même 
entrée et selon les mêmes caractéristiques de 
dépôt (corps en position fléchie, par exemple) : 
dans ce cas, les anciens squelettes peuvent être 
réduits pour libérer de la place et leurs 
ossements rangés sur les côtés de la chambre. 

Il arrive que les réutilisations interviennent assez 
longtemps après le premier usage de la tombe, 
un millénaire et parfois davantage selon des rites 
différents des premiers. 

Rites funéraires 

Ensemble des cérémonies qui dictent l’attitude 
des vivants vis-à-vis de leurs morts. On distingue 
les rites primaires comme le rite-ossuaire ou 
le rite-caveau, et les rites secondaires comme 
les rites-reliquaires. 


Sanctuaire 

Lieu architecturé où se pratiquent des rites 
cérémoniels selon des valeurs religieuses 
et spirituelles. Une nécropole peut devenir 
un sanctuaire quand l’aspect funéraire est 
sublimé. Un sanctuaire peut ne pas avoir 
de référence funéraire mais force est de 
constater que cette situation est rare tant 
il semble que toute dimension métaphysique 
passe par la mort. 



Statue-menhir 

Monolithe représentant «le corps humain dans 
sa totalité, sur la face antérieure et sur la face 
postérieure, sculpté en bas-relief ou parfois 
gravé. La taille est variable, comprise entre 
75 centimètres et 4 mètres. La forme est 
généralement rectangulaire ou subrectangulaire 
mais elle peut être à sommet arrondi ou en 
ogive» (André d’Anna, 1977). 

Stèle 

Monolithe de dimension plus ou moins modeste 
présentant une seule face décorée de gravures 
en champlevé ou de sculptures en faible relief. 

Table 

Dans la conception traditionnelle du «dolmen», 
ce mot désigne la seule dalle de couverture de 
la tombe mégalithique. 

«Talayot» 

Dans l’île de Minorque, en Espagne, tour 
construite en appareil cyclopéen, à l'intérieur 
de laquelle sont aménagées une ou plusieurs 
chambres. 

«Taula» 

A Minorque, pilier massif soutenant un bloc 
posé en équilibre à son sommet, au milieu 
d’une aire circulaire limitée par un mur 
de pierre. 

Temple 

Les temples mégalithiques des îles de Malte, 
de Gozo et de Sardaigne sont des édifices 
dont l’espace interne est assez vaste et pas 
spécifiquement funéraire. 



GLOSSAIRE 165 



Tertre 

Tertre funéraire est synonyme de tumulus. 
«Tholos» 

Ce terme a été utilisé à tort, en référence 
aux tombes mycéniennes, pour désigner des 
chambres circulaires à encorbellement 
précédées d’un couloir. 

Tombe, tombeau 

Ces deux termes viennent du mot latin tumba 
qui désigne une pierre funéraire, simple ou 
monumentale. Ils sont utilisés, ici, de manière 
très générale pour dénommer les sépultures 
mégalithiques. 

Tombes des géants 

En Sardaigne, tombe mégalithique très allongée 
couverte de blocs et présentant deux antennes 
de chaque côté d’une façade concave : l'entrée 
monumentale est constituée d’une grande dalle 
sculptée à entrée basse. 

Tombelle 

Petite chambre simple, circulaire, ovalaire 
ou rectangulaire, construite en pierres sèches 
avec parfois quelques dalles de paroi; la 
couverture peut être une dalle. 

«Torre» 

Au sud de la Corse, tour construite en appareil 
cyclopéen, équivalent du talayot des Baléares. 

Transept 

Il arrive qu’une chambre mégalithique à 
couloir ait deux cabinets latéraux ou même 
quatre : ceux-ci forment un transept ou un 
double transept. 


Tumulus 

Ce mot latin francisé (au pluriel : les tumulus) 
désigne une éminence artificielle qui recouvre 
un dépôt funéraire, qui va du simple amas d’os 
brûlés à la tombe mégalithique. On peut alors 
parler d’un tumulus mégalithique. L’aspect 
extérieur du tumulus est rarement celui d’une 
simple butte de terre (tumulus proprement dit) 
ou de pierre ( cairn ) : il est souvent entouré 
d’une série de blocs, ou d’un parement de 
pierres sèches, et peut même présenter un 
complément de structures en bois; une façade 
architecturée est parfois construite au niveau de 
l’entrée du sépulcre. 

Tumulus géant 

Ces tertres,circulaires ou allongés, ont en commun 
leurs dimensions considérables (plus de 100 mètres 
de longueur ou de diamètre et plus de 5 mètres 
de hauteur), des références funéraires discrètes, 
absentes parfois, des relations évidentes avec 
les monuments mégalithiques (des parements, 
des orientations, des formes de sépulture, une 
certaine contemporanéité). 

«Unchambered barrow» 

Expression anglaise pour désigner un tumulus 
sans chambre funéraire : ce tumulus, allongé 
ou circulaire, présente pourtant, le plus souvent, 
une référence funéraire (simple dépôt 
d’ossements, par exemple). 

D’après Jean-Pierre Mohen, 
Le Monde des mégalithes, 
Casterman, 1989 




166 ANNEXES 


BIBLIOGRAPHIE 


Généralités 

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in Ail Countries , John Murray, Londres, 1872. 

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Casterman, «Archives du temps», Tournai/ 

Paris, 1989. 

Construction, science, art 

- Anna, André d’. Les Statues-menhirs et stèles 
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avant l’écriture, 7000-2000 av. J.-C., Hachette. 

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Monuments et rites funéraires protohistoriques, 
Paris, 1962. 

- Jannel, Claude; Loutcho, Frédéric, 

Les Toradjas d'Indonésie, Armand Colin, Paris. 

- Joussaume, Roger (éd.), Tiya - l’Ethiopie 
des mégalithes, Impr. Oudin, Poitiers, 1995. 

- Mohen, Jean-Pierre, Les Rites de l'au-delà. 
Odile Jacob, Paris, 1995 (à propos des 
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- Reygasse, Maurice, Monuments funéraires 
préislamiques de l'Afrique du Nord, Arts 

et métiers graphiques, Paris, 1950. 

- Thilmans, G.; Descamps, C.; Khayat, B., 
Protohistoire du Sénégal, tome 2 : Les sites 
mégalithiques, Ifan, Dakar, 1980. 

- Vidal, Pierre, La Civilisation mégalithique 
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Paris, 1969. 

Monographies des grands sites visités 

- Atkinson, Richard, Stonehenge, Penguin 
Books, 1979. 






■ssïp: 


Mm- 


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- Burl, Aubrey, Prehistoric Averbury, 

Yale University Press, Newhaven et 
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London, 1981. 

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- Giot, Pierre-Roland, Barnenez, un grand cairn 
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- Kinnes, Ian, Les Fouillages and the Megalithic 
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- Lecornec, Joël, Le Petit Mont, Arzon, 
Morbihan, Documents Archéologiques 
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- L’Helgouac’h, Jean, Locmariaquer, Gisserot, 
Paris, 1994. 

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Paris, 1995. 

- O’Kelly, Michel J., Newgrange, Archaeology, Art 
and Legend, Thames and Hudson, Londres, 1982. 

- Renfrew, Colin, Investigations in Orkney, 
Londres, 1979. 





68 ANNEXES 


TABLE DES ILLUSTRATIONS 


COUVERTURE 

1 er plat Montage de 
deux photographies : 
au premier plan, un 
menhir; au deuxième 
plan, Stonehenge. 

Dos Alexander Blair et 
Francis Ronalds 
mesurant le menhir de 
Saint-Cado, in Sketches 
at Carnac, 1836. 

2 e plat La Roche aux 
fées, gravure de 1854. 

OUVERTURE 

1 à 9 Site mégalithique 
de Callanish, île 
de Lewis, Ecosse, 
photographies 
de Fay Godwin. 

10-11 Enfant assis sur 
le dolmen de Vaccil- 
Vecchio, commune 
de Grosso, Corse, 
photo de Mortillet, 
1893. Bibliothèque 
du Patrimoine, Paris. 

CHAPITRE I 

12 Les feux de la Saint- 
Jean à Quiberon, 
illustration de Moreno, 
1902. Bibliothèque des 
Arts décoratifs, Paris. 

13 Cérémonie 
druidique au temple 
de Stonehenge, 
Angleterre, gravure de 
Biasoli, in Le Costume 
ancien ou moderne de 
Jules Ferrario, vers 
1820. Bibliothèque des 
Arts décoratifs, Paris. 

14 Les Pierres sottes, 
illustration de Maurice 
Sand pour les Légendes 
rustiques de George 
Sand, 1858. 
Bibliothèque des Arts 
décoratifs, Paris. 

15h Forêt de signes. 


gravure, in Historia 
d’01ausMagnus,1567. 
15b Le dolmen de la 
Pierre levée, Poitiers, 
gravure, xvi e siècle. 
Bibliothèque nationale 
de France, Paris, 
département des 
Estampes. 

16 Le sabbat des 
sorcières, gravure, début 
xx e siècle. Bibliothèque 
polonaise, Paris. 

16-17 Les pierres de 
Carnac allant à la baie 
de Saint-Colomban, 
gravure de Méaulle 
d’après Chiflar. 

17 Vers le sabbat, 
dessin de Balluriau. 
Bibliothèque des 
Arts décoratifs, Paris. 

18 Menhir de Saint- 
Samson-sur- Rance . 
18-19 Danse au menhir 
de Plonéour-Lanvern 
le jour du Pardon. 
Collection Abbaye 

de la Source, Paris. 

19g La Pierre aux 
maris, La Baroche, 
près de Colmar, 
gravure de Kauffmann 
et Pirabaud. 

19d Dolmen à Trie- 
Châleau, dans la 
garenne de Gromer- 
Fontaine, entre 
Chaumont et Gisors, 
gravure d’après 
Danvin. 

20-21 Sainte Geneviève 
gardant ses moutons, 
peinture anonyme, 
xvi e siècle. Musée 
Carnavalet, Paris. 

21 Le menhir de 
Saint-Duzec, près de 
Lannion, carte postale. 

22 La Pierre de Dolon, 
gravure. 

23h Sacrifice humain 


chez les druides, 
gravure de Gustave 
Doré, xix e siècle. 
Bibliothèque des Arts 
décoratifs, Paris. 

23b Druidesse devant 
un dolmen, peinture 
d’Armand La Roche. 
24g The Druid Sacrifice 
of Yule-Tide, plume 
à l’aquarelle de 
William Stukeley, 1759. 
Bodleian Library, 
Oxford. 

24d Portrait de 
William Stukeley 
en Chyndonax, 
gravure. Bodleian 
Library, Oxford. 

25h et 25b Détails 
d’un dessin de 
Stukeley expliquant 
les cromlechs anglais 
par la mythologie 
du serpent. Bodleian 
Library, Oxford. 

25m The Druid- 
Sacrifice ofthe 
Vernal Equinox, 
plume à l’aquarelle 
de William Stukeley, 
1759. Bodleian Library, 
Oxford. 

26-27 «La Marche des 
druides» par l'ancien 
ordre des druides 
de Stonehenge, 

24 août 1905. 

Salisbury and South 
Wiltshire Muséum. 

28h Intérieur de la 
tombe dite de César, 
Table des Marchand, 
Locmariaquer, in 
Voyages pittoresques 
et romantiques dans 
l’ancienne France 
de J. E. C. Nodier 
et J. Taylor, 1845-1846. 
Bibliothèque 
municipale. Rennes. 
28b Obélix, in Astérix 


chez les Normands, 
dessin de Goscinny. 

29 Cérémonie 

druidique du soltice 
d’été, à Stonehenge, 
Angleterre, 22 juin 
1987. 

CHAPITRE II 

30 Fouilles 
archéologiques 

à l’intérieur d’un 
tumulus à Udleire, 
près de Copenhague, 
Danemark, 
lithogravure d’après 
Mayer, xix e siècle. 
Bibliothèque des Arts 
décoratifs, Paris. 

31 La Celtomanie, 
gravure de Gustave 
Doré. 

32-33h Sir Richard 
Colt Hoare et William 
Cunnington assistant à 
la fouille d’un tumulus, 
aquarelle de Philip 
Crocker, 1807. 

32m et 33b Upton 
Gold Barrow (détails), 
dessin de Philip 
Crocker. Wiltshire 
Archaeological and 
Natural History 
Society, Devizes. 

33g et 33d Portraits 
de William Cunnington 
et de sir Richard Colt 
Hoare, in Ancient 
Wiltshire de Colt 
Hoare, 1812-1820. 
Wiltshire 

Archaeological and 
Natural History 
Society, Devizes. 

34h Relevés de 
bijoux retrouvés 
dans le tumulus 
Saint-Michel, 
aquarelle, 1874. 
Bibliothèque du 
Patrimoine, Paris. 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 169 


34m Haches en pierre 
polie retrouvées 
dans le tumulus Saint- 
Michel, aquarelle, 

1874. Bibliothèque 
du Patrimoine, Paris. 
34b Objets polis 
provenant de la fouille 
de Bocennos, 
aquarelle, septembre 
1874. Bibliothèque 
du Patrimoine, Paris. 
34-35 Gravure extraite 
de Wanderings of 
an Antiquary de 
Thomas Wright, 1854. 
35d Portrait de 
Zacharie Le Rouzic, 
carte postale. 

36 Dolmen de la Roche 
aux Fées, dessin tiré du 
recueil de Christophe 
Paul de Robien, xvm e 
siècle. Bibliothèque 
municipale, Rennes. 

37 Les monuments de 
Locmariaquer, dessins 
tirés du recueil de 
Christophe Paul de 
Robien, xviif siècle. 
Bibliothèque 
municipale, Rennes. 
38-39 et 40-41 
Planches extraites de 
Monuments celtiques 
de Jacques de Cambry, 
1805. 

42 Vue cavalière du 
Ménec-Vihan, lavis 
noir d’Henri du 
Cleuziou. Bibliothèque 
du Patrimoine, Paris. 
42-43h Alignements 
de Carnac, coupe 
transversale dans 
les pierres du Ménec, 
lavis noir de Henri 
du Cleuziou, 1873. 
Bibliothèque du 
Patrimoine, Paris. 
42-43m Alignements 
de Carnac, coupe 
transversale et 
longitudinale dans les 
pierres de Ker-Mario, 


lavis noir d’Henri 
du Cleuziou, 1874. 
Bibliothèque du 
Patrimoine, Paris. 

43b La Pierre levée 
de Poitiers, dessin 
exécuté par l’ingénieur 
Duchesne pour le 
comte de Caylus. 
Bibliothèque nationale 
de France, Paris. 

44 «Monuments 
mégalithiques de 
Carnac acquis par 
l’Etat», in 
L’ Illustration , 

8 septembre 1888. 
44-45b Dolmen du 
Caucase, d’après 
un dessin de Simpson, 
in Rude Stone 
Monuments de 
James Fergusson, 
Londres, 1872. 

45h Trilithe, d’après un 
dessin du Dr Barth, in 
Rude Stone Monuments 
de James Fergusson, 
Londres, 1872. 

45m Dolmen de 
Rajunkoloor en Inde, 
d’après un dessin du 
colonel Meadows 
Taylor, in Rude Stone 
Monuments de James 
Fergusson, Londres, 
1872. 

46h Groupe de menhirs 
situé à proximité de 
Sartène, Corse du Sud, 
photo d’Adrien de 
Mortillet, 1893. 
Bibliothèque du 
Patrimoine, Paris. 

46b Dolmen de 
Fontanaccia, commune 
de Sartène, Corse du 
Sud, photo d’Adrien 
de Mortillet, 1893. 
Bibliothèque du 
Patrimoine, Paris. 

47 Enfant devant les 
menhirs de Rizzanese, 
commune de Sartène, 
Corse du Sud, photo 


d’Adrien de Mortillet, 
1893. Bibliothèque du 
Patrimoine, Paris. 

48 Stonehenge, cartes 
postales anglaises. 

49 Carnac, Morbihan, 
cartes postales. 

CHAPITRE III 

50 Dolmen, îles 
Orcades, Ecosse, photo. 

51 Fouilles du site des 
Fouillages à Guernesey 
par Ian Kinnes. 

52 Poteries de style 
Carn, Carn central, 
Ploudalmézeau, 
Finistère. 

52-53 Cairn à trois 
dolmens de l’île Carn, 
Ploudalmézeau. 

53h Fouille du site des 
Fouillages à Guernesey 
par Ian Kinnes. 

54h Chronologie 
des premières 
constructions 
monumentales. 

54b Pierre dressée 
d’Almendres, près 
d’Evora, Portugal. 

55 Chambre et couloir, 
dolmen de Viseu, 
Portugal, début du IV e 
millénaire. 

56h Relevé du tumulus 
de Barnenez, 
Plouézoc’h, Finistère. 
56b Le cairn de 
Barnenez, secteur de la 
chambre D avec vue 
sur l’arrivée du couloir. 
56-57 Vue du sud-ouest 
du cairn de Barnenez, 
Plouézoc’h, Finistère. 
57b Vue du tumulus 
Saint-Michel, Carnac. 
58h Quadrilatère du 
Manio, enceinte 
rectangulaire formée 
de petits menhirs. 

58m Schémas d’un 
coffre, ou ciste, et de 
chambres à couloir 
d’accès. 


58b Nécropole 
de Champ-Chalon, 
Charente-Maritime. 

59 Vue intérieure 
de la chambre de 
Newgrange, Irlande. 
59bg Schéma du long 
couloir du tumulus 
de Newgrange. 

59bd Schéma du 
tumulus de Newgrange. 
60h Plan de l’allée 
couverte de la Roche 
aux Fées, Essé, Ille- 
et-Vilaine. 

60m Plan de l’allée 
coudée des Pierres 
plates à Locmariaquer, 
Morbihan. 

60b Dolmen des 
Pierres plates, 
Locmariaquer. 

60-61 Allée couverte 
de la Roche aux Fées, 
Essé, Ille-et-Vilaine. 
61b Allée dite de la 
Pierre Turquaise, à 
Saint-Martin-du- 
Tertre, Val-d’Oise. 

62 Carte des différents 
sites mégalithiques 
en Europe. 

63h Hypogée de 
Coizard, Marne. 

63b Plan de l’hypogée 
d’Arles. 

64-65 Site d’Avebury, 
Angleterre. 

65 Saint-Just, Ille-et- 
Vilaine, photo. 

66 Mégalithes corses. 
67h Taula de Trépuco, 
île de Minorque, 
Baléares. 

67b Naveta d’Els 
Tudons, île de 
Minorque. 

68h, 68b, 69 La tombe 
des Géants, 

Arzachena, Sardaigne. 
70b Vue intérieure de 
l’hypogée d’Hal 
Saflieni, Malte. 
70-71h,71bg Temple 
mégalithique de 



170 ANNEXES 


Mnadjra, Malte. 

71 bd Statuette de 
femme couchée 
(Malte) comparable 
à la statue géante 
du temple de Tarxien, 
vers 3000 avant J.-C. 
Musée de l’Auberge de 
Provence, La Valette. 
72b Schémas des quatre 
phases successives 
de construction 
du monument 
du Petit Mont, 

Arzon, Morbihan. 

72-73 Schéma de la 
nécropole composite 
de Bougon, Deux- 
Sèvres, 3000-3000 
avant J.-C. 

73m Entrée du tumulus 
F de Bougon. 

74g Schéma du Grand 
Menhir brisé de 
Locmariaquer, 
Morbihan. 

74d Schéma de la 
pierre dressée 
reconstituée à partir du 
bloc de Gavrinis (au 
centre) et des deux 
blocs de Locmariaquer, 
celui de la Table des 
Marchand et celui d’Er 
Vinglé-Er Grah. 

75g Dalle de 
couverture de Gavrinis, 
dégagée en 1983. 

75d La Table des 
Marchand, 
Locmariaquer, 
Morbihan. 

75b Schéma des idoles 
réutilisées du Mané 
Rutual, Locmariaquer. 

76 Couloir du tumulus 
de Gavrinis, Morbihan. 

77 Bloc décoré de la 
nécropole de Knowth, 
Irlande. 

78h «Cadran solaire» 
sur une dalle de 
Knowth. 

78bg Schéma du motif 
peint du dolmen 


d’Antela, Portugal. 
78bd Menhir de Bulhoa, 
Monsaraz, Portugal. 

79h Bloc de 3,50 mètres 
de long déposé devant 
l’entrée du couloir 
de la tombe de 
Newgrange, Irlande. 
79m Bloc décoré 
de la nécropole 
de Newgrange. 

CHAPITRE IV 

80 Entrée d’une des 
tombes de Barnenez, 
Finistère. 

81 Sépulture du 
dolmen de Villard au 
Lauzet-Ubaye, Alpes. 
82h Sépultures multiples 
de Pontcharaud, 
Auvergne. 

82m Gravure d’E. 
Bayard représentant 
«une cérémonie 
funèbre à l’époque du 
renne», in La Vie de 
l'homme préhistorique 
de Louis Figiuer, Paris, 
1869. Bibliothèque 
nationale de France, 
Paris, département 
des Estampes. 

83 Sépulture n° 5 
de Tagarp, dans le 
district d’O. Tommarp, 
en Suède. 

84b Le dolmen 
d’Axevalla en Suède, 
vue intérieure et plan, 
fin xix c siècle. 
Bibliothèque des Arts 
décoratifs, Paris. 

84-85 Tombe n° 2 
d’Auzay-les- 
Chatelliers, Vendée. 
85h Sépulture à 
Auzay-les-Chatelliers, 
Vendée. 

85b Ossements de La 
Chaussée-Tirancourt, 
Somme. 

86 Vue aérienne du site 
de Knowth, Irlande, 
1976. 


87 Tombeau de la 
Hougue Bie à Jersey. 
88-89 Mégalithes de 
Sine-Ngayène, Sénégal. 
89h Reconstitution des 
positions d’inhumation 
des squelettes du cercle 
n° 25 du site de Sine- 
Ngayène, Sénégal. 

90-91 Mégalithes 
en pays Toradja, 
Célèbes, Indonésie. 
92-93 et 93h Site 
de Altos de los Idolos 
à San Agustin, 
Colombie. 

94 Vertèbre percée 
d’une pointe de flèche 
en silex provenant de 
l’une des grottes des 
Ronces à Villevenard, 
Marne. Musée des 
Antiquités nationales, 
Saint-Germain-en- 
Laye. 

94-95m Amulettes 
faites de rondelles 
crâniennes. Musée des 
Antiquités nationales, 
Saint-Germain-en- 
Laye. 

95h Crâne trépané 
provenant de l’un 
des hypogées du 
Petit Morin, Marne. 
Musée des Antiquités 
nationales, Saint- 
Germain-en-Laye. 

95b Radiographie du 
crâne néolithique de 
Nogent-les- Vierges, 
présentant une 
trépanation guérie 
de la région temporo- 
pariétale gauche. 
Muséum national 
d’Histoire naturelle, 
galerie 

d’Anthropologie, Paris. 
96h Pilier de Gavrinis, 
décoré du motif de la 
hache en pierre polie. 
96b Hache en jadéite 
du tumulus de Tumiac, 
Morbihan. Société 


polymathique. Vannes. 
97h Hache polie en 
silex. Musée des 
Antiquités nationales, 
Saint-Germain-en- 
Laye. 

97b Masses d’armes 
en pierre dure polie, 
Irlande. 

98 Disques en jadéite. 
Société polymathique. 
Vannes. 

99h Pendeloque et 
perles en variscite 
provenant du tumulus 
d’Er Grah à 
Locmariaquer, 
Morbihan, vers 3500 
avant J.-C. Musée de la 
Préhistoire, Carnac. 

99b Perles en variscite. 
Musée des Antiquités 
nationales, Saint- 
Germain-en-Laye. 

100 Reconstitution 
de la position des 
corps de la tombe de 
Talheim, Allemagne. 
100-101 Ossements 
de La Chaussée- 
Tirancourt, Somme. 

101 h Tombe 
mégalithique de La 
Chaussée-Tirancourt. 

CHAPITRE V 

102 Site de Stonehenge 
au soleil levant, le jour 
du solstice d’été. 

103 Stèle mégalithique. 
Musée Fenaille, Rodez. 
104h Pierres bleues de 
Stonehenge, Angleterre. 
104b Tombe 
mégalithique en Suède. 
105 Allée couverte de 
la Roche aux Fées, 
Essé, Ille-et-Vilaine. 
106, 106-107 Site 
d’Avebury, Angleterre, 
gravures de Stukeley, 
in Avebury , 1743. 

107h Site d’Avebury, 
gravure de Stukeley. 
108-109 Double Arc- 




TABLE DES ILLUSTRATIONS 171 


en-ciel sur Stonehenge , 
peinture de John 
Constable, 1835. 
Victoria and Albert 
Muséum, Londres. 
110-111 Stonehenge au 
point du jour , aquarelle 
de J. M. Turner, 1828. 
Salisbury and South 
Wiltshire Muséum. 
112-113 Une 
promenade au 
crépuscule , huile sur 
toile de Caspar David 
Friedrich. The Paul 
Getty Muséum, 

Los Angeles. 

114-115 Paysage 
danois au dolmen , 
peinture de Johan 
Christian Dahl, 1838. 

1 16 Cercle de pierres 
dressées de Callanish, 
Ecosse. 

116-1 17 Site de 
Callanish. 

118 Statue-menhir 
devant Catel Church, 
Guernesey. 

1 19 Déesse-mère, 
hypogée du Razet, 
Coizard, Marne. 

Musée des Antiquités 
nationales, Saint- 
Germain-en-Laye. 
120-121 Expérience de 
traction d’un mégalithe 
menée sur le site de 
Bougon le 28 juillet 
1979. 

121 h Expérience de 
traction d’un mégalithe 
menée sur le site de 
Bougon en 1997. 

121b Traction 
des pierres bleues 
de Stonehenge 
par voie d’eau. 

122 et 122-123 
Reconstitution des 
alignements de Carnac, 
dessin de Jean-Claude 
Golvin avec la 
collaboration de 
Florence Babled. 


122b Relevé des 
alignements du Ménec, 
Carnac, Morbihan, 
d’après A. Thom, 1972. 
124, 124-125 Site 
de Stonehenge, 
Angleterre, photos. 

125 Relevés des 
différentes structures 
de Stonehenge. 

126b Affiche pour 
la protection du site 
de Stonehenge. 

126-127 Reconstitution 
du tumulus de 
Newgrange, Irlande. 
127b Scène finale du 
film Tess de Roman 
Polanski, 1979. 

128 Site de Stonehenge 
au clair de lune. 

TÉMOIGNAGES 
ET DOCUMENTS 

129 Alignement de 
Kermario, Carnac, 
Morbihan, photo. 

130 Avebury, 
Angleterre, gravure, 
in Avebury de 
Stukeley, 1743. 

131g Monuments 
celtiques, gravure, in 
Itineriarum Curiosum, 
Stukeley, 1724. 

13 ld Stonehenge, 
gravure, in Stonehenge 
a Temple Restor'd 
to the British Druids 
de Stukeley, 1740. 

132 Danse des 
korrigannes près 
des menhirs, gravure, 
in La Création de 
l'homme et les 
premiers âges de 
l'humanité d’Henri du 
Cleuziou, Paris, 1887. 
134 Carnac, 
lithographie de 
Fréminville, 1824. 

136 Carnac, gouache 
de Prosper Mérimée. 
Coll. part. 

1 37 Une exécution 


capitale chez les 
Gaulois , lithographie, 
xix e siècle. 

138 Le tombeau 

de la famille Piketty, 
cimetière des Longs- 
Réages, Meudon. 

139 Le dolmen 

de Kerhan à Saint- 
Philibert, déménagé 
en 1896 pour le 
cimetière de Meudon. 
140-141 Grand Menhir 
de Locmariaquer, 
Morbihan, photo. 

142, 143h, 143m 
Photographies extraites 
de Tess, film de Roman 
Polanski, 1979. 

144g Sculpture de 
Henry Moore. 

144-145 Inside the 
circle, lithographie 
de Henry Moore. 

146 Fallen Giant, 
lithographie de Henry 
Moore. 

147 Cyclops, 
lithographie de Henry 
Moore. 

148 Plan schématique 
de Stonehenge 
expliquant les 
concordances entre 
l’architecture du site et 
les positions célestes 
du soleil et de la lune, 
in Stonehenge 
Decoded de Gerald 

S. Hawkins, Fontana, 
Collins, 1970. 

150 Pierre gravée, 
tumulus de Gavrinis, 
Morbihan, photo. 

151 Intérieur de 
Gavrinis au siècle 
dernier, lithographie, 
xixe siècle. 

152 Déesse-mère, photo. 

153 Tableau de l’art 
mégalithique : le foyer 
breton, in Megalithic 
Art of Western Europe, 
Elizabeth Shee Twohig, 
Clarendon Press, 


"Oxford, 1981. 

154 Tableau de l’art 
mégalithique : le foyer 
ibérique occidental, 

in Megalithic Art 
of Western Europe, 
Elizabeth Shee Twohig, 
Clarendon Press, 
Oxford, 1981. 

155 Tableau de l’art 
mégalithique : le foyer 
irlandais, in Megalithic 
Art of Western Europe, 
Elizabeth Shee Twohig, 
Clarendon Press, 
Oxford, 1981. 

156-157 Déplacement 
d'une statue colossale, 
dessin d’un bas-relief 
du tombeau de 
Djéhoutihotep à Deir 
el-Bercha, in L’Art 

de l'Egypte, éditions 
Citadelles Mazenod, 
1968. 

158, 159 Traction d’un 
mégalithe. Bougon, 
Deux-Sèvres, photo. 

160 Allée couverte du 
Mougot, à Commana, 
Finistère, in Pauvres 
Pierres! Les Mégalithes 
bretons devant la 
science de l’abbé 

A. Millon, xixe siècle. 

161 Dolmen de Saint- 
Maudez, près de Pont- 
Aven, Finistère, ibid. 

163 Menhir de La 
Roche-Longue, près 
de Quintin, Côtes- 
d’Armor, ibid. 

164 Alignements du 
Ménec, à Carnac, 
Morbihan, ibid. 

165 Cromlech du 
Ménec à Carnac, ibid. 
167 Un menhir, près 
de Lochrist, Bretagne, 
in Voyages pittoresques 
et romantiques dans 
l'ancienne France 
(1820-1878) de 

J. Taylor, Ch. Nodier, 
A. de Cailleux. 



172 ANNEXES 


INDEX DES SITES 


A 

Alberite, Cadix, 
Espagne 54. 

Allemagne 44, 60, 61, 
84, 85. 

Almendres, Portugal 
55. 

Antelas, Oliveira de 
Frades, Viseu, 
Portugal 78. 

Arles (hypogée d’), 
Bouches-du-Rhône 
63, 63. 

Arzon, Morbihan 72, 
97. 

Auzay-les-Chatelliers, 
Vendée 84, 84. 

Avebury, Wiltshire, 
Angleterre 23, 24, 

25, 65, 106, 106, 107. 

Axevalla, Suède 84. 

Aylesford, Grande- 
Bretagne 35. 

B 

Bagneux, Maine-et- 
Loire 60. 

Barnenez, Plouézoc’h, 
Lanmeur, Finistère 
52, 55, 56, 56, 57, 59, 
81, 127. 

Baroche (La), Haut- 
Rhin 19. 

Belgique 61, 84. 

Benon, Seine-Maritime 
58. 

Bôgebakken, 
Danemark 55. 

Boscawen-Un, 
Cornouailles, 
Angleterre 27. 

Bougon (nécropole 
de), Deux-Sèvres 
54, 72, 73, 83, 86, 94, 
105, 120, 120. 

Brocéliande (forêt de), 
Paimpont, Ille-et- 
Vilaine 16, 28. 

Brogar (Ring of), 
Orkney Mainland, 
îles Orcades 123. 


Bulhoa, Alentejo, 
Portugal 78. 

Bygholm Norremark, 
Jutland, Danemark 
72. 

C 

Callanish,île de Lewis, 
Ecosse 107, 116, 117, 
124. 

Calmels-et-le-Viala, 
Aveyron 103. 

Canterbury, 

Angleterre 98. 

Carn (tumulus de l’île), 
Ploudalmézeau, 
Finistère 52, 53. 

Carnac, Morbihan 16, 
16, 17, 22, 34, 37, 42, 
43, 44, 49, 56, 58, 64, 
73,86, 107, 121,122, 
123, 127. 

Catel, Guernesey 118. 

Caucase 45. 

Célèbes, Indonésie 91. 

Chamblandes, Suisse 
58. 

Champ-Chalon, 

Benon, Seine- 
Maritime 58. 

Chaussée-Tirancourt 
(La), Somme 83, 85, 
87, 99, 100, 101, 101. 

Cibournios, Lozère 95. 

Coizard, Marne 63, 119. 

Cojoux (alignement 
de), Saint-J ust, Ille- 
et-Vilaine 64, 74, 99. 

Colombie 93. 

Constantine, 
Cornouailles, 
Angleterre 19. 

Corée 45. 

Crète 63. 

Cueva de Menga, 
Antequera, Espagne 
60. 

Cueva de Romeral, 
Antequera, Espagne 
87. 

Culey-le-Patry, 
Calvados 17. 


D 

Damerancourt, Oise 
100. 

Danemark 44, 55, 56, 
58, 72, 84, 85, 113. 

Demoiselles, Langon, 
Ille-et-Vilaine 16. 

Demoiselles, Saint- 
Just, Ille-et-Vilaine 
16. 

Dent de Gargantua, 
Saint-Suliac, Ille- 
et-Vilaine 15. 

Dissignac, Loire- 
Atlantique 86. 

Doigt de Gargantua, 
Fort La Latte, 
Côtes-d’Armor 15. 

Douhet (le), Charente- 
Maritime 72. 


E 

Eleven Sheares, Ecosse 
123. 

Els Tudons, Minorque, 
Baléares 67. 

Er Grah, 

Locmariaquer, 
Morbihan 73, 74, 

75, 99. 

Espagne 54, 60, 87, 99. 

Essé, Ille-et-Vilaine 16, 
37, 60, 60, 104, 105. 

F 

Filitosa, Corse 67. 

Fontanaccia, Sartène, 
Corse 49, 67. 

Fort La Latte, Côtes- 
d’Armor 15. 

Fouillages (tumulus 
des), Guernesey 57, 
53, 56. 

G 

Gavrinis (île de), 
Larmor-Baden, 
Morbihan 29, 74, 75, 
77, 78, 79, 126. 

Géants (tombe des), 
Sardaigne 69. 


Gnewitz, Allemagne 85. 

Gordom’s Edge, 
Grande-Bretagne 
31. 

Gozo (île de) 71. 

Grand Menhir brisé, 
Locmariaquer, 
Morbihan 37, 43, 

44, 74, 74, 122. 

Groleck (dolmen de), 
Irlande 51. 

Gros Dognon (le), 
Tusson, Charente 
72. 

Guennoc (tumulus 
de l’île), Landéda, 
Finistère 53. 

Guernesey 51, 53, 56, 
118. 


H 

Hagestad, Suède 85, 

86. 

Hal Saflieni (hypogée 
de), Malte 63, 71, 
127. 

Hambledon Hill, 
Dorset, Angleterre 
87. 

Haute-Bonny 

(nécropole de la), 
Rots, Calvados 56. 

Heel Stone, 
Stonehenge, 
Wiltshire, 

Angleterre 124, 124. 

Hoédic (île de), 
Morbihan 55. 

Hollande voir 
Pays-Bas. 

Hougue Bie, Jersey 87, 
87. 


I 

Inde 45, 45. 
Ingelstorp, Suède 85. 
Irlande 59 ,59, 77, 78, 
79, 79, 84, 86, 87, 
97, 126, 127. 
Isbister (tombe d’), 
îles Orcades, 
Ecosse 98. 





INDEX 173 


3_K 

Jersey 87, 87. 

Kephala, Crète 63. 

Kercado, Carnac, 
Morbihan 86. 

Kerlescan (alignements 
de), Carnac, 
Morbihan 64, 123. 

Kerloas (menhir de), 
Plouarzel, Finistère 
19. 

Kermario (alignements 
de), Carnac, 
Morbihan 42, 64, 

123. 

Knowth, Meath, 

Irlande 77, 78, 79, 

86 87, 127. 

L 

Langon, Ille-et-Vilaine 
16. 

Lauzet-Ubaye, Alpes- 
de-Haute-Provence 
81. 

Le Mesnil-sur-Oger, 
Marne 96. 

Lewis (île de), Ecosse 
107,7/6, 117. 

Locmariaquer, 
Morbihan 28, 37, 

56, 60, 60, 73, 74-75, 
99, 122, 127. 

Loughcrew, Meath, 
Irlande 79. 


M 

Maes Howe, Orkney 
Mainland, îles 
Orcades, Ecosse 
123. 

Malesherbes, Loiret 
55. 

Malte 58, 63, 71, 127. 

Mané Rutual (dolmen 
du), Locmariaquer, 
Morbihan 73, 74, 
75. 

Mané-er-Hroeck, 
Morbihan 56, 73. 

Mané-Lud, 

Locmariaquer 56, 
73. 


Manio (lieu-dit), 
Carnac, Morbihan 
122. 

Manio III (tumulus 
de), Carnac, 
Morbihan 58. 

Marne, hypogées 
de la 35, 94-95, 96. 

Maurels (statue- 
menhir des), 
Calmels-et-le-Viala, 
Aveyron 103. 

Ménec (alignements 
du), Carnac, 
Morbihan 42, 64, 

123. 

Merlin (tombeau de), 
forêt de Brocéliande 
16, 28. 

Mesnil-Hardray (Le), 
Eure 17. 

Mid Clyth, 
Caithnesshire, 
Ecosse 123. 

Midhowe, Orcades 60. 

Minorque, Baléares 67. 

Monchique, Portugal 
58. 

Moulin, (menhirs du) 
Quiberon, 

Morbihan 13. 

Mournouards 
(hypogée des), 

Le Mesnil-sur-Oger, 
Marne 96. 

Moustoir (Le), Carnac, 
Morbihan 56. 

Muge, Portugal 55. 

N 

Néant-sur- Yvel, 
Morbihan 16. 

Newgrange, Meath, 
Irlande 59, 59, 79, 

87, 126, 127. 

Niederbôsa, Thuringe, 
Allemagne 100. 

Nohant-Vic, Indre 19. 

Norvège 15. 

O j _P 

Orcades (îles), Ecosse 
60, 98,99, 123. 

Palestine 63. 


Palmela, Portugal 63. 

Passy (nécropole de), 
Yonne 56. 

Pays-Bas 60, 84. 

Petit Mont (cairn du), 
Arzon, Morbihan 
72, 72, 75, 77. 

Pierre aux maris, 

La Baroche, 
Haut-Rhin 19. 

Pierre des 
Demoiselles, 

Le Mesnil-Hardray, 
Eure 17. 

Pierre levée (dolmen 
de la), Poitiers, 
Vienne 14, 42, 43. 

Pierre Turquaise, 
Saint-Martin-du- 
Tertre, Val-d’Oise 
61. 

Pierre-de-Chantecoq, 
Eure-et-Loir 18. 

Pierres plates (tombe 
des), Locmariaquer, 
Morbihan 60, 60, 73. 

Plonéour-Lanvern, 
Finistère 19. 

Plouarzel, Finistère 19. 

Plouézoc’h, Lanmeur, 
Finistère 52, 81. 

Plouhinec, Finistère 17. 

Poço de Gateira, 
Haut-Alentejo, 
Portugal 54. 

Poitiers, Vienne 14, 42, 
43. 

Pontcharaud 

(sépulture de), Puy- 
de-Dôme 55, 82, 82. 

Pontypridd Rocking, 
pays de Galles 27. 

Porto- Vecchio, Corse 
67. 

Portugal 54, 55,55, 58, 
59, 63, 78, 99. 

Pozuelo (El), La 

Huelva, Espagne 60. 

Q-R 

Quiberon, Morbihan 13. 

Razet (hypogée du), 
Coizard, Marne 63, 
119. 


Rhos y beddan, Ecosse 
123. 

Roaix (hypogée de), 
Vaucluse 84. 

Roche aux Fées, La 
Essé, Ille-et-Vilaine 
16,57, 60 ,60, 104, 
105. 

Roche-Marie, Saint- 
Aubin-du-Cormier, 
Ille-et-Vilaine 18. 

Ronces (grotte des), 
Villevenard, Marne 
94. 

Rumfort (menhir de) 
Ille-et-Vilaine 16. 


S 

Saint-Aubin-du- 
Cormier, Ille-et- 
Vilaine 18. 

Saint-Duzec, Côtes- 
d’Armor 20. 

Saint-Just, Ille-et- 
Vilaine 16, 64, 99, 
107. 

Saint-Martin-d’Arcé, 
Maine-et-Loire 17. 

Saint-Martin-la- 
Rivière, Vienne 55. 

Saint-Michel 

(tumulus), Carnac, 
Morbihan 34, 56, 

57. 

Saint-Samson-sur- 
Rance, Côtes- 
d’Armor 18, 19. 

Saint-Suliac, Ille-et- 
Vilaine 15. 

Saint-Martin-du- 
Tertre, Val-d’Oise 
61. 

San Agustin, 

Colombie 93. 

Sardaigne 63, 69. 

Sartène, Corse 49. 

Sénégal 89 

Sine-Ngayène, Sénégal 
89. 

Skateholm, Danemark, 
55. 

Stenness (Stones of), 
Orkney Mainland, 
îles Orcades, Ecosse 
123. 



174 ANNEXES 


Stonehenge, Wiltshire, 
Angleterre 13, 23, 
25,25, 26,26, 27, 29, 
32, 32, 33, 49, 65, 87, 
87, 103, 104, 105, 

107, 113, 117, 120, 

121, 124-127. 

Suède 15, 83, 84, 85, 87, 
104. 

Morbihan 28, 37, 74, 
75. 

Tagarp, Ô Tommarp, 
Suède 83. 

Talheim, Stuttgart, 
Allemagne 84, 100. 

Téviec, Morbihan 55. 

Tremblais (menhir de 
La), Saint-Samson- 
sur-Rance, Côtes- 
d’Armor 18, 19. 

Trois Pierres (dolmen 
des), Trie-Château, 

Oise 19. 

Tuchen Pol, Ploemeur, 
Morbihan 99. 

Tumiac, Arzon, 
Morbihan 56, 99. 
Tustrup, Jutland, 
Danemark 85. 

Lauzet-Ubaye, 
Alpes-de-Haute- 
Provence 81. 
Villevenard, Marne 94. 
Viseu, Portugal 55. 
Vrone Hede, Jutland, 
Danemark 85. 

Xaghra Stone Circle 

71. 

U- V-X 

T 

Udleire, Copenhague, 
Danemark 31. 

Villard (dolmen du). 

Table des Marchand, 
Locmariaquer, 

INDEX GÉNÉRAL 





A 

D 

I -J 

N-O 

Académie celtique 32. 
Arthur, geste d’ 28. 
Astérix 28. 

Atkinson, Richard 

120, 121. 

Atrides, tombeau des 
(Mycènes) 54, 63. 
Aubrey,John 124. 

Déesse-mère 118-119. 
Devizes Muséum 

33. 

Devoir, capitaine 44. 
Doré, Gustave 23. 
Druidisme 22-27, 28, 

29, 29. 

Dryden 43. 

Du Chatelier 35. 
Duchesne, ingénieur 

42, 43. 

Inspection des 
Monuments 
historiques 44. 
Itinerarium Curiosum 
(William Stukeley) 

24. 

Jéricho, tour de 54. 

Napoléon III 33. 

O’Kelly 126. 

Ordre des druides 25. 
Origines gauloise. Les 
(La Tour 
d’Auvergne) 22. 

P 

B 

K-L 

Pantagruel 14, 14, 15. 
Paré, Ambroise 94. 
Platon 24. 

Pline 23. 

Poissonnier, Bertrand 
120. 

Prescelly Mountains, 
dolérites des 105. 
Pyramides d’Egypte 

54. 

Bateman, Thomas 33. 
Baye, baron Joseph de 
35, 94. 

Blake, William 25. 
Bocennos, fouilles 
de 34. 

Bristol, Angleterre 17. 
Burl, A. 123. 

Kerviler, A. 121, 122. 

Le Rouzic, Zacharie 

35, 55. 

Leroux, Charles- 
Tanguy 74, 75. 

Lukis 43. 

E-F 

Eloi, saint 14. 

Fergusson James 45. 
Frédéric II du 

Danemark 33. 
Friedrich, Caspar 

David 113. 

M 

C 

Mac Pherson, James 

25. 

Mahé, abbé 31. 

Marlborough 

Downs, grès de 

105. 

Méen, saint 16. 

Mérimée, Prosper 29, 

32. 

Miln, James 34, 35. 

Moïse 14, 24. 

Monde celtique. Le 
(Jacques de 

Cambry) 37. 

Mortillet, Gabriel de 

43. 

R 

Cambry, Jacques de 

32, 37. 

Carbone 14, datation 
au 52, 52, 53. 

Carnutes, forêt des 29. 

Cauvin, Jacques 118. 

Caylus, comte de 42, 

43. 

César 23. 

Colt Hoare, sir 

Richard 32, 33. 

Constable 113. 

Cunnington, W. 32. 

Dahl, Johan Christian 
113. 

G-H 

Rabelais 14, 43. 

Recueil d'antiquités 
égyptiennes, 
étrusques, grecques, 
romaines et 
gauloises (comte 
de Caylus) 43. 

Renfrew, Colin 87. 

Rivers, Pitt 33. 

Robien, Christophe 

Paul de 37. 

Rude Stone 

Monuments (James 
Fergusson) 45. 

Geneviève, sainte 

19. 

Golvin, Jean-Claude 

123. 

Greenwell, Canon 
William 33. 

Guerre des Gaules, La 
(César) 23. 

Hawkins, G. 125. 
Historia (Olaus 

Magnus) 15. 

Hurle, Henry 25. 









CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES 175 





S 

Antiquaires de 

France 32. 

Stonehenge Decoded 
(G. Hawkins) 125. 
Stukeley, William 23, 
24-25, 26, 106, 106. 

1 hermoluminescence, 
datation par 54. 
Thom, Alexander 
122-123. 

Toradja, cérémonies 

91. 

Trépanation 94-95. 
Tripoli 45. 

Turner, William 

113. 

U- V-Z 

Saint-Germain-en- 
Laye, forêt de 29. 
Salisbury 32, 33. 

Sand, George 14. 

Sand, Maurice 14. 
Société polymathique 
du Morbihan 32, 35. 
Société royale des 

Ullrich, Herbert 100. 

Voyages pittoresques 
et romantiques 
dans l'ancienne 

France 28. 

Ziggourats 54. 

T 

Tess (Roman Polanski) 
127. 

CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES 


AKG, Paris 114-115. Archives Gallimard Jeunesse Dos de couverture, 2 e plat de couverture, 44, 
48-49, 132, 137, 151. Atkinson 121b, 125. Gérard Bailloud 35d, 139. Bibliothèque nationale 
de France, Paris 43b. P. Birocheau/J.-M. Large 84-85. Bodleian Library, Oxford 24g, 24d, 25h, 
25b, 25m. Jean-Loup Charmet, Paris 10-11, 12, 13, 14, 15b, 16, 17, 18-19, 19g, 20-21, 23h, 23b, 30, 
35m, 46h, 46b, 47, 82m, 84b, 136. Collection Londres/R. J. Davis 29. Collection, Londres/ 
Fay Godwin 1-9, 116. D. R. 15h, 31, 33g, 33d, 34-35, 36, 37, 38-39, 40-41, 44-45b, 45h, 45m, 52, 64-65, 
70, 74g, 74d, 75b, 78d, 78b, 79h, 79m, 85h, 85b, 89h, 90-91, 93h, 96h, 106, 106-107, 107h, 116-117, 
122b, 127b, 130, 131g, 131d, 134, 142, 143h, 143m, 148, 153, 154, 155, 160, 161, 163, 164, 167. Editions 
d’art Jos le Doaré, Chateaulin 56bn, 56-57, 57b, 58h. Explorer 52-53. Explorer/S. Boiffin Vivier 105. 
Explorer/C. Cuny 80. Explorer/A. Froissardey 92-93. Explorer/Le Coz 65. Explorer/D. Mar 73. 
Explorer/Migdale 124. Explorer/G. Renoux 105b. Explorer/P. Roy 60b, 87. Explorer/P. Tetrel 50. 
Explorer/H. Veiller 60-61. Gallimard/Vincent Lever 54h, 58m, 59bg, 59bd, 60h, 60m, 62, 72, 72-73. 
Jean-Claude Golvin 122, 122-123. Henry Moore Foundation 144, 144-145g, 146, 147. G. Hersant 
96b, 98, 99h. Hoaqui/G. Gasquet 88-89. Hoaqui/C. Vaisse 70-71h, 71. R. Joussaume 58b. 
Iann Kinnes 51, 53h. J.-M. Labat 63h, 94, 95, 94-95m, 97h, 99b, 119, 152. G. Loison 82. 
Magnum/Erich Lessing66, 76, 103. Mairie de Meudon, Service des Archives 138. Marta Strômberg 83. 
Masset 100-101, lOlh. Jean-Pierre Mohen l«w plat de couverture, 21, 54b, 55, 95b, 118, 120-121, 
1 2 1 h, 126-127, 126b, 158, 159. Musée national de Dublin 97b. Office of Public Works, Dublin 59, 77. 
The Paul Getty Muséum, Los Angeles 112-113. Photo Researchers/Lawrence Mogdale 104h. 
Photo Tarrotte 61b. Pierre Pitrou 28, 34h, 34m, 34b, 42, 42-43h, 42 -43m. R. Pollès 68h, 68b, 69. 
Salisbury and South Wiltshire Muséum 26-27, 110-111. Sauzade 81. Scope/Charles Bowman 102, 
124-125, 128. Scope/Jacques Gaillard 75d, 140-141. Scope/Michel Plassart 150. Tarrette 61b. 
Victoria and Albert Muséum, Londres 108-109. Viollet, Paris 16-17, 18, 19d, 22, 67h, 67b, 71b. 
Wiltshire Archaelogical and Natural History Society, Devizes 32-33h, 32m, 33b. 


ÉDITION ET FABRICATION 


Découvertes Gallimard 

Direction Pierre Marchand et Elisabeth de Farcy. 

Graphisme Alain Gouessant. 

Fabrication Claude Cinquin. 

Promotion & Presse Valérie Tolstoï. 

Les mégalithes, pierres de mémoire 

Edition Caroline Larroche (Corpus), Jeanne Hély (Témoignages et Documents). 
Maquette et Montage PAO Vincent Lever (Corpus), Jacques Le Scanff 
(Témoignages et Documents). 

Iconographie Suzanne Bosman , Caroline Larroche. 

Lecture-correction François Boisivon, Catherine Lévine. 

Photogravure Mirascan (Corpus), Arc-en-Ciel (Témoignages et Documents). 








176 TABLE DES MATIERES 

ï LES PIERRES DE LA LÉGENDE 

14 Des idoles païennes 
16 Un monde surnaturel 
18 Des symboles de fertilité 
et de vigueur 

20 Le triomphe des signes chrétiens 
22 Rites et sacrifices 
24 La vision de Stukeley 
26 Des rassemblements d’initiés 
28 Des croyances bien ancrées 

II ANTIQUAIRES ET SAVANTS 
32 L’invention des «mégalithes» 

34 Les premières collections 

36 Mégalithomania 
42 Cartes, plans et coupes 
44 Inventaires et publications 
48 Souvenirs de mégalithes 

III TROIS MILLE ANS 
D'ARCHITECTURE 

52 Les révélations du carbone 14 
54 Des monuments antérieurs 
aux pyramides 

56 Les critères du mégalithisme 
58 L’évolution de la chambre 
sépulcrale 

60 Dolmens et allées couvertes 
62 L’Europe des mégalithes 
64 Les pierres dressées 
66 Statues-menhirs et «torre» 
de Corse et des Baléares 
68 Les tombes géantes 
de Sardaigne 

70 Temples et hypogées de Malte 
72 Des tumulus géants, utilisés 
pendant trois mille ans 
74 Les menhirs devenus dolmens 
76 Un art caché pour les morts 

78 Le langage des mégalithes^ 


IV LE PALAIS DES MORTS 
ET DES DIEUX 

82 Rites funéraires 
84 Sépultures et ossuaires 
86 Les plus grands d’entre les morts 
88 Les mégalithes du Sénégal 
90 Les pierres des Toradja 
92 Tombes et dieux d’Amérique 
94 Traces de mort ou de guérison 
96 Offrandes et symboles masculins 
98 Bijoux et symboles féminins 
100 Un échantillonnage 

de la société néolithique 

V ENTRE CIEL ET TERRE 
104 La sélection des qualités 

et des couleurs de roches 
106 Des marques dans le paysage 
112 Rêveries dans les ruines 
116 Des axes cardinaux 
118 Les déesses-mères 
120 Un travail de titans 
122 La géométrie des alignements 
124 Les visées célestes de Stonehenge 
126 Quel destin pour les mégalithes? 

TÉMOIGNAGES ET DOCUMENTS 
130 L’analyse de Stukeley 
132 De la signification des dolmens 
134 «Les pierres de Carnac sont 
de grosses pierres !» 

138 Le grand voyage des mégalithes 
142 «Tess d’Urberville» 

144 Henry Moore 
148 Un temple solaire 
150 Les dessins de Gavrinis 
152 L’art mégalithique 
156 La traction d’un mégalithe 
ou la fête commandée 
160 Annexes